C'est un exemple de transfert dont la France a le secret. L'un des principaux porte-parole des positions françaises, dans les dossiers économiques et financiers à Bruxelles, vient de rejoindre le secteur bancaire privé. Alors que les ministres des finances réunis lundi à Bruxelles n'ont pas réussi à s'entendre sur les contours d'une future « taxe Tobin » européenne, ce changement de casquette relance le débat sur la mainmise de l'industrie financière sur l'élite politique de la France.

Benoît de La Chapelle était, depuis 2010, responsable des « affaires financières et monétaires » au sein de la représentation permanente française auprès des institutions européennes. Un poste influent à Bruxelles, qu'il a occupé en pleine tempête économique. Il l'a quitté pour rejoindre, le 3 novembre 2014, la Fédération bancaire française (FBF). À 44 ans, La Chapelle est désormais directeur délégué de la FBF, lobby de l'industrie bancaire française, et l'un des plus fervents adversaires à l'actuelle taxe sur les transactions financières. « Il est chargé d'assister la directrice générale dans l'ensemble de ses missions, y compris à l'international », précise une porte-parole de la FBF, jointe par Mediapart.

La compétence de ce conseiller, qui fut aussi directeur de cabinet adjoint de Jean-Pierre Jouyet, lorsque ce dernier était secrétaire d'État aux affaires européennes, n'est pas directement en cause. Mais ce mouvement est un nouveau cas flagrant de « portes tournantes » (« revolving doors »), ces allers-retours entre public et privé, que dénoncent à longueur de journée certaines ONG et d'autres observateurs, aux effets ravageurs sur l'avancée des politiques publiques.

Dans un essai récent (La Capture, La Découverte, 2014), Christian Chavagneux et Thierry Philipponnat décrivent avec précision ce phénomène de « capture » d'une partie du politique par la finance, particulièrement vif, estiment-ils, dans l'Hexagone. « En France, la capture est largement sociologique du fait du système organisé de pantouflage et de la consanguinité bien connue des élites financières. Cette situation, combinée avec l'extrême concentration du système bancaire français, explique la volonté, non avouée mais bien réelle, de Paris de ne pas réformer la structure des banques », écrivent les deux spécialistes. On pourrait ajouter : cette situation explique aussi, en partie, le manque d'ambition de l'exécutif français dans le dossier de la future « taxe Tobin » européenne.