Pourquoi les élections italiennes sont une excellente nouvelle

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N’en déplaise aux commentateurs, les résultats des élections générales ouvrent au contraire des perspectives passionnantes : l’obligation faite à la gauche de construire de fortes majorités d’idées ; la nécessité de revoir le fonctionnement de l’Europe.

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Il faudrait donc pleurer ! Se lamenter des choix électoraux des Italiens, maudits inconscients, qui viennent mettre toute l’Europe en péril. Il faudrait s’horrifier de voir un « histrion populiste et démagogue », Beppe Grillo, et son Mouvement 5 étoiles devenir la troisième force politique du pays. Il faudrait s’incliner devant la dépouille de Mario Monti, passé sous le laminoir électoral et plaindre tous ces brillants experts-ministres congédiés par un peuple irresponsable. Il faudrait s’indigner de cette intolérable manie italienne de rendre « ingouvernable » ce pays.

Ce mardi, le fameux « cercle de la raison » est donc en deuil. Les tenants d’une Europe libérale, où ont été engagés quarante plans d’austérité en cinq ans, voient à nouveau le suffrage universel déjouer leurs plans. « Plus de la moitié des Italiens ont voté pour une forme ou une autre de populisme, c’est un refus puéril de reconnaître la réalité », résume le quotidien conservateur allemand Die Welt, mettant sous une même étiquette populiste Grillo et Berlusconi.

Mario Monti, à peine 10% des voix et un échec flagrant. © Reuters Mario Monti, à peine 10% des voix et un échec flagrant. © Reuters

Il faut au contraire, malgré les obstacles et les complexités, se réjouir des résultats de ces élections. Car ils obligent à poser d’autres questions ou à les poser différemment. En ce sens, le scrutin italien éclaire la plupart des pays européens, et tout particulièrement la France, en mettant au premier plan une interrogation simple : la gauche sociale-démocrate peut-elle prétendre gagner, puis gouverner, en menant une politique sociale-libérale classique ; ou faut-il repenser radicalement programmes et alliances ?

Ce débat a été indirectement posé dès ce mardi matin par deux ministres français, et pas des moindres. Pierre Moscovici, ministre de l’économie et tenant d’un social-libéralisme hérité de DSK, s’est dit désolé, presque inquiet, de résultats « compliqués » et qui « créent des difficultés » ! Au même moment, Arnaud Montebourg estimait tout au contraire que « les peuples ne sont pas prêts à passer sous la table, et c'est la démonstration italienne. (…) Les Italiens ont dit qu'ils n'étaient pas d'accord avec la politique imposée par les marchés ». Et de dénoncer au passage Angela Merkel, qui « ne peut diriger seule l'Europe ».

Quatre points méritent d’être soulignés au vu de ces résultats.

  • 1. Non, l’Italie n’est pas « ingouvernable »

Ce serait le blocage, la paralysie, l’impasse… La coalition de centre gauche de Bersani emporte une large majorité absolue à la chambre des députés, avec 345 sièges sur 630. La paralysie serait donc créée par le Sénat (à la différence de la plupart des pays, les deux chambres du Parlement italien disposent de pouvoirs identiques, quand l’Assemblée nationale française a, par exemple, le dernier mot sur le Sénat). Au Sénat, cette coalition Bersani arrive en tête. Elle dispose donc d’une majorité relative mais non absolue : 123 sièges sur 315 contre 117 à Berlusconi, 54 au Mouvement 5 étoiles, 19 aux centristes soutenant Monti.

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