Tout pour suivre les législatives «historiques» en Espagne

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Les messages des derniers meetings, les biais anti-Podemos du système électoral, l’enjeu de la participation, attendue en hausse, ou encore l'inconnue catalane: tout ce qu’il faut savoir pour suivre les législatives ce dimanche en Espagne, censées en finir avec le bipartisme PP-PSOE.

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Les législatives dimanche en Espagne s’annoncent comme les élections les plus disputées depuis le retour de la démocratie, avec une bataille à quatre entre deux « vieux » partis (PP et PSOE) et deux « nouveaux » surgis de la crise (Podemos et Ciudadanos). De la participation attendue en hausse aux méandres du système électoral, des messages des derniers meetings aux candidats dont il faudra suivre les résultats dimanche soir, Mediapart passe en revue quelques clés du scrutin.

Affiches de campagne à Madrid: Podemos (Pablo Iglesias) versus IU (Alberto Garzón, communistes) Affiches de campagne à Madrid: Podemos (Pablo Iglesias) versus IU (Alberto Garzón, communistes)

1 - Les biais anti-Podemos du système électoral
C’est un point technique et il pourrait se révéler décisif, à l’heure de l’analyse des résultats : le système électoral roule pour les conservateurs du PP. « Il penche à droite », résume Alberto Penadés de la Cruz, de l’université de Salamanque. Si les sondages (fragiles, tant la volatilité est forte) disent vrais, les scores seront serrés, entre les quatre principaux partis. Mais le système de répartition des 350 sièges pour la Chambre basse, le congrès des députés, pourrait clarifier les choses, et freiner l’ascension de Ciudadanos et Podemos. Aux dernières générales en 2011, le PP avait obtenu 44 % des voix et… 53 % des sièges (186 sur 350).

Les critiques sur les biais de ce système hérité de la fin du franquisme ne datent pas d’hier. À l’origine, il s’agissait de trouver un équilibre entre le souci de proportionnalité (pour faire une place à la Chambre, en particulier, à des partis régionalistes, présents uniquement dans certaines communautés autonomes) et la volonté de définir des majorités nettes pour gouverner (en clair : favoriser le bipartisme PP-PSOE). Les centristes d’UPyD ou les communistes d’Izquierda Unida le dénoncent depuis longtemps. Avec l’émergence de Podemos et Ciudadanos, l’affaire devient encore plus gênante.

Premier biais : la pondération des sièges associés aux 50 provinces (auxquelles s’ajoutent les villes de Ceuta et Melilla, soit 52 en tout). Même à la chambre basse, les régions rurales, où le vote PP reste bien implanté, sont sur-représentées. À titre d’exemple, il faut presque quatre fois moins d’électeurs pour obtenir un poste de député à Teruel, dans l’Aragon, qu’à Madrid. Concrètement, la barre est à un peu moins de 40 000 électeurs pour un siège à Teruel, contre plus de 136 000 votants à Madrid… On trouvera sur le site InfoLibre (partenaire de Mediapart) un tableau des seuils de l’ensemble des circonscriptions.

Ce biais peut se justifier par le souci de mieux représenter des territoires ruraux, oubliés, en difficulté. L’argument est recevable. Mais le déséquilibre au profit des petites localités au vote conservateur est considérable, alors que le vote pour les partis émergents (Ciudadanos et Podemos) se situe avant tout dans les grands centres urbains. Le mouvement anti-austérité de Pablo Iglesias espère d’abord faire le plein dans les grandes villes qui ont basculé en mai dernier aux mains « indignés » (Madrid, Barcelone, Saragosse, Cadix, La Corogne et aussi, dans un autre registre, Valence). Autant de territoires où il sera beaucoup plus difficile de remporter un siège.

Ce n’est pas tout. La prolifération des « petites circonscriptions », comme disent les politologues (elles sont en jaune sur cette carte de l’Espagne), pose un autre problème. D’après les calculs d’InfoLibre, 11 des 52 n’élisent qu’un, deux ou trois élus (répartis selon les charmes de la loi d’Hondt). Traduction : sur ces terres-là, les quatre partis ne pourront pas obtenir un siège chacun. Ce qui veut dire que, même si les scores des quatre partis sont serrés à l’échelle nationale, ce type de découpage pourrait fortement pénaliser les troisième et quatrième formations (c’est-à-dire Podemos et Ciudadanos si l’on s’en tient aux sondages, surtout, encore une fois, en zone rurale…). Là encore, l’objectif est le même : renforcer l’effet majoritaire, et soutenir le bipartisme coûte que coûte.

En théorie, à cause de ces deux biais, il ne suffira pas à Podemos ou Ciudadanos de dépasser, en nombre de voix, un « vieux » parti, pour lui passer devant en nombre de sièges au Congrès des députés. L’option d’un Podemos devant le PSOE au niveau national, mais derrière lui en nombre de sièges, est par exemple un scénario possible. Conclusion de Pablo Simón, professeur détaché de sciences politiques à l'université Carlos III et membre du collectif Politikon (que Mediapart a déjà interviewé en mai 2015) : « Il n’est pas exagéré de dire qu’il existe une part de manipulation dans le choix d’adopter certaines règles électorales, plutôt que d’autres. Et dans le cas de l’Espagne, c’est une composante particulièrement machiavélique et efficace. »

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