Hollande justifie son soutien indéfectible au régime égyptien

Par

Le président français a achevé mardi une tournée au Proche-Orient marquée par une visite d’État en Égypte. Il a dû s’expliquer sur son soutien indéfectible au régime de Sissi. Pour la France, la lutte contre le terrorisme et les contrats d’armements valent plus que les droits de l’homme.

Cet article est en accès libre. L’information nous protège ! Je m’abonne

C’est une scène aux airs de déjà-vu. Les acteurs, seuls, ont changé. Deux pupitres, deux chefs d’État à la mine figée, parfois gênée ou agacée, face à un parterre de journalistes les questionnant sur les droits de l’homme bafoués et sur la priorité donnée à la lutte contre le terrorisme et aux juteux contrats commerciaux. Cette fois, ce n’est pas Jacques Chirac ou Nicolas Sarkozy avec Zine el-Abidine Ben Ali ou Hosni Moubarak. C’est François Hollande, qui achève ce mardi une tournée de quatre jours au Liban, en Égypte et en Jordanie, aux côtés de l’Égyptien Abdel Fattah al-Sissi.

Dimanche, au Caire, François Hollande a dû justifier son soutien très appuyé au régime de Sissi, arrivé au pouvoir à l’été 2013 après un coup d’État contre le seul président démocratiquement élu de l’histoire du pays, Mohamed Morsi. Mais la France reste un des plus sûrs alliés du pays, malgré les disparitions forcées, les assassinats et la répression qui s’abat sur l’ensemble de la société civile.

En conférence de presse, les deux présidents ont d’emblée évoqué le respect des droits de l’homme, et exposé leurs nuances. Pour Sissi, le terrorisme justifie tout (là encore, c’est une vieille rengaine), surtout pour un « État jeune » (idem), et il est bien facile de juger depuis la quiétude européenne (idem). Pour Hollande, le respect des droits de l’homme est précisément une façon de lutter contre le terrorisme, mais il n’en tire aucune conclusion : pas question de se brouiller pour autant avec l’allié égyptien, qui achète des Rafale et soutient, sans y participer, la guerre en Irak et en Syrie contre l’État islamique (EI, ou Daech).

« Nous sommes un État jeune, nous faisons nos premiers pas comme État démocratique. (…) Nous voulons être un État de droit », a prétendu Sissi en introduction. Avant de prévenir : « Nous vivons dans une région troublée. Les critères européens, qui sont au plus haut niveau de progrès et de civilisation, sont difficiles. (…) Il faut être conscient que nous avons des problèmes considérables à résoudre. (…) Notre stabilité peut faire la stabilité de la région, en coopération avec nos amis français. »

Surtout, Sissi s’est agacé quand un journaliste français de BFM-TV a interrogé directement les deux présidents en évoquant notamment le cas de l’Italien Giulio Regeni et du Français Éric Lang. Le premier, un doctorant de 28 ans, avait été enlevé le 25 janvier dernier au Caire et retrouvé mort 10 jours plus tard, le corps couvert des stigmates de tortures. Sa mort a été attribuée par les autorités égyptiennes à un gang criminel. L’affaire a suscité une très vive émotion en Italie, qui avait rappelé son ambassadeur.

La mort de Giulio Regeni avait aussi remis en lumière le cas d’un Français, Éric Lang, mort dans l’indifférence générale en septembre 2013 dans un commissariat du Caire, après avoir été arrêté à un barrage de police, sans passeport sur lui. Pour les autorités, ce professeur de français installé au Caire depuis de nombreuses années a été roué de coups par ses codétenus. Mais selon sa famille, l’autopsie faite en France a permis de montrer qu’Éric Lang avait été torturé.

Lors d’une conférence de presse organisée par plusieurs ONG, sa mère, Nicole Prost, a aussi dénoncé le manque de soutien des autorités françaises. Le Quai d’Orsay n’a plus répondu au téléphone à la famille après la mort du professeur ; il n’a pas géré le rapatriement du corps ; et la justice française semble peu encline à s’emparer du dossier. Selon les défenseurs d’Éric Lang, la France s’apprêtait à signer un contrat d’armement quand il est mort… « Au moment de la mort d'Éric, le ministre des affaires étrangères de l’époque [Laurent Fabius – ndlr] rencontrait son homologue égyptien. Il y avait des contrats en jeu, l’Égypte voulait également rassurer les touristes français, montrer que tout allait bien là-bas... Je suis persuadée que c’est pour cela qu’on a étouffé l’affaire, que le Quai d’Orsay ne m'a jamais répondu et que la juge de Nantes ne fait rien », a expliqué Nicole Prost. « La France nous a abandonnés. »

En réponse, Sissi s’est lancé dans une longue plaidoirie, en fait une longue diatribe, en défense de son régime : « Nous sommes visés par des forces du mal qui essaient de déstabiliser l’Égypte, qui essaient de donner une image qui n’est pas vraie de ce qui se passe en Égypte. (…) Ce qui se passe en Égypte, c’est une tentative de détruire les institutions de l’État l’une après l’autre. (…) Il y a des tentatives pour faire tomber le régime de l’intérieur, il faut que vous soyez conscient de cela. L’Égypte est un pays de droit. Nous avons un État de 90 millions de personnes à préserver. Nous ne violons pas les droits de l’homme. Il y a des forces du mal qui veulent donner une mauvaise impression de l’Égypte. »

« Il ne faut pas voir dans la question des droits de l’homme une attaque, mais une attente et aussi une exigence. Cette question est légitime », a rétorqué le président français. « Les droits de l’homme ne sont pas une contrainte. Les droits de l’homme, c’est aussi une façon de lutter contre le terrorisme, dès lors que la sécurité est assurée et que l’action déterminée est affirmée. Les droits de l’homme, c’est la liberté de la presse, la liberté d’expression et un système judiciaire qui permette de répondre à toutes les questions qui sont posées », a-t-il également expliqué.

Pas de mobilisation sans confiance
Pas de confiance sans vérité
Soutenez-nous