Les centrales électriques au charbon rendent l’Europe malade

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Dix compagnies ont causé à elles seules 7 600 morts prématurées, 3 320 nouveaux cas de bronchite chronique et 137 000 jours de syndrome d’asthme chez les enfants pour la seule année 2016, selon un rapport commandé notamment par Greenpeace. 

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Alors que la Pologne s'apprête à présider la COP 24 début décembre à Katowice, un rapport vient confronter violemment son modèle de production d'électricité. Avec l'Allemagne, la Pologne est en effet le pays qui possède le plus de centrales électriques fonctionnant au charbon. La pollution engendrée fait d'énormes dégâts en matière de santé, et ce pour un coût qui dépasse dans bien des cas les gains réalisés par les entreprises, montre un rapport publié mardi 20 novembre. 

Le rapport, intitulé « Dernier souffle, les compagnies du charbon qui rendent l’Europe malade », a été rédigé sous l’impulsion de la campagne « Europe Beyond Coal » (« l'Europe au-delà du charbon) dont Greenpeace et le Climate Action Network font notamment partie. Ce rapport, que Mediapart a pu lire en avant-première, évalue les conséquences de la pollution de l’air, son impact sur la santé et les coûts associés pour la santé des centrales au charbon de l’UE. 

Pour ce faire, les rapporteurs se sont appuyés sur les données de production de 2016 fournies par l’Agence européenne de l’environnement. Ils ont ensuite utilisé le modèle atmosphérique de la Commission européenne pour estimer l’impact des niveaux de pollution de centrales à charbon sur l’air que nous respirons, puis ont calculé les impacts en termes de santé grâce à l’OMS, avant d’en calculer les coûts en termes de santé publique grâce à la Commission européenne. 

103 compagnies exploitent des usines de production d’électricité au charbon dans l’Union européenne, et 250 usines produisant de l’électricité à partir du charbon sont toujours en fonctionnement. Le charbon représente encore 21 % de l’électricité produite en Europe, rappelle le rapport. 

Selon le rapport, dix compagnies sont responsables d’environ un tiers des dommages sur la santé causés par ces usines. Elles ont provoqué 7 600 morts prématurées, 3 320 nouveaux cas de bronchite chronique et 137 000 jours de syndrome d’asthme chez les enfants.

Quatre de ces dix compagnies ont leurs usines principales en Allemagne : RWE, EPH, Uniper et Steag. « Ce n’est pas une coïncidence, souligne le rapport, l’Allemagne brûle plus de charbon que n’importe quel autre pays d’Europe et a fait très peu pour réduire la pollution de l’air due à ses usines cette dernière décennie. » Les limites allemandes de pollution atmosphérique pour les centrales à charbon sont restées globalement inchangées depuis 2009 et sont maintenant similaires à celles de la Pologne ou de la République tchèque. Trois autres de ces dix compagnies sont situées en Pologne. Les trois dernières sont situées en République tchèque, en Espagne et en Bulgarie.

Le rapport pointe en particulier le rôle de RWE, le géant allemand de l’électricité, qualifié de « plus nocif pour la santé », avec des citoyens de l’ouest de l’Allemagne, de la Belgique et des Pays-Bas particulièrement atteints. « Nous estimons qu’environ 65 % des dommages sont causés par les quatre plus grandes usines de lignite situées en Rhénanie du Nord-Westphanie ». « Plus de 46 millions de personnes vivent à moins de 200 km de ces usines », soulignent les ONG.

L'impact de l'opérateur allemand RWE. © Greenpeace L'impact de l'opérateur allemand RWE. © Greenpeace

RWE a fait récemment parler d’elle car elle est à l’origine de l’évacuation de la forêt de Hambach, où se trouvaient depuis des années des militants opposés à l’extension d’une mine de lignite (lire notre article ici). Nous avions relevé dans un précédent article que des entreprises françaises avaient encore de l’argent placé dans ces producteurs d’électricité fonctionnant au charbon.

La modélisation effectuée par le rapport va cependant plus loin que ce simple constat. Il a en effet calculé les coûts de santé de ces entreprises, et ceux-ci « pèsent lourd sur la société par rapport aux revenus que les sociétés tirent de la vente de leur électricité au charbon ». RWE par exemple coûte 48 euros en frais de santé pour chaque MWh d’électricité produit grâce au charbon, « similaire au prix de gros de l'électricité que RWE reçoit pour vendre son électricité », précisent les ONG.

La République tchèque, qui a des centrales plus vieilles et fonctionnant à la lignite, a un coût encore plus élevé en termes de santé : 71 euros par MWh produit. Un coût supérieur au prix de vente de son électricité, note le rapport.

Le top 10 des opérateurs polluants. © Greenpeace Le top 10 des opérateurs polluants. © Greenpeace

Dans ses recommandations, le rapport insiste sur le fait que les compagnies doivent arrêter tout investissement dans le charbon et la lignite, préparer la fermeture de toutes leurs usines utilisant ces matières d’ici à 2030 ou plus tôt, et adopter des business plans afin de s’assurer qu’elles contribuent activement au respect de l’Accord de Paris pour que la hausse des températures n’excède pas 1,5 °C. Les gouvernements sont également mis à contribution : ils devraient en particulier assurer une transition vers les 100 % d’énergies renouvelables.

Il faut dire que les principales compagnies traînent largement des pieds. Selon les ONG, on ne connaît à ce jour la date de fermeture que de seulement 4 % des centrales possédées par les dix compagnies les plus polluantes. Et les quatre plus polluantes parmi ces dix compagnies n’ont tout simplement fait aucune annonce de fermeture pour le moment.

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