Enquête sur la face cachée de l'empire Bolloré

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On dit Vincent Bolloré à l'affût de tout, des médias, des télécoms, des coups financiers. Pourtant, son groupe ne semble pas de taille à mener de telles batailles. Il pèse à peine six milliards d'euros de chiffre d'affaires. D'où tire-t-il alors cette puissance? Derrière le groupe Bolloré officiel, il y a un autre groupe plus caché. Héritage de l'empire Rivaud, il continue à prospérer au travers d'un écheveau de sociétés discrètes, dont certaines au Luxembourg. Premier volet de notre enquête sur la face cachée de l'empire Bolloré.

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Vincent Bolloré se serait sans doute passé de cette nouvelle controverse. Il avait déjà censuré il y a quelques mois un article du Monde sur les violences policières dans son quotidien gratuit Direct matin, dans lequel Le Monde est actionnaire à 30%. Il vient de récidiver la semaine dernière, comme l'a dévoilé Rue 89, en interdisant à la dernière minute la publication d' un article sur les méthodes assez curieuses de la RATP pour pister les clients grâce à la carte Navigo. C'est le type même de polémique qui agace le financier. Quoi qu'il en dise, il est très sensible à son image.

Il préfère que l'on parle de lui comme un nouveau conquistador, un des entrepreneurs prêts à tout pour bousculer le jeu. L'image est désormais ancrée dans les esprits. Il n'y a pas une semaine ou presque sans que l'ombre de Vincent Bolloré ne plane sur le monde français des affaires. Il semble toujours à l'affût, quel que soit le secteur concerné.

En ce moment, il n'est question que de son attaque – imminente selon certaines rumeurs – sur le groupe britannique de publicité Aegis, dont il détient déjà 29%. Il y a quelques jours, on lui prêtait l'intention de racheter l'hebdomadaire Le Point à François-Henri Pinault. Dans le même temps, on parle de sa montée au capital de la société italienne automobile Pininfarina, en difficulté depuis la mort de son dirigeant. Auparavant, la presse avait écrit sur son ambition de racheter TF1 à Martin Bouygues.

Rien ne paraît devoir arrêter Vincent Bolloré. Pourtant, à la lecture des comptes officiels de son groupe, son appétit paraît démesuré par rapport à ses moyens. Il a un groupe certes de taille honorable. Mais sa dimension financière ne paraît pas être à la hauteur de ses projets affichés ou supposés. En 2007, le groupe a réalisé un chiffre d'affaires de 6,3 milliards et un résultat net de 322 millions d'euros. Au premier semestre de 2008, le groupe a déjà été pénalisé par la crise : le résultat net a chuté de 61%, à 140 millions d'euros, en raison de la chute d'Havas où il est actionnaire à hauteur de 32,8%.

Pas de quoi faire des folies donc. D'autant que sur les sept activités du groupe (transports et logistiques, films plastiques et batteries, papiers minces, distribution d'énergie, terminaux et systèmes spécialisés, médias et télécoms et autres), seules les branches transports et logistiques, distribution d'énergie, affichent un résultat opérationnel positif (58 millions au premier semestre 2008).

Toutes les autres sont en perte. Et c'est sans compter les gros paris sur l'avenir qu'a pris Vincent Bolloré en misant sur le développement de la batterie électrique, le redressement d'Havas, ses convoitises sur Aegis. Autant de chantiers qui amènent le groupe à immobiliser plus de 1 milliard d'euros de capitaux.

En dépit de cette équation financière contrainte, personne néanmoins ne remet en question les ambitions de Vincent Bolloré. Aveuglement médiatique? Sans doute. Mais peut-être aussi le sentiment diffus que la puissance du financier, qui s'est illustré ces dernières années par quelques coups célèbres, est plus grande que celle affichée officiellement. Sentiment plus que justifié. Il y a bien une face cachée de l'empire Bolloré. Juste évoquée en quelques mots pour ne pas donner l'impression du secret, mais en fait totalement obscure.

Entre Afrique et Luxembourg, Vincent Bolloré a bâti un deuxième groupe puissant, discret et tentaculaire. Il lui permet de faire ses coups financiers à l'abri des regards, de prospérer hors de nombreuses contraintes fiscales et réglementaires et d'accumuler une richesse sans proportion avec celle revendiquée. Voyage dans la zone offshore de Bolloré.

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Cette enquête ne parle pas du tout de la partie officielle du groupe Bolloré, de ses activités industrielles connues, de ses volontés de développement dans les médias et autres. Elle n'a pour but que d'éclairer tout un pan du groupe resté dans l'ombre jusqu'alors. Sans l'accès à certains documents comptables et financiers, normalement inaccessibles à la presse et au grand public, elle n'aurait pu être réalisée.