Theresa May, le pari de l'intransigeance

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En dépit de la défaite d’ampleur historique subie mardi à la Chambre des communes, la première ministre britannique ne donne aucun signe de vouloir changer de méthode pour sortir le Brexit de l’impasse où il se trouve.

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Londres (Royaume-Uni), correspondance.– Theresa May n’est pas une femme de compromis. Elle ne l’a jamais été. L’extraordinaire inflexibilité de la leader conservatrice est légendaire à Westminster. En tant que ministre de l’intérieur de David Cameron, entre 2010 et 2016, celle qui occupait alors son premier poste ministériel avait pris l’habitude d’aller régulièrement au clash avec ses collègues du gouvernement. Depuis son arrivée au sommet du pouvoir en juillet 2016, Theresa May est allée plus loin : son intransigeance tient lieu de politique.

La Première ministre britannique Theresa May à l'issue du vote de la motion de censure mercredi. © Reuters La Première ministre britannique Theresa May à l'issue du vote de la motion de censure mercredi. © Reuters
Quand elle perd le contrôle de la situation, la cheffe du gouvernement prétend que « rien n’a changé », ou bien fait mine d’être prête à revoir ses positions sans en avoir la moindre intention. Cette semaine, Theresa May a donné une parfaite illustration de sa raideur et de son manque de sincérité.

Mercredi soir, au lendemain du rejet massif de l’accord sur le retrait du Royaume-Uni, après avoir obtenu la confiance d’une courte majorité de députés (325 voix contre 306), la première ministre a invité les leaders de tous les partis représentés aux Communes à « travailler de manière constructive » pour débloquer l’impasse dans laquelle se trouve le Brexit. Or il ressort des entretiens menés jeudi par Theresa May que la cheffe de l’exécutif n’est pas prête à dévier du contenu de l’accord de retrait négocié avec les Vingt-Sept.

Non seulement la locataire du 10 Downing Street refuse d’exclure l’éventualité d’une sortie sans accord de l’Union européenne le 29 mars prochain, comme l’exige le leader travailliste Jeremy Corbyn en préalable à toute discussion avec Theresa May, mais elle exclut avec le même aplomb d’envisager le maintien permanent du Royaume-Uni dans une union douanière avec l’UE. Et il est tout aussi hors de question de demander un délai supplémentaire aux Vingt-Sept ou d’organiser un second référendum.

La première ministre « est retranchée derrière ses lignes rouges. Je ne comprends pas comment ce processus pourrait aboutir à un résultat différent » du vote de mardi soir, a confié, incrédule, la députée verte Caroline Lucas au Financial Times, à la sortie de son entretien avec Theresa May.

Sauf rebondissement de dernière minute, lundi 21 janvier, devant la Chambre des communes, en guise de “plan B”, la première ministre appellera donc de nouveau à « l’unité nationale » autour de l’accord sur le retrait du Royaume-Uni de l’UE rejeté sans appel mardi dernier par les parlementaires.

C’est d’ailleurs ce dont le procureur général du gouvernement, Geoffrey Cox, avait menacé les élus de la chambre basse de Westminster mardi avant le vote. Dans une intervention théâtrale aux accents dickensiens, l’avocat avait laissé entendre que le plan A leur serait resservi la semaine suivante, comme à des enfants capricieux incapables d’apprécier la soupe préparée avec soin par leur mère.

Bref, le Brexit est dans l’impasse et l’entêtement dont fait preuve Theresa May – dans sa défense de l’accord et du « no deal » – apparaît de plus en plus déraisonnable. « Personne ne doute de sa détermination. C’est une admirable qualité qui, mise en œuvre de façon erronée, peut devenir toxique », a déclaré à ce sujet le vice-leader du Labour, Tom Watson, dans une intervention sans pitié lors du débat sur la motion de censure mercredi.

Faire aboutir le Brexit est une mission très ardue, reconnaît Anand Menon. Mais ce professeur de science politique au King’s College à Londres estime lui aussi que Theresa May aurait pu faire preuve de davantage de souplesse et d’habileté pour persuader les députés de ratifier son accord.

« La première ministre n’a jamais expliqué aux Britanniques que son positionnement sur le Brexit avait évolué, observe le directeur du centre de réflexion The UK in a changing Europe. Elle prétend que rien n’a changé. Pourtant, l’accord sur le retrait du Royaume-Uni qu’elle a conclu fin novembre avec les Vingt-Sept est indéniablement un texte de compromis. »

Anand Menon ajoute : « Les négociateurs britanniques sont parvenus à obtenir le maintien de l’ensemble du Royaume-Uni dans l’union douanière européenne [de manière provisoire –  ndlr] alors même que les négociateurs européens n’envisageaient au départ que le maintien de l’Irlande du Nord dans l’union douanière. C’est une réussite que Theresa May n’a pas mise en avant, pour ne pas froisser davantage les Brexiters conservateurs. »

Trouver un accord qui remporte une majorité de voix à la Chambre des communes sans provoquer l’éclatement du parti conservateur : voilà l’impossible quadrature du cercle que Theresa May tente de réaliser depuis deux ans et demi.

Pour y parvenir, la première ministre n’a eu de cesse d’écarter les parlementaires du processus de rupture du Royaume-Uni avec l’UE. Il est bon de rappeler que, si le conservateur pro-européen Dominic Grieve n’avait pas déposé d’amendement en décembre 2017, contre l’avis du gouvernement, le vote de mardi dernier sur l’accord de retrait n’aurait pas eu lieu.

L’engagement sans cesse renouvelé de Theresa May à mettre en œuvre le résultat du référendum du 23 juin 2016 est louable. Le résultat du scrutin ne peut, en aucun cas, être gommé. De la même façon, les phénomènes économiques, sociaux et identitaires qui ont conduit 52 % des électeurs à opter pour le “Leave” il y a deux ans et demi ne peuvent être ignorés. Or Theresa May n’a pris aucune mesure susceptible d’améliorer la qualité de vie des Britanniques.

Cet immobilisme des autorités ne peut pas être mis uniquement sur le compte du Brexit. Cependant, la paralysie des institutions politiques exaspère de plus en plus les électeurs, qu’ils soient pro-Brexit ou pro-européens.

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