A Tarbes, près de 60 jours de grève pour les soignantes du privé

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Les salariées de la polyclinique de Tarbes ont voté mercredi 4 janvier la reconduction du mouvement de grève. Exigeant de meilleures conditions de travail et une hausse des salaires, les grévistes plaident pour une amélioration de la prise en charge des patients. Et pointent les dérives de leur patron, Médipôle Partenaires.

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 « Il y a quelques mois, ils sont arrivés avec une nouvelle fiche de poste, selon laquelle nous cessons d’être des agents de service hospitalier (ASH) pour devenir des employés des services d’hygiène (ESH). En clair, on sort de l’équipe médicale et il n’y a plus de contact avec les patients. On ne fait plus que du ménage. » Quand elle a appris ça, Séverine, ASH depuis 15 ans et 9 mois à la polyclinique de l’Ormeau de Tarbes (Hautes-Pyrénées) pour 1 260 euros net par mois, dont deux dimanches travaillés, a passé « plusieurs soirées difficiles » en rentrant à la maison : « J’ai toujours été très impliquée dans les services avec les soignants, on est les maillons d’une chaîne, on a besoin de ce contact-là. » Assises à ses côtés dans l’amphi de la bourse du travail de Tarbes où se tiennent les AG quotidiennes, Cathy, infirmière, Isabelle et Patricia, aides-soignantes, approuvent. Des grévistes qui sont, très majoritairement, des femmes : infirmières, aides-soignantes, ASH, personnels administratifs… « C’est un salariat à 90 % féminin, indique Laurence Charroy, déléguée syndicale CGT du personnel, et la plupart des rares salariés masculins sont des médecins... » Quasiment aucun d’entre eux ne soutient le mouvement.

Depuis le 8 novembre, la « chaîne » des salariées de la polyclinique de l’Ormeau, à Tarbes, tourne en mode grève. Diminution des postes, mutualisation des services, « polyvalence » et flexibilité accrue des personnels, recours à un matériel de mauvaise qualité : le schéma de réorganisation prôné par le groupe Médipôle Partenaires, qui dirige la polyclinique depuis juin 2015, ne passe pas. Et plus que les négociations annuelles obligatoires (NAO) du 4 novembre, « c’est cette dégradation des conditions de travail qui a vraiment déclenché le mouvement », assure Laurence Charroy. Les grévistes demandent une augmentation de 2,6 % du salaire de base (en faisant passer le revenu annuel garanti – RAG – de 5,7 % à 8,3 %), une hausse de 3 % de la valeur du point d'indice et une prime annuelle pérenne de 900 euros net. « Sachant qu’à ce jour, nous n’avons ni primes, ni 13e mois », précise Laurence Charroy. Ils réclament aussi « une meilleure prise en charge des patients où l’humain garde toute sa place et ne s’efface pas devant les considérations purement financières ».

Lors d'une AG des “l’Ormeau”, lundi 3 janvier à la bourse du travail de Tarbes. © Emmanuel Riondé Lors d'une AG des “l’Ormeau”, lundi 3 janvier à la bourse du travail de Tarbes. © Emmanuel Riondé

Alors que le dialogue était totalement rompu depuis le 26 décembre, après le refus par la direction de la polyclinique de suivre les recommandations du médiateur, une réunion s'est tenue mardi 3 janvier au soir, à la préfecture de Toulouse. Côté État, le préfet Pascal Mailhos, la directrice de l'agence régionale de santé (ARS), le directeur de la DIRRECTE et le commissaire à la réindustrialisation étaient présents. Côté polyclinique, le directeur Cyril Dufourcq était accompagné du DRH, de la directrice opérationnelle et du PDG du groupe, Philippe Gravier. La réunion a duré jusqu'à deux heures du matin. « On s’est entendu sur la réévaluation du RAG à 8,3 %. Pour le reste, ils maintiennent une proposition de prime à 500 euros alors même que le médiateur propose 700 euros et il n'y a aucune avancée pour l’instant sur le point d’indice », résume José Navarro, secrétaire adjoint de l'UD-CGT des Hautes-Pyrénées, présent à la réunion avec Laurence Charroy, le secrétaire de l'UD et un représentant de la fédération santé.

Des propositions qui ont provoqué « déception et colère » des grévistes, indiquait Laurence Charroy ce mercredi en début d'après-midi, alors qu'une action s'apprêtait à débuter à la gare de Toulouse. Au 57e jour de grève, l'AG a voté à l'unanimité la reconduction du mouvement. De son côté, la direction appelle dans un communiqué de presse « à la responsabilité des salariés grévistes et au retour au travail ». Tout indique pourtant que la mobilisation va rester forte. « Quand le conflit a démarré, on était sur un taux de 80 % de grévistes, confie José Navarro. Aujourd’hui, ça oscille entre 45 et 60 %. »

Seule polyclinique des Hautes-Pyrénées, l'Ormeau emploie environ 500 salariés sur ses deux pôles tarbais – Ormeau Centre et Ormeau Pyrénées. Son propriétaire, Médipôle Partenaires, lui-même issu de la fusion de Médi-partenaires et Médipôle Sud Santé, est no 3 du secteur de la santé privé en France. Dans les mains du fonds de capital-investissement international Bridgepoint, le groupe a vu cette année la Banque publique d'investissement (BPI) rentrer dans son capital à hauteur de 95 millions d'euros. Sur le premier semestre 2016, « le chiffre d’affaires s’inscrit en hausse de 4 %, à 460,4 millions d’euros », se félicite le groupe dans un communiqué où il envisage une « introduction en Bourse sur Euronext Paris ».

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