Merkel soutient la plainte d’Erdogan contre l’humoriste Böhmermann

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Piégée par un article du code pénal datant du XIXe siècle, la chancelière allemande a accepté la demande officielle de la Turquie, et finalement donné son feu vert au parquet fédéral pour ouvrir une enquête judiciaire contre l’humoriste Jan Böhmermann. Mme Merkel s’est-elle « couchée »?

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Berlin (Allemagne), correspondance. - Angela Merkel a annoncé vendredi 15 avril qu’elle allait autoriser le parquet fédéral à ouvrir une enquête judiciaire contre le présentateur et humoriste de la chaîne publique ZDF Jan Böhmermann. Cette décision fait suite à la demande du gouvernement turc, furieux après la parution du « Poème outrageant » de l’animateur satirique qui attaque sévèrement le président turc Recep Tayyip Erdogan. « Après consultation, le gouvernement fédéral a décidé de donner son accord », a déclaré la chancelière qui a fait état de nettes divergences entre les partis de la coalition, les ministres SPD rejetant cet accord. « Dans un État de droit, ce n’est pas l’affaire du gouvernement mais celui des avocats généraux et des tribunaux de juger et d’évaluer le rapport entre les droits de la personne et les libertés d’opinion et de création… la justice est indépendante, les droits des personnes concernées par des procédures sont protégés et la présomption d'innocence prévaut », a-t-elle expliqué, justifiant aussi sa décision par le fait que la Turquie était un partenaire stable et important, tant sur le plan économique que politique, pour l’OTAN comme pour l’Union européenne, comme en témoigne, selon elle, le récent accord avec l’UE sur la reprise de réfugiés par Ankara.