André Markowicz, auteur de traductions, illumine la littérature russe

Par

Sur la couverture du livre, son nom figure tout en haut, et c'est justice. Avec Le Soleil d'Alexandre, André Markowicz nous donne une extraordinaire anthologie de la poésie romantique russe et le roman d'une génération brisée par la répression. Rencontre.

Cet article est en accès libre. Découvrez notre offre spéciale ! S'abonner

Bruit d'enfer le long du métro aérien, voitures et accélérations. Ça n'a pas l'air de le déranger du tout, André Markowicz. Sur la table du café, cahier déployé, les fameux crayons noirs affûtés et un livre... en chinois. C'est, disons, le défi présent. Il a traduit Tchekhov, les œuvres complètes de Dostoïevski, Pouchkine, et, pour ne citer qu'une de ses incursions hors russe, Shakespeare.

Mais il ne lit ni ne parle chinois. Avec gourmandise, il précise que ce qu'il y a d'intéressant, là, c'est que l'idéogramme « ne représente pas un mot, mais un concept ». Il s'attelle donc à l'étude des nombreuses traductions de Lu Zhaolin en russe, en anglais, les compare. Reviendra ensuite à l'idéogramme.

Il y a de la pierre de Rosette, dans cet homme là. « Ce qui compte, ce n'est pas la langue depuis laquelle on traduit, mais celle dans laquelle on traduit. » Vassili Joukovski, chef de file des romantiques, très présent dans Le Soleil d'Alexandre, ne pensait pas autrement. Il traduisit en russe L'Odyssée sans connaître le grec, texte resté inégalé paraît-il, issu de traductions allemandes et d'une étude, mot par mot, de l'œuvre originale. C'est l'un des traits que partage Markowicz avec ce cercle de Pouchkine, années 1802-1841 : indifférence au temps quand il s'agit de littérature, et immense curiosité.

Comme nombre de ces Russes du XIXe et du début XXe siècle, il a grandi avec les langues, il ne les a pas apprises. A la maison, il parle français avec son père (la famille, communiste de père en fils, est arrivée de Pologne deux générations plus tôt), et russe avec sa mère, soviétique arrivée en France par la grâce du mariage. La Russie, il y retourne peu: « J'aime la culture russe, j'aime les gens, mais la Russie, pas tellement, je crois. Je préfère voyager dans ma tête. Mon rêve – contrarié – est de ne jamais sortir de chez moi ! »

Retourner n'est pas le mot: André Markowicz est homme d'ailleurs et de mélange, et rien d'étonnant à ce qu'il ait toujours eu envie de traduire Pouchkine – « Les poèmes de Pouchkine reposent sur le son. Si on ne traduit pas le son, on ne traduit rien » –,lui-même si ouvert aux influences. A l'inverse de l'actuel repli, en Russie, où l'« influence occidentale » est vite fautive.

Alexandre Pouchkine, c'est aussi le terreau de toute la littérature russe. Gogol, Dostoïevski, Tolstoï, Tchekhov, plus tard Blok, Akhmatova, Maïakovski, Boulgakov, Tsvetaeva, et même Soljenitsyne ou Siniavski, tous l'ont lu, ont écrit sur lui, ou bien s'en sont inspirés. C'est d'ailleurs à un vers de Mandelstam que le livre emprunte son titre.

 

Prolongez la lecture de Mediapart Accès illimité au Journal contribution libre au Club Profitez de notre offre spéciale