Les Verts allemands se rangent derrière Annalena Baerbock pour la chancellerie

Dans un parti écologiste et féministe, la nomination de cette femme de 40 ans comme tête de liste aux législatives de septembre n’est pas tout à fait une surprise. Certains rêvent déjà qu’elle devienne la première chancelière verte.

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Berlin (Allemagne).– Les Verts allemands ont désigné lundi Annalena Baerbock pour conduire le parti écologiste lors des élections législatives du 26 septembre 2021. Début juin, un congrès entérinera ce choix, fruit de la concertation entre les deux coprésidents du parti, Annalena Baerbock elle-même et Robert Habeck. Ce ne devrait être qu’une formalité.

Cette femme de 40 ans devient la première candidate des Verts à la chancellerie : en effet, ces derniers n’avaient jusqu’à présent jamais eu d’assise et de scores suffisants pour espérer qu’un des leurs puisse accéder à la fonction suprême. Mais ce temps est fini. Ils talonnent aujourd’hui l’union conservatrice CDU/CSU dans les sondages et sont présents dans 11 des 16 gouvernements régionaux. Depuis 2016, ils ont aussi multiplié par deux le nombre de leurs adhérents, qui sont 107 000 aujourd’hui.

« Chère Annalena, la scène est à toi », a annoncé Robert Habeck après avoir chanté une ode à l’unité du parti et à la coopération harmonieuse avec son binôme. Ce couplet n’était bien sûr pas innocent. Pendant ce temps, leurs principaux rivaux, les conservateurs de la CDU/CSU, sont embourbés dans une guerre de chefs proche du combat de coqs.

À propos de coqs, Annalena Baerbock est pour l’instant la seule femme parmi les candidats déclarés. « À capacités égales, il est évident que les Verts choisissent toujours une femme », souligne la député écologiste berlinoise Nicole Ludwig.

L’arrivée d’Annalena Baerbock dans l’arène apporte un coup de jeune à la campagne électorale. Son discours concret et efficace, lundi, a été à la hauteur de sa réputation d’aller droit au but et de connaître ses dossiers sur le bout des doigts.

Annalena Baerbock à Berlin, lundi 19 avril. © Annegret Hilse / Pool / AFP

Après avoir décrit les défis qui attendent le pays, et notamment l’accélération des programmes de protection du climat, la gestion des mutations sociales qu’elle implique ou l’engagement européen qui doit être renforcé, Annalena Baerbock n’a pas oublié de mentionner ce que ces adversaires appellent son « principal défaut ».

« Je n’ai jamais été chancelière ou ministre », a-t-elle lancé en souriant. Et alors ? Les Verts sont là pour proposer du neuf et pour « mettre en place une manière coopérative et empathique de faire de la politique », a-t-elle expliqué en se présentant comme proche de la génération Y, ces personnes nées dans les années 1980 et qui maudissent parfois leurs aînés jugés trop guerriers, trop consommateurs et trop pollueurs.

Annalena Baerbock n’est pas Angela Merkel, même si le parallèle est tentant. Elles ont en commun un parcours éclair. Fille d’un ingénieur et d’une éducatrice ouest-allemands, l’écologiste a grandi dans une ferme près de Hanovre, en compagnie de ses sœurs et cousines. Médaillée de bronze à trois reprises aux championnats d’Allemagne de trampoline, elle a aussi montré qu’elle ne craignait pas le saut dans l’inconnu.

Après une année passée seule comme écolière aux États-Unis, des études de sciences politiques et de droit public à Hambourg, puis un master de droit international acquis à la prestigieuse London School of Economics, elle a rengainé ses velléités de reporter de guerre pour aller tout droit au Parlement européen, à Bruxelles. Pendant trois ans, elle y dirige le bureau de la députée européenne écologiste Elisabeth Schroedter.

Cette expérience, qui a fait d’elle une Européenne convaincue, l’a aussi projetée dans un monde politique dont elle gravit rapidement les échelons. Tant au sein du parti, où elle se spécialise sur les questions d’énergie, de défense et d’Europe, que sur le terrain. À 28 ans, elle était déjà présidente de la fédération régionale des écologistes du Brandebourg, devenant ainsi l’une des rares Vertes de l’Ouest à s’engager à l’Est. Elle est par ailleurs députée fédérale depuis 2013, élue à Potsdam.

« La véritable césure, son décollage, c’est quand elle se porte candidate à la coprésidence du parti aux côtés de Robert Habeck », retrace le consultant politique Johannes Hillje, proche des Verts. La direction écologiste est alors paralysée par une guerre entre ses deux coprésidents et deux tendances : Simone Peters, qui représente l’aile dite de gauche, et Cem Özdemir, tenant de l’aile dite réaliste.

« Le 27 janvier 2018, les Verts choisissent d’élire pour la première fois deux représentants du courant réaliste. Et ça marche. Robert Habeck est un médiateur-né qui dispose d’une solide expérience de gouvernement dans son Land [le Schleswig-Holstein – ndlr]. Annalena Baerbock est une bûcheuse, mais aussi une femme de terrain absolument pragmatique qui n’a pas peur d’affronter une assemblée de mineurs en colère pour les convaincre de la nécessité de la transition énergétique », raconte Johannes Hillje. 

La nouvelle direction bicéphale travaille soudée, efficacement et sans bruit : « Avec eux, non seulement le parti est uni comme jamais, mais en plus il dispose de deux représentants capables tous les deux de faire le job de chancelier », s’enthousiasme Nicole Ludwig.

Et il est clair que si Annalena Barbock est la candidate à la chancellerie, Robert Habeck reste un élément central de la cordée qui grimpe vers le pouvoir : « Robert s’engagera bien sûr dans la campagne électorale. Mais il va aussi s’investir dans la préparation des négociations de coalition et de la formation d’un gouvernement », a ainsi précisé Annalena Baerbock.

Pour Nicole Ludwig, les négociations qui attendent les dirigeants verts ne seront pas faciles. « L’élection n’est bien sûr pas jouée. Mais si nous devons négocier la création d’une coalition avec les conservateurs, un cas très probable, nous aurons des différences fortes sur la question climatique et sur la politique migratoire. Par ailleurs, nous serons face à un camp conservateur déstabilisé par le départ de Merkel. Ce sera un partenaire difficile », prévoit la députée.

À cela s’ajoute l’intention des Verts de négocier une offensive de 50 milliards d’euros d'investissements, principalement en faveur de la protection du climat, des transports et de l’éducation. « Les Verts veulent beaucoup. Mais pour pouvoir vraiment peser sur le programme gouvernemental face à la CDU/CSU, il faudra qu’Annalena Baerbock et les Verts réunissent au moins 20 % des suffrages. C’est faisable », estime Johannes Hillje.  

Thomas Schnee

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