Comment l'Etat islamique a administré la ville syrienne de Manbij

Par et Matthieu Delmas

Au mois d'août 2016, les combattants kurdes et arabes des Forces démocratiques syriennes, appuyés par les États-Unis, reprennent à l'État islamique la ville syrienne de Manbij. Mediapart a pu avoir accès à une centaine de documents issus de l'administration de l'EI qui dévoilent les détails de la vie quotidienne sous le joug de Daech.

Cet article est en accès libre. Découvrez notre offre spéciale ! S'abonner

Avant Mossoul, actuellement sous les feux de la coalition internationale, plusieurs villes d'importance ont déjà été reprises à l’État islamique (EI), en Irak comme en Syrie. C’est le cas de la ville syrienne de Manbij – habitée avant l'arrivée de l'État islamique par près de 100 000 habitants, en majorité des arabes sunnites –, à une trentaine de kilomètres de la frontière turque. Mediapart s'y est rendu en août 2016, pour mettre la main sur une série de documents inédits, qui décrivent avec précision les conditions de vie sous l’État islamique et la manière dont l’EI administre la ville.

Depuis plus d'un mois, la ville est alors totalement assiégée. Les djihadistes se sont retranchés dans le centre-ville, prenant en otage des centaines de civils. Chaque jour, certains parviennent à fuir, au péril de leur vie. Systématiquement pris pour cible par les djihadistes, ils doivent traverser des champs de mines avant d'atteindre les lignes des Forces démocratiques syriennes (FDS).

Les combattants kurdes et plusieurs volontaires arabes, Manbij, le 8 août 2016. © Matthieu Delmas Les combattants kurdes et plusieurs volontaires arabes, Manbij, le 8 août 2016. © Matthieu Delmas

Le 8 août, alors que la ville n’est pas encore totalement reprise à l’État islamique, seuls quelques combattants des Forces démocratiques syriennes s'aventurent dans cette partie de la ville, à proximité du souk et conquise au petit matin, après plusieurs jours et plusieurs nuits d'affrontements. Au loin, une colonne de fumée noire se dégage dans le ciel, tandis que les chasseurs F-16 de la coalition internationale larguent leurs bombes sur les dernières positions de l'État islamique.

Manbij, plaque tournante du djihad mondial

Prise par l’État islamique à l’été 2014, Manbij était devenue l’une des plaques tournantes du djihad mondial. Armes, combattants étrangers, nourriture, matériel y étaient échangés clandestinement contre du pétrole. Plusieurs terroristes des attentats de Paris et Saint-Denis y auraient transité avant de rejoindre l’Europe. Le coordinateur des attentats du 13 novembre, le Belge Abdelhamid Abaaoud, tué lors de l'assaut de Saint-Denis, y a séjourné. Baptisée small London, en référence à la présence massive de djihadistes britanniques, la ville était le fief de Jihadi John, le terroriste à l’accent des faubourgs londoniens, qui s’était rendu tristement célèbre à l’été 2014 dans une vidéo de propagande (né en 1988, Mohammed Emwazi – son véritable nom – était apparu masqué devant les caméras, décapitant plusieurs otages américains, dont les journalistes James Foley et Steven Sotloff).

 © Donatien Huet/Mediapart © Donatien Huet/Mediapart

Depuis juin 2014, l'État islamique avait instauré à Manbij sa propre version de la charia. Aucun des aspects de la vie quotidienne n’échappait à son contrôle. Entre le 8 et le 11 août 2016, à mesure que les FDS progressent dans le centre-ville, nous prenons la mesure de l'ampleur du niveau d'organisation que cet « État islamique » a pu mettre en place en deux années d’occupation de la ville. Dans le quartier administratif où nous nous rendons, les djihadistes avaient installé un tribunal, des écoles et les locaux de la police des mœurs (la hisbah).

Prolongez la lecture de Mediapart Accès illimité au Journal contribution libre au Club Profitez de notre offre spéciale

Reporter indépendant, Matthieu Delmas s'est rendu à l'été 2016 au Kurdistan syrien pour suivre l'avancée des combattants kurdes et arabes des Forces démocratiques syriennes (FDS). La traduction a été assurée par Maxime Tabet.