Affaire Takieddine: la justice gèle les avoirs du marchand d'armes

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Alors que Ziad Takieddine aurait tenté de disperser son patrimoine, sa femme, Nicola Johnson, a obtenu, début août, le gel des avoirs du marchand d'armes proche du clan Sarkozy par une juge aux affaires familiales. Par ailleurs, le juge Renaud Van Ruymbeke, chargé du volet financier du dossier Karachi, s'empare de l'affaire et a fait convoquer pour ce mardi l'épouse de l'homme d'affaires franco-libanais, en instance de divorce, par la police.

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Ziad Takieddine peut-il provoquer l'incendie de la maison Sarkozy ? Le marchand d'armes, dont Mediapart a révélé durant l'été l'ampleur des liens avec l'entourage du président de la République, aurait récemment cherché à céder son patrimoine et à «exfiltrer» l'essentiel de sa fortune, déjà gérée de manière offshore par des fiduciaires basées dans plusieurs paradis fiscaux.

Le 4 août, la justice, par la plume de la juge aux affaires familiales Myriam Cadart, a néanmoins bloqué provisoirement ses avoirs et ses biens, à la demande de son épouse, Nicola Johnson, 50 ans, dont il est en instance de divorce, devant «le risque certain et imminent de dilapidation du patrimoine» du couple.

Simultanément, le juge Renaud Van Ruymbeke a chargé les services de police de procéder à l'audition de Mme Johnson dans l'enquête sur les commissions perçues sur des marchés d'armements au Pakistan et à l'Arabie saoudite, le volet financier de l'affaire Karachi. L'épouse du marchand d'armes est convoquée mardi par les enquêteurs de la Direction nationale des investigations financières (DNIF) à Nanterre.

Ziad Takieddine, à table.  © (dr.) Ziad Takieddine, à table. © (dr.)

Alors que la cour d'appel de Paris doit statuer, le 15 septembre, sur le divorce du couple, Me William Bourdon, l'avocat de Mme Johnson, a obtenu par référé, le 4 août, une ordonnance du juge des affaires familiales qui « interdit à M. Ziad Takieddine de procéder à un quelconque acte de disposition sur l'ensemble des biens communs ».

Cette ordonnance vise explicitement son prestigieux appartement parisien, avenue Georges-Mandel, ses biens immobiliers d'Antibes et de Londres, lesquels comme Mediapart l'a révélé (lire ici notre enquête) ont été dissimulés au fisc par le marchand d'armes, mais également d'autres appartements situés rue Marbœuf à Paris, et à Beyrouth.

Me William Bourdon a communiqué cette ordonnance, qui s'apparente à une mesure de blocage des avoirs, « à près de deux cents entités juridiques » directement concernées. Entités parmi lesquelles figurent les sociétés offshore dont la fonction première était d'encaisser – et de répartir – des commissions illégalement perçues sur les marchés.

« Mondialement connu pour le caractère extrêmement opaque de ses affaires, et ses diverses relations, largement décriées et relayées par la presse », a signalé Me Bourdon, dans sa requête du 4 août, « M. Takieddine a caché durant de nombreuses années ses revenus et diverses propriétés ».

« Mme Johnson a pu constater qu'il avait d'ores et déjà cédé une partie de leurs biens, a expliqué l'avocat, et s'apprêtait à en vendre d'autres, multiplié les inscriptions d'hypothèques et emprunts, diminuant gravement ses chances de se voir attribuer une quelconque prestation compensatoire dans le cadre de leur divorce.»

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Le 10 juillet, Mediapart, s'appuyant sur des documents inédits, a commencé la publication d'une série d'articles consacrés à l'homme d'affaires franco-libanais Ziad Takieddine.

Connu pour être le principal suspect du volet financier de l'affaire Karachi, et pour son rôle dans les ventes d'armes conclues par le gouvernement Balladur, M. Takieddine apparaît à travers notre enquête comme l'un des conseillers occultes du clan Sarkozy, et ce depuis 2002.

Réagissant à nos informations, plusieurs hauts responsables de la majorité, Claude Guéant, Brice Hortefeux et Jean-François Copé ont admis une relation personnelle, voire amicale, avec le marchand d'armes. Mais sans jamais expliquer les faveurs, ou la mansuétude, de l'Etat français à son égard.

Fiscalement domicilié en France, M. Takieddine, dont les seuls biens immobiliers sont évalués à près de 100 millions d'euros, est parvenu à ne pas y payer d'impôts ces dix dernières années. Questionnée par la justice, la DGSE a prétendu ne pas avoir connaissance de son activité depuis les années 1980.

Notre enquête a mis au jour ses missions d'émissaire secret en Arabie saoudite, en Libye et en Syrie, révélant la part d'ombre du chef de l'État et de son entourage. Des documents que nous avons publiés mettent aussi en cause les groupes Total et Bull, dans les paiements de commissions occultes à l'intermédiaire, pour des contrats pétroliers et d'électronique militaire.

Des analyses sur l'affaire Takieddine ont été publiées, sur Mediapart, par Edwy Plenel (lire ici) et François Bonnet (lire ici). Enfin, nous mettons au fur et à mesure de nos révélations les documents utilisés dans nos articles en libre accès sur FrenchLeaks.