Abkhazie, mon amie

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La république d'Abkhazie n'est reconnue que par la Russie et une poignée d'autres États dans le monde. Mais cette province séparatiste de Géorgie s'est donné l'apparence d'un État indépendant. Un film d'Éric Baudelaire revient sur ce paradoxe d'un pays dont on ne sait jamais tout à fait s'il est sur le point de naître, ou de disparaître.

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En 2011, l'artiste Éric Baudelaire écrit à Margaret Thatcher. Il cherche à en savoir plus sur le contenu d'une série de lettres rédigées, dit-on, par l'ex-chef de gouvernement à son arrivée au pouvoir en 1979, et stockées dans un sous-marin britannique, au large de l'île. Ces lettres ne devaient être ouvertes qu'en cas d'attaque nucléaire visant la Grande-Bretagne. Elles sont censées avoir été détruites, sans avoir jamais été lues par quiconque, dès le départ du pouvoir de Margaret Thatcher en 1990. Sur sa lancée, il prend aussi contact avec les successeurs de la Dame de fer, jusqu'à David Cameron, qui, tous, sont susceptibles de s'être pliés à ce même rituel anxiogène.

Éric Baudelaire n'écope que de refus des porte-parole, plus ou moins polis, plus ou moins compatissants. Le représentant de John Major se voit dans l'obligation de « décliner (sa) demande – par-delà l'intérêt de l'art ». Le cabinet de Cameron ne répond pas. On ne saura finalement rien de l'existence véritable de ces lettres, restées invisibles jusqu'à aujourd'hui. Il ne reste qu'une série d'impressions de ces courriers électroniques entre l'artiste et les porte-parole, qui forment une œuvre déceptive assez drôle, un « Ante-memorial », dit Baudelaire, qu'il résume ainsi à ces interlocuteurs : « Ce courrier électronique et votre réponse sur un mur de galerie : une question et une réponse érigées en monument. »