Cécile Vaissié: «Ce qu'est le soft power version Kremlin»

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Dans Les Réseaux du Kremlin en France, l'historienne Cécile Vaissié détaille comment le régime de Poutine déploie de nouveaux leviers d'influence en France. Argent, moyens de communication, nostalgie et imaginaire soviétique, propagande : une impressionnante machine se met en place.

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Cécile Vaissié: les réseaux du Kremlin en France © Mediapart

Nous connaissons bien le « soft power » version États-Unis, ce rouleau compresseur culturel et technologique – entre autres – qui a permis aux Américains de s'installer dans le monde entier et d'y déployer un pouvoir d'influence sans équivalent. Depuis quelques années, la Russie de Vladimir Poutine a décidé d'emprunter un chemin similaire, investissant massivement dans des secteurs jusqu'alors délaissés. Dans cette guerre d'influence, tournant trop souvent à la guerre de propagande, il s'agit pour Vladimir Poutine et les siens de contrer l'image détestable donnée par un régime autoritaire, né dans le sang de la deuxième guerre de Tchétchénie au tournant des années 2000.

Ces dernières années, le Kremlin a investi des centaines de millions d'euros pour créer de nouveaux leviers d'influence. C'est le cas dans les médias avec la création d'une télévision internationale, Russia Today (une version française est en cours de construction), et d'un réseau de sites internet d'information, Sputnik. C'est le cas dans la construction ou la prise de contrôle d'associations regroupant émigrés russes et leurs enfants, comme russophones. C'est enfin le cas par un travail de dentelle auprès des responsables politiques, quand il ne s'agit pas purement et simplement de financer des formations europhobes et d'extrême droite, comme c'est le cas avec le Front national en France.

Ce dispositif ne vise pas seulement à rendre plus présentable l'image du Kremlin. Il s'agit, face à ce qui est qualifié de « russophobie », de faire passer sur chaque événement « la version » du Kremlin et de défendre pied à pied ses positions, en particulier en politique étrangère. Ce déploiement sans précédent de moyens d'influence n'est pas sans impact. Le régime Poutine a su faire oublier son autoritarisme, ses violations constantes des droits de l'homme et des libertés publiques et sa corruption massive, et ce dans des cercles très différents : à l'extrême droite bien sûr ; mais aussi dans de larges cercles de la droite (François Fillon, par exemple) ; mais encore dans certains milieux de gauche, où une dénonciation virulente de l'influence américaine a pour corollaire un soutien explicite au Kremlin.

L'historienne Cécile Vaissié, qui suit de très près les évolutions politiques de la Russie, dresse un inventaire méticuleux de ces nouveaux outils du soft power russe et des réseaux construits en France. L'annexion de la Crimée en mars 2014, la guerre dans l'est de l'Ukraine puis l'intervention militaire russe en Syrie ont encore accéléré cette emprise grandissante. « Une formidable machine a été mise en place pour remporter ce que le Kremlin considère comme des victoires géopolitiques », écrit Cécile Vaissié.

Son livre ne fait pas que dessiner de manière très précise le paysage français. Il détaille également les stratégies élaborées dans les cercles du Kremlin, les relais utilisés à travers plusieurs oligarques liés à Vladimir Poutine et l'utilisation politique qui est faite en Russie même de cette nouvelle présence mondiale. In fine, cette enquête illustre la nouvelle puissance russe tout entière organisée autour d'un homme : Vladimir Poutine.

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Cécile Vaissié
Les Réseaux du Kremlin en France
Édition Les Petits Matins. 390 pages. 19 euros

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