Espagne: comme un air de déjà-vu

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L’Espagne a officiellement demandé une aide de 100 milliards d’euros pour recapitaliser ses banques, au grand soulagement des responsables européens qui souhaitaient l’annonce d’une solution avant les élections grecques. Le gouvernement espagnol assure que ce sauvetage sera à la seule charge des banques, sans mise à contribution de la société espagnole. Pourtant, le pays semble s’engager sur la même voie que l’Irlande. Au risque d’aller à la faillite.

 

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Des rumeurs qui enflent, un gouvernement qui nie, des réunions au sommet qui s’enchaînent, des pays voisins qui s’énervent, des agences de notation qui dégradent, puis… un gouvernement qui cède. Pour la quatrième fois en moins de deux ans, l’Europe est obligée de voler au secours d’un Etat de la zone euro.

Samedi soir,  au terme d’une énième conférence avec les ministres de l’Eurogroupe, le ministre espagnol des finances, Luis de Guindos, a annoncé que l’Espagne allait faire appel au programme d’aide européen pour recapitaliser son système bancaire et tenter d’éviter son effondrement. Jusqu’à 100 milliards d’euros pourraient être prêtés à l’Espagne par le biais du fonds européen de stabilité financière et le mécanisme européen de stabilité, qui n’a pas encore vu le jour.

Après la Grèce, l’Irlande et le Portugal, l’Espagne est donc à son tour condamnée à faire appel au plan de sauvetage européen. Mais cette fois, ce ne sera pas la même chose, a assuré le gouvernement espagnol. Après avoir bataillé pendant des jours, Mariano Rajoy a obtenu que l’Espagne bénéficie d'un traitement privilégié par rapport aux précédents plans

Luis de Guindos © Reuters Luis de Guindos © Reuters
de sauvetage. « Les conditions attachées aux prêts seront imposées aux banques, pas à la société espagnole, pas à sa politique fiscale et économique », a insisté le ministre des finances.

« Le gouvernement espagnol prend les dispositions nécessaires pour réduire ses déficits », a reconnu le ministre allemand des finances, Wolfgang Schäuble. Il n’y aura donc pas de mesures d’austérité budgétaires supplémentaires. Il n’y aura pas de membres de la Troïka, émanation du FMI, de la BCE et de l’Union européenne, à demeure, pour vérifier la mise en place des mesures adoptées, même si l’Europe et le FMI ont annoncé une surveillance accrue de la mise en place des programmes d’économie.

Pressés d’envoyer des messages crédibles sur la solidité de la zone euro avant les élections grecques du 17 juin, les gouvernements européens ont accepté toutes les demandes espagnoles. « Les Européens veulent surtout qu’il y ait un dispositif en place avant les élections grecques, parce qu'après, la direction des événements est totalement inconnue. C’est juste un processus en marche », résume l’économiste espagnol Edward Hugh. « Il était dans l’intérêt de chacun de clarifier la situation avant les élections grecques », reconnaît un responsable européen.

Les Espagnols ne semblent guère croire aux assurances données par le ministre des finances. Dès la fin de son discours, des manifestations se sont déroulées à Madrid, sur fond de casseroles. Beaucoup d’Espagnols sont persuadés que le gouvernement ne résistera pas longtemps, que de nouvelles mesures d’austérité vont leur être imposées, que le pays risque de passer sous la tutelle du FMI. Peut-on leur donner tort ? Le processus en cours a un air de déjà-vu, déjà trop vu.

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