La violence retenue

Par Pierre Benetti (En attendant Nadeau)

Rien ne donnait envie de découvrir le premier roman de Nicolas Rodier. Devant son titre, Sale bourge, et la photographie d’un adolescent au teint frais sur sa jaquette, on avait cru à un énième texte narcissique, à une plainte convenue des gens de bonne éducation et de grande fortune. C’est tout l’inverse.

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Tout évite l’épanchement de l’ego dans ce roman où la première personne n’empêche pas la distance que donnent le temps du souvenir et le temps de l’écriture réunis. On ne sait pas dans quelles conditions il fut fabriqué, mais il se situe bien loin des livres de rentrée aussi vite faits que vite oubliés. Nicolas Rodier l’a construit en décrivant de simples scènes, des souvenirs formant de très courts chapitres, puis des parties qui suivent – avec des blancs, réussis eux aussi – les différentes périodes de la vie de son narrateur. L’auteur est né en 1982, le roman commence un an plus tard, et pourtant rien ne dit que sa matière soit autobiographique – et peu importe : sa matière est la violence, celle d’un milieu qui, s’il jouit de nombreux privilèges, gagne rarement celui de devenir l’objet d’un roman contemporain.