Les gaz à effet de serre dans l’atmosphère atteignent un niveau record

Par

Selon le rapport annuel de l’Organisation météorologique mondiale (OMM), les concentrations de gaz à effet de serre ont atteint un niveau « jamais vu depuis 3 millions d’années ». L’activité humaine en est en très grande partie responsable. 

Cet article est en accès libre. Découvrez notre offre spéciale ! S'abonner

« La fenêtre d’action pour agir est presque fermée. » C’est par ces mots que le secrétaire général de l’Organisation météorologique mondiale (OMM), Petteri Taalas, a présenté jeudi 22 novembre le 14e rapport sur les gaz à effet de serre

Un mois et demi après le rapport spécial du GIEC sur les 1,5° C, ce nouveau rapport montre qu’en 2017, les concentrations de gaz à effet de serre (GES) dans l’atmosphère ont encore augmenté par rapport à 2016, atteignant un nouveau record, « jamais vu depuis 3 millions d’années ».

À cette époque reculée, les températures moyennes sur le globe étaient supérieures de 2 à 3° par rapport à ce qu’elles sont aujourd’hui, et le niveau des océans était supérieur de 10 à 20 mètres.

Présentation par l'OMM du système ICOS d'observation de la concentration de CO2 dans l'atmosphère. © OMM Présentation par l'OMM du système ICOS d'observation de la concentration de CO2 dans l'atmosphère. © OMM

En 2017, selon l’OMM, la concentration de CO2 dans l’atmosphère était de 405,5 ppm (parties par million), 2,2 ppm de plus qu’en 2016. Cette hausse est moins importante que la hausse de 2016 par rapport à 2015, mais elle s’inscrit dans la hausse moyenne de ces dix dernières années. Autrement dit, la courbe des émissions n’a pas encore commencé à s’inverser.

Le CO2 est responsable d’approximativement 66 % du forçage radiatif (effet réchauffant) des gaz à effet de serre, précise l’OMM. Le CO2 dans l’atmosphère a augmenté de 146 % par rapport au niveau pré-industriel (1750). Cette hausse est due principalement aux émissions provoquées par la combustion des combustibles fossiles, la production de ciment, la déforestation et les changements d’affectation des sols. 

Le second gaz à effet de serre en augmentation est le méthane, qui participe à 17 % du forçage radiatif. 40 % de ce méthane est émis par des sources naturelles (les zones humides et les termites, par exemple) et 60 % par l’activité humaine (élevage, riziculture, exploitation des combustibles fossiles, décharges et combustion de la biomasse). Là encore, le niveau de méthane augmente moins rapidement qu’entre 2015 et 2016, mais il se situe dans la moyenne des dix dernières années.

Troisième gaz dans le rapport : le protoxyde d’azote, qui contribue à environ 6 % du forçage radiatif. 60 % du protoxyde d’azote émis est d’origine naturelle. Mais, selon le rapport de l’OMM, « les causes probables de l’augmentation de N2O dans l’atmosphère sont une augmentation du recours aux fertilisants en agriculture et une libération accrue de N2O par les sols en raison d’un excès de dépôt d’azote atmosphérique lié à la pollution atmosphérique ».

Petteri Taalas, secrétaire général de l'OMM, a rappelé jeudi que le changement climatique aurait « des effets de plus en plus destructeurs et irréversibles » sans « réductions rapides » des émissions. Elena Manaenkova, son adjointe, a pour sa part expliqué que le CO2 « reste dans l’atmosphère pendant des centaines d’années et dans les océans encore plus longtemps », et que « chaque fraction d’un degré de réchauffement planétaire est importante, de même que chaque partie par million de gaz à effet de serre ».

Un rapport de l’organisme des Nations unies chargé de la lutte contre le changement climatique, publié mercredi, montrait que les engagements en matière de réduction d’émission de CO2 ont largement augmenté en 2018. Il ne s’agit certes que d’engagements, mais selon l’ONU, 9 000 villes dans 128 pays, 240 États et régions dans 40 pays et plus de 6 000 entreprises dans 120 pays sont répertoriés dans cet « Annuaire de l’action mondiale sur le climat »

Cet annuaire fait partie des actions décidées dans la foulée de l’accord de Paris, lors de la COP22 à Marrakech. L’idée est de dire que la seule implication des États ne peut suffire face au dérèglement climatique, et les autres parties prenantes – entreprises, régions, villes, etc. – sont donc invitées à agir. 

Dans la présentation de cet annuaire, Patricia Espinosa, responsable de la convention-cadre des Nations unies sur le changement climatique, écrit : « D’un côté, les émissions de gaz à effet de serre n’ont pas encore atteint leur maximum et les pays ont du mal à maintenir l’attention et les efforts nécessaires pour une réponse efficace au changement climatique. D’un autre côté, l’action pour le climat se produit, elle augmente et il y a une volonté de faire plus. Je le souligne parce que sombrer dans le désespoir et l’accablement est un danger équivalent à la complaisance, ce que nous ne pouvons nous permettre. »

Ces deux rapports sont publiés moins de deux semaines avant l’ouverture de la COP24 à Katowice, en Pologne. Lors de cette conférence internationale, les États devraient essayer de conclure le dialogue dit « de Tananoa », une discussion entre tous les pays pour déterminer une ambition collective avant la date fatidique de 2020, quand les pays devront, selon l’accord de Paris, présenter un relèvement de leur ambition nationale.

Cette COP doit également permettre d’avancer sur les « règles du jeu » de l’accord de Paris : quelle transparence, quelles règles pour les mécanismes de coopération, etc.

La Pologne a aussi dans l’optique de porter une demande de « transition juste ». Arguant que la transition nécessite des changements très importants, la présidence polonaise plaide pour un accompagnement plus social. Une demande qui n’est pas désintéressée, la Pologne étant, avec l’Allemagne, un des pays de l’UE les plus gourmands en charbon, le combustible fossile le plus émetteur de gaz à effet de serre. 

Prolongez la lecture de Mediapart Accès illimité au Journal contribution libre au Club Profitez de notre offre spéciale