La Californie du Nord subit l’épreuve des flammes

Par Gwenola Ricordeau

Depuis une semaine, de vastes incendies ravagent le nord de la Californie. Malgré le caractère habituel des incendies à cette époque de l’année, ils posent des défis importants en raison de leur nombre et du contexte de l’épidémie de Covid.

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Chico (États-Unis).– Il y a une dizaine de jours, des orages violents ont touché la Californie du Nord. En moins d’une semaine, quelque 11 000 impacts de foudre se sont notamment abattus sur les forêts. Ils ont provoqué plus de 600 départs de feu qui mobilisent depuis le lundi 17 août plus de 15 000 pompiers

Certains de ces feux sont gigantesques. Au sud de San Francisco, le « CSU Lightning Complex Fire » s’étend sur cinq comtés et a déjà brûlé plus de 147 000 hectares. Au nord de la ville, dans le comté de Napa et quatre autres comtés environnants, le « LNU Lightning Complex Fire » – qui comprenait à l’origine plus de 250 départs de feu distincts – a déjà ravagé 145 000 hectares et détruit plus de mille bâtiments.

Certains de ces incendies sont déjà entrés dans l’histoire de la Californie : par leur superficie, le CSU Lightning Complex et le LNU Lightning Complex sont respectivement à la deuxième et troisième place des pires incendies ayant ravagé l’État. Mais les pertes humaines (cinq décès pour le moment) sont plutôt limitées. Néanmoins, plus de 250 000 personnes ont été évacuées et une grande partie de la population du nord de la Californie respire un air fortement pollué par les fumées dégagées par les incendies.

Entre routine et circonstances exceptionnelles

De juillet à octobre, les incendies font partie de la vie des habitants de Californie. Ceux-ci sont habitués aux messages de prudence des autorités locales, mais aussi à ce que les incendies battent des records de tous ordres. Mais le champion toute catégorie reste Camp Fire (2018) : 85 morts, plus de 18 000 bâtiments détruits et toute une région encore fortement traumatisée par l’étendue des dégâts et la rapidité avec laquelle le drame s’est produit.

Vue satellite de l'ouest des États-Unis avec les fumées des incendies couvrant la Californie. © Stuart Rankin/Flickr Vue satellite de l'ouest des États-Unis avec les fumées des incendies couvrant la Californie. © Stuart Rankin/Flickr

Cette année, les incendies ont déjà ravagé 649 000 hectares, une superficie trois fois supérieure à celle des incendies de l’an passé. Dès mardi dernier, Gavin Newsom, le gouverneur de Californie a déclaré l’état d’urgence et a appelé à l’aide les autres États qui ont envoyé plus de 3 000 pompiers en renfort. 

Mais cette année, les incendies ont lieu dans des circonstances exceptionnelles. En effet, l’épidémie de Covid est toujours active : l’État enregistre au moins 5 000 nouvelles contaminations par jour depuis la fin juin et leur augmentation est redoutée depuis la récente rentrée des classes. L’ouverture de centres d’évacuation pourrait favoriser la propagation du virus : l’épidémie de norovirus (gastro-entérite) qui avait sévi parmi les réfugiés de Camp Fire en 2018 est encore dans les mémoires.

Les autorités craignent donc que, plus que d’habitude, certaines personnes refusent de se conformer aux ordres d’évacuation par peur de se rendre dans des centres d’évacuation où elles risqueraient de contracter le Covid. Un risque qui est pourtant pris au sérieux par les autorités qui, pour le moment, privilégient l’hébergement des personnes évacuées dans des motels.

Une pénurie de main-d’œuvre

Cette année, la Californie fait face à une pénurie de main-d’œuvre sur le front de la lutte contre les incendies. D’ordinaire, elle peut compter sur plusieurs milliers de prisonniers enrôlés dans le « Conservation Camp Program ». Répartis dans une quarantaine de camps dans tout l’État, ces pompiers travaillent au même titre que les professionnels à prévenir et à combattre les incendies.

Mais cette année, la plupart de ces camps sont fermés pour prévenir la propagation du Covid qui a déjà affecté plus de 10 000 prisonniers en Californie. En outre, près d’un millier de prisonniers engagés dans ce programme ont bénéficié d’une libération anticipée en raison de l’épidémie de Covid.

Les dégâts des incendies en Californie. © Cal OES/Flickr Les dégâts des incendies en Californie. © Cal OES/Flickr

L’emploi de prisonniers permet à l’État de Californie de réaliser des économies substantielles puisque les prisonniers sont payés autour d’un dollar de l’heure, avec une prime de cinq dollars par journée passée à combattre les flammes. La réduction drastique du nombre de prisonniers engagés cette année dans le « Conservation Camp Program » a mis en lumière leur rôle, mais aussi les critiques formulées régulièrement à l’encontre de ce programme. 

En effet, outre les questions morales que pose l’emploi de prisonniers dans des activités où leur vie est mise en danger, il a été allégué que ceux-ci seraient exposés à davantage de risques que les autres pompiers. Par ailleurs, les condamnés qui participent à ce programme ne peuvent pas toujours prétendre à un emploi régulier de pompier après leur libération en raison de leur casier judiciaire.

L’entretien des forêts en cause

Les controverses autour des incendies ne manquent pas, à commencer par le rôle dans leur survenue du réchauffement climatique, de l’aménagement du territoire et de l’entretien des forêts. En effet, la colonisation s’est accompagnée de l’exploitation industrielle du bois et de l’interdiction du brûlage de végétation que pratiquaient les Amérindiens, ce qui a contribué a des forêts plus denses et plus sujettes à de vastes incendies. 

L’entretien est un objet récurrent de discorde entre l’État fédéral et la Californie : la seconde accuse régulièrement le premier de négliger les forêts fédérales, qui comptent pour 60 % de la surface en Californie. Mais la nécessité d’une politique plus volontariste d’éclaircie s’impose peu à peu. Le mois dernier, l’adoption à Washington du Great American Outdoors Act prévoit un budget de plus de 9 milliards de dollars pour les parcs fédéraux. Par ailleurs, la Californie et l’État fédéral ont récemment passé un accord qui comprend un vaste plan d’entretien des forêts pour les deux prochaines décennies.

Ces derniers jours, les pompiers ont bien progressé contre les flammes : le CSU Lightning Complex est désormais contenu à 25 % et le LNU Lightning Complex à 33 %. Les ordres d’évacuation sont levés peu à peu.

Mais la Californie reste en état d’alerte : les flammes menacent encore des dizaines de milliers de bâtiments et elles risquent d’être attisées par les températures élevées, le vent et les orages prévus pour les jours à venir, sans compter que d’autres départs de feu pourraient se produire. En Californie du Nord, tout le monde sait que la saison des incendies est loin d’être terminée : la date du 8 novembre 2018, quand s’est déclaré Camp Fire, est dans tous les esprits.

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