En Allemagne, le réveil tardif de la justice face aux responsables de la barbarie nazie

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Soixante-dix ans après la fin de la Seconde Guerre mondiale, un ancien nazi passe à la barre dans une petite ville du nord de l'Allemagne, Lüneburg. Ce qui s'annonce comme le dernier procès visant un ancien nazi soulève d'innombrables questions juridiques… mais ne passionne guère outre-Rhin.

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Où s'arrête la faute morale, où commence la responsabilité pénale ? Un exécutant à Auschwitz était-il nécessairement complice du crime qui se jouait sous ses yeux ? Peut-on juger un crime de masse, fût-il un génocide, 70 ans après les faits ? Un tel jugement a-t-il un sens d'un point de vue juridique – au-delà de sa portée cathartique pour la société ? Voilà quelques-unes des questions sur lesquelles planche en ce moment le tribunal de Lüneburg, dans le nord de l'Allemagne. Y comparaît en effet un accusé peu commun : Oskar Gröning, ancien SS, en poste de 1942 à 1944 au camp d'extermination nazi d'Auschwitz-Birkenau. Cet homme aujourd'hui âgé de 93 ans était affecté à la « rampe » d'accès, où il était chargé, entre autres, d'empêcher les vols et de récupérer les devises des déportés à leur arrivée pour les envoyer à Berlin. Surnommé pour cette raison le « comptable d'Auschwitz », il est convoqué au tribunal depuis le 22 avril, à raison de deux audiences par semaine. Au total, 66 rescapés et descendants de victimes doivent être entendus au cours du procès. Si le calendrier n'est pas modifié en raison de l'état de santé de l'accusé ou des principaux témoins, le procès devrait s'achever à la fin du mois de juillet.