Crise des réfugiés: Schengen éclate, l’Europe panique

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Les ministres des États membres, réunis lundi 14 septembre à Bruxelles, se sont montrés incapables de parvenir à un mécanisme de solidarité pour se répartir les milliers de réfugiés affluant en Europe. Le repli l'emporte: après l'Allemagne, l'Autriche et la Slovaquie ferment leurs frontières, tandis que la Hongrie a terminé d'ériger son mur anti-migrants. 

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Alors que l’un des piliers de l’Union européenne, la liberté de circulation, est en train de s’effondrer, l’Europe institutionnelle tergiverse et les États membres succombent au chacun pour soi dans un chaos extraordinaire. Lors d’une réunion qui s’est tenue lundi 14 septembre à Bruxelles, les ministres de l’intérieur des Vingt-Huit ne sont pas parvenus à un accord ferme pour se répartir, selon le souhait du président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, de manière obligatoire et pérenne, 120 000 demandeurs d’asile sur deux ans (lire notre article). Ce chiffre est pourtant très en deçà des besoins puisque, selon les nouvelles estimations évoquées par le vice-chancelier allemand Sigmar Gabriel, un total d’un million de réfugiés serait attendu dans son pays cette année, plutôt que les 800 000 jusqu’à présent envisagés.

Incapables de surmonter les différends, les ministres se sont contentés de renvoyer la décision définitive à une nouvelle rencontre ministérielle le 8 octobre. À l'issue de six heures de négociations, le gouvernement luxembourgeois, qui assure la présidence tournante de l'UE, a évoqué via Twitter un « accord sur la relocalisation de 120 000 personnes » en plus des 32 000 validées en juillet. Mais il ne s'agit que d'un accord de principe à la majorité simple sans détails sur la répartition. Prévoyant, le président du Conseil européen, Donald Tusk, a affirmé qu’en cas d’échec, il convoquerait un sommet extraordinaire des chefs d’État et de gouvernement.

Cette réunion « d’urgence » avait été convoquée, dimanche 30 août, à la demande de l’Allemagne, de la France et de la Grande-Bretagne, trois jours avant qu’Aylan Kurdi, l’enfant syrien de trois ans dont la photo a fait le tour du monde, ne soit retrouvé mort sur une plage à Bodrum, en Turquie. « Il faut désormais progresser rapidement sur les propositions de la Commission », avait déclaré en amont l'exécutif bruxellois après l'émotion suscitée par la photo. « Le monde nous regarde, il est temps pour chacun de prendre ses responsabilités », a insisté Dimitris Avramopoulos, le commissaire européen aux affaires intérieures. En vain (lire le compte-rendu en anglais).

Pendant que les hauts responsables actaient leurs divisions, l’espace Schengen, à l’intérieur duquel les contrôles sont censés être effectivement supprimés depuis 1995, volait en éclats. Face à l’afflux massif de migrants, plusieurs pays de l’UE ont rétabli « temporairement » leurs frontières. Ces décisions en cascade ont suivi le chemin inverse de celui des exilés, pour la plupart venus du Moyen-Orient et de la Corne de l’Afrique, qui, après avoir transité en Turquie, traversent la Méditerranée pour rejoindre la Grèce (espace Schengen) avant de rallier la Macédoine et la Serbie (hors espace Schengen) et de passer en Hongrie, en Autriche et en Allemagne (espace Schengen). Lors de ce périple, les dangers sont innombrables : 34 personnes, parmi lesquels 15 enfants, sont mortes noyées dimanche au large de l'île grecque de Farmakonisi, selon les garde-côtes grecs.

L’Allemagne a pris les devants dimanche 13 septembre en fin d’après-midi, en contradiction avec la politique d’ouverture et d’accueil mise en œuvre ces dernières semaines. Pour justifier ce revirement, le gouvernement de coalition dirigé par Angela Merkel, fustigeant l’« inaction » de l’UE, a fait valoir que son pays ne pouvait recueillir seul l’exode syrien et irakien et qu’il était « au bout de ses capacité d’accueil ». À la veille de la rencontre bruxelloise, le geste visait à faire pression sur les pays d’Europe centrale et de l’est, réfractaires à la mise en place d’un mécanisme de répartition obligatoire et permanent, tel qu’il est défendu par Berlin et Paris, sous prétexte que le projet de la Commission encouragerait un afflux supplémentaire de réfugiés et menacerait la cohésion de leurs sociétés. Pour tenter de ralentir les arrivées, l’Allemagne a interrompu le trafic ferroviaire avec l'Autriche jusqu’à 5 heures du matin, lundi; le trafic a repris, mais les trains restent toujours contrôlés (lire ici le reportage de Mathieu Magnaudeix).

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