Grèce: l'Europe organise le remboursement des créanciers institutionnels

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Le troisième mémorandum a été approuvé par le parlement grec et l’Eurogroupe, le 14 août. Une première tranche de 26 milliards d’euros devrait être déboursée rapidement pour rembourser la BCE, le fonds européen de stabilité, le FMI et renflouer le système bancaire grec.

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Tout s’est passé comme ils le souhaitaient. Après avoir fait le coup de force le 13 juillet, Jean-Claude Juncker, président de la commission européenne, Mario Draghi, président de la BCE, François Hollande et quelques autres entendaient bien que l’accord sur la Grèce soit formalisé rapidement et sans bruit. Un mois après, tout est conclu ou presque.

L’accord a été négocié par le quadrige (FMI, BCE, Union européenne et le mécanisme européen de stabilité) dans la plus grande discrétion. Il a été approuvé  par le parlement grec vendredi 14 août au matin. Et l’Eurogroupe, cette réunion de ministres des finances sans aucun pouvoir statuaire mais pourtant décisionnaire de tout, a donné son feu vert dans la soirée. « On a un accord », s’est félicité Jeroem Dijsselbloem, le président de l’Eurogroupe au sortir de cette énième réunion des ministres européens pour parler de la Grèce, vendredi 14 août dans la soirée.

Le président de l'Eurogroup et le ministre grec des finances le 14 aout © Reuters Le président de l'Eurogroup et le ministre grec des finances le 14 aout © Reuters

Dix milliards d’euros supplémentaires devraient être versés en urgence pour recapitaliser les banques grecques, au bord du naufrage depuis la fermeture des guichets et le contrôle des capitaux imposés par l’Europe et la BCE fin juin, afin de rembourser les « prêteurs » indique-t-on à Bruxelles. En l’occurrence, il doit s’agir essentiellement de la BCE, puisqu’il est prévu par la suite que les détenteurs obligataires des banques grecques participent à leur renflouement. Les déposants, en revanche, seraient exclus de ce mécanisme de renflouement.

Ces dix milliards, qui ne seraient pas à la disposition du gouvernement grec mais du mécanisme européen de stabilité, ne seraient qu’un premier acompte en attendant l’estimation complète des besoins du système bancaire par la BCE, prévue en octobre. Selon des estimations provisoires, les banques grecques auraient besoin d’une recapitalisation à hauteur de 25 milliards d’euros.

Bref, l’argent de ce troisième plan de sauvetage tourne, pour ainsi dire, en rond. Après avoir sauvé les banques en 2012, les Européens organisent la préservation des créanciers institutionnels. Les dettes continuent de s’empiler sur une Grèce déjà surendettée. Le gouvernement grec disposera au mieux de trois milliards d’euros. Ces sommes devraient être libérées en septembre, octobre ou plus tard, en attendant de voir comment marchent les réformes, l’économie, le pays.

Dans un entretien au journal Börsen Zeitung Benoît Cœuré, membre de la BCE, explique combien ce nouveau programme qui organise une véritable mise sous tutelle de la Grèce, accompagnée de réformes néolibérales dures et d’un programme de privatisation qui revient à priver l’État de tous les actifs rentables du pays, représente une nouvelle chance. « Ce nouveau mémorandum comporte tout ce qui est nécessaire pour donner un soutien considérable à l’économie grecque. D’abord, il y a le juste équilibre en matière de mesures budgétaires. Des objectifs budgétaires ambitieux ont été fixés à moyen terme, mais sans étrangler l’économie à court terme. Ensuite, il y a une grande préoccupation sur les mesures structurelles. Peut-être que si nous avions porté auparavant une plus grande attention à ces mesures structurelles comme l’ouverture des marchés, l’amélioration de la collecte des impôts, la lutte contre les groupes d’intérêts, le poids de l’ajustement porté sur les plus vulnérables aurait été réduit et le redressement de la Grèce accéléré », explique-t-il.

Avant de faire miroiter la possibilité pour la BCE d’accepter à nouveau des titres de la dette grecque dès la signature de l’accord. Une possibilité qui avait été refusée au gouvernement de Syriza dès le 20 février, accélérant l’asphyxie financière du pays.

Après un semestre de crise et de hurlements, cet accord ne peut qu’apparaître que comme une victoire pour tous ceux qui ont défendu le maintien de la Grèce dans la zone euro. Pourtant, même s’il s’est négocié sans bruit et sans drame, il cache des divorces, des lignes de fracture, des non-dits entre les différents intervenants qui risquent d’émerger assez rapidement.

Le premier risque de fracture, le plus évident, est l’éclatement qui menace Syriza. Au bout d’une longue nuit, le premier ministre Alexis Tsipras a réussi à faire voter, dans la matinée, le plan imposé par les Européens par 222 voix pour, 64 votes contre et 11 abstentions. Mais le premier ministre grec doit ce soutien essentiellement aux voix de la Nouvelle démocratie, du Pasok et de Potami, ses adversaires politiques, qui ont décidé de voter en faveur du programme européen.

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