Donald Trump, fauteur de crises

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La méthode du président américain consiste à semer le chaos pour tenter d’en récolter les fruits. Jusqu’ici, de la Corée du Nord à l’Arabie saoudite en passant par le Venezuela et la Chine, cela aura produit plus d’échecs que de succès.

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S’il fallait tenter de définir la politique étrangère de Donald Trump, on pourrait dire qu’elle tient peut-être à une question de moustaches. Autant dire à rien du tout. Un incident, un coup d’humeur, un mauvais tweet. C’est ainsi que John Bolton, l’über-faucon, reliquat de l’ère Bush junior, et actuel va-t-en-guerre contre l’Iran avait été recalé du premier casting de l’administration Trump : parce que le président aime les hommes glabres.

On aurait pourtant tort de s’arrêter à une question de pilosité. Car derrière les idiosyncrasies et les emportements de l’actuel hôte de la Maison Blanche, il n’y a pas de méthode ni de politique étrangère bien définie comme les aiment les amoureux des catégories (« réaliste », « néoconservatrice », « isolationniste »…), mais il y a des effets de bord qui s’avèrent extrêmement tangibles.

La manière de faire de Donald Trump, comme l’ont décrit ses biographes et ceux qui l’ont accompagné durant ses décennies de promoteur immobilier, est de semer le chaos à tout crin pour, ensuite, récolter ses propres bénéfices. Malheureusement, ce qui fonctionnait (ou pas toujours) à New York ne déstabilisait au pire que la bulle de la bonne société de Manhattan et les pauvres en quête de logement.

Lorsque cela commence à s’appliquer au fragile équilibre international, les conséquences peuvent déstabiliser des pays, des systèmes d’alliance, des économies et des populations, au risque de provoquer des guerres.

  • Iran

Comme l’a exprimé récemment ancienne conseillère de George W. Bush à propos des récents bruits de bottes de Washington à l’égard de l’Iran : « N’avons-nous rien appris de la décennie précédente et de la guerre en Irak ? » Au début des années 2000, même les opposants les plus farouches au renversement de Saddam Hussein n’avaient pas imaginé une telle déstabilisation de l’Irak, avec l’essor de l’État islamique et le trou noir syrien : un conflit de huit années avec des millions de réfugiés et déplacés, impliquant aussi bien la Russie que l’Iran, les djihadistes que les puissances occidentales.

Le porte-avions « USS Abraham Lincoln » dans le canal de Suez en route vers le Golfe persique le 10 mai 2019. © Reuters Le porte-avions « USS Abraham Lincoln » dans le canal de Suez en route vers le Golfe persique le 10 mai 2019. © Reuters

Aujourd’hui, la simple perspective d’attaquer l’Iran, un pays quatre fois plus grand, trois fois plus peuplé et bien plus uni, devrait suffire à modérer les ardeurs de n’importe quel stratège en chambre. Pourtant, cela ne semble pas détourner certains au sein de l’administration Trump, principalement le conseiller à la sécurité nationale John Bolton, de brandir, de nouveau, la perspective d’une guerre au Moyen-Orient.

Il ne s’agit peut-être que de bluff, mais lorsque celui-ci s’exerce à coups de porte-avions, de bombardiers et de “fuites” du Pentagone sur les plans de déploiement de 120 000 soldats, il y a de fortes chances que l’adversaire, en l’occurrence Téhéran, réponde de manière similaire, avec ses propres moyens, asymétriques.

L’Iran est une vieille obsession des conservateurs américains (et de quelques démocrates) depuis la Révolution islamique de 1979 et la « crise des otages » qui s’est ensuivie. Malgré les efforts de Barack Obama et de son équipe pour entamer une nouvelle phase des relations entre Washington et Téhéran, ceux-ci ont échoué.

D’abord à cause du propre dogmatisme des dirigeants religieux iraniens. Ensuite, parce que le traité de Vienne sur le nucléaire iranien n’a jamais été « vendu » aux États-Unis pour ce qu’il était : un accord visant à retarder la capacité de la République islamique à se doter de la bombe atomique, et non un étouffoir à toutes les ambitions iraniennes. Par conséquent, même en respectant l’accord, Téhéran n’a pas changé son discours d’un iota et a poursuivi le développement de ses intérêts dans la région moyen-orientale, ce que les Américains n’acceptent pas.

En dénonçant en mai 2018 le traité de Vienne et en renforçant progressivement les sanctions économiques contre l’Iran, Trump s’est placé dans la position de l’agresseur, persuadé qu’il va faire plier les mollahs, eux qui ont une vision millénariste de l’Histoire et qui ont déjà connu bien pire notamment dans les années 1980 lors de la guerre contre l’Irak.

Comme si cela ne suffisait pas, il a fallu que John Bolton et son comparse du département d’État Mike Pompeo montent au créneau en ce début mai 2019 en demandant au Pentagone de préparer un plan de riposte à une attaque iranienne, en ordonnant l’évacuation de l’ambassade américaine à Bagdad, en expédiant un porte-avions et des bombardiers dans le Golfe persique, et en faisant grand cas de photos montrant le chargement de missiles iraniens à bord de felouques pour une destination inconnue.

Bref, tout cela ressemblait fort à l’agitation de 2002-2003 à Washington visant à préparer le terrain pour l’invasion de l’Irak. Il a fallu attendre jeudi 16 mai pour que Trump lui-même fasse passer le message à ses « faucons » : il ne désire pas de confrontation avec l’Iran.

Le même jour, à Paris, un diplomate français spécialiste des États-Unis confiait : « Je ne crois pas que Trump souhaite une véritable confrontation avec l’Iran. Comme il l’a montré depuis le début de son mandat, son instinct le pousse davantage à rapatrier les troupes américaines qu’à en envoyer au combat. Le problème, c’est qu’il laisse les plus excités de ses conseillers parler à tout vent. Ses véritables intentions deviennent illisibles. C’est peut-être un atout pour des négociations immobilières mais sur le plan de relations internationales, cela crispe tout le monde, en particulier les Iraniens qui sont déjà, par nature, tendus. »

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