Macron «au contact» avec le groupe de Visegrad

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En marge du Conseil européen à Bruxelles, le chef d’État français a tenu une réunion tendue, vendredi, avec ses homologues polonais, hongrois et slovaque. Il cherche surtout à dépasser les désaccords dans le dossier toujours aussi compliqué des travailleurs détachés.

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Bruxelles (Belgique), de notre envoyé spécial.-  Jusqu’à vendredi matin, la rumeur d’une annulation circulait. Dans un entretien à plusieurs journaux européens la veille, Emmanuel Macron avait lancé que « l’Europe n’est pas un supermarché ». Le chef d’État s’en prenait, de manière à peine voilée, à la dérive des droits de l’homme dans certains pays d’Europe centrale et orientale, alors que ces États continuent de profiter de généreux fonds structurels européens en soutien à leur économie.

La cheffe du gouvernement polonais n’avait pas tardé à dénoncer l’« hostilité » du président français, en ouverture du Conseil européen, jeudi, à Bruxelles : « La Pologne est prête à coopérer, mais la balle est maintenant dans le camp de Macron : est-ce qu’il préfère faire preuve d’hostilité à l’égard de l’Europe centrale et orientale dans les médias, ou avoir une discussion fondée sur des faits ? », avait répliqué Beata Szydlo.

« Ce n’est pas la meilleure entrée, pour un nouveau président – donner un coup à ceux avec qui vous voulez engager un dialogue, avait confié un diplomate hongrois du staff de Viktor Orban au journal Politico. Ce n’est pas comme cela que l’on parle aux gens dans un conseil européen. » 

Malgré ces tensions, la réunion à cinq a bien eu lieu, en début de matinée, avant l’ouverture de la deuxième journée de travail du sommet. Elle s’est déroulée à l’invitation de Varsovie, qui préside, jusqu’à fin juin, le V4, l’autre nom du groupe de Visegrad (Pologne, Hongrie, République tchèque, Slovaquie). « C’est comme cela que s’y prend le président, il va au contact, commente-t-on du côté de l’Élysée. Notre idée, c’est de ne pas taire les désaccords, mais d’en parler directement. »

Emmanuel Macron (à droite sur la photo) face aux dirigeants du groupe de Visegrad, dont la Polonaise Beata Szydlo, le 23 juin à Bruxelles © Emmanuel Dunand / Reuters Emmanuel Macron (à droite sur la photo) face aux dirigeants du groupe de Visegrad, dont la Polonaise Beata Szydlo, le 23 juin à Bruxelles © Emmanuel Dunand / Reuters

Les cinq dirigeants ont donc appris à se connaître et constaté, selon l’expression d’Emmanuel Macron vendredi après-midi, des « conflits irréductibles » sur certains sujets. Varsovie, Budapest et Prague font tous trois l’objet, depuis la semaine dernière, d’une procédure d’infraction à Bruxelles, parce qu’ils n’ont pas respecté le plan de répartition des migrants fixé par la Commission.

Mais le gouvernement français espère surtout réussir à faire avancer, d’ici la rentrée, l’un de ses dossiers les plus emblématiques à Bruxelles, celui de la réforme du statut des travailleurs détachés (qui n’était pas au programme du sommet officiel, à l’agenda déjà très dense, de la défense européenne aux politiques commerciales). Si « tous les sujets ont été abordés », droits de l’homme et enjeux migratoires compris, c’est surtout le dossier du détachement des travailleurs qu’Emmanuel Macron avait en tête, dans son bras de fer avec Visegrad.

Dans cet entretien publié jeudi dans huit journaux européens, il s’est montré particulièrement raide sur le sujet : « Sur quoi le Brexit s’est-il joué ? Sur les travailleurs d’Europe de l’Est qui venaient occuper les emplois britanniques. […] Le travail détaché conduit à des situations ridicules. Vous pensez que je peux expliquer aux classes moyennes françaises que des entreprises ferment en France pour aller en Pologne car c’est moins cher et que, chez nous, les entreprises de BTP embauchent des Polonais car ils sont payés moins ? »

Comme Mediapart l’a déjà longuement raconté ici, les institutions européennes ont lancé l’an dernier une réforme de la directive sur les travailleurs détachés. Les divisions entre Est et Ouest sont immenses. Peu après l’élection de Macron en mai, Paris a présenté une nouvelle mouture du texte, qui durcit encore les exigences françaises et accroît le risque d’un échec dans ces discussions. « Il y a un travail de conviction qui va être difficile, mais le président ne veut pas accepter qu’on le juge mauvais ou insuffisant », fait-on savoir du côté de l’Élysée.

Alors que la Hongrie de Orban prend la présidence du groupe de Visegrad à partir de juillet, une nouvelle réunion du V4 avec Macron pourrait avoir lieu en septembre, à quelques semaines du prochain Conseil des ministres du travail, courant octobre, durant lequel Paris espère conclure, avec un certain optimisme, l’accord sur le détachement.

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