Sarkozy face à la crise : les économistes posent les questions qui fâchent

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Au lendemain de l'intervention télévisée du chef de l'Etat, sans annonce majeure, trois économistes prennent la parole. Et pointent les failles et non-dits du discours présidentiel. Pour Frédéric Lordon, économiste au CNRS, le plan de soutien aux banques est voué à l'échec, parce qu'il accuse «un temps de retard sur l'état de la bataille». De son côté, Xavier Timbeau, de l'OFCE, exige une relance plus ambitieuse : «au moins 20 milliards d'euros» en plus, dès février. Quant à Jacques Rigaudiat, économiste proche du Parti de gauche de Jean-Luc Mélenchon, il livre un plaidoyer pour une autre politique sociale. (Cliquez sur le nom pour accéder aux entretiens.)

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Frédéric Lordon, économiste au CNRS, nous avait présenté, l'été dernier, ses «quatre principes et neuf propositions» pour sortir de la crise financière mondiale. Depuis, il en a fait le cœur d'un livre enlevé, Jusqu'à quand ?, Pour en finir avec les crises financières, qui dissèque les ravages du capitalisme financier et trace des pistes de sortie radicales.

Refondation du capitalisme, plans de soutien aux banques et relance économique : au-delà des annonces et promesses du président, Frédéric Lordon prend de la hauteur et explique pourquoi les plans de relance engagés ces dernières semaines, aux Etats-Unis comme en Europe, ne seront pas efficaces. L'erreur, selon lui, remonte à la mi-novembre. Et de plaider pour une «nationalisation intégrale» des banques. Explications.

 

Nicolas Sarkozy a promis que son plan de soutien aux banques ne coûterait pas «un seul centime aux contribuables», parce qu'il a «agi fortement et avant [qu'il ne soit trop tard]». Mieux : ce plan devrait même rapporter 1,4 milliard d'euros à l'Etat, d'ici la fin de l'année, grâce aux intérêts...

C'est une stratégie de diversion assez habile. Mais au fond, que l'Etat fasse une bonne affaire à la fin de l'année grâce à ce plan, ce qui est effectivement le cas, ce n'est vraiment pas la question. Le point décisif au sujet de ce plan, c'est l'absence totale de contreparties sérieuses imposées aux banques.

De façon plus générale, il y a de quoi être inquiet de l'état de désorientation des gouvernements qui enchaînent les plans, ou en tout cas les annonces les plus contradictoires et sans qu'aucune de leurs formules ne semble avoir la moindre efficacité. Le TARP [Troubled Assets Relief Program] américain en est à sa troisième définition en trois mois. Il est pour ainsi dire revenu à son point de départ : l'option du cantonnement, c'est-à-dire d'une structure reprenant les mauvais actifs bancaires. A côté des plans de sauvetage financier, les plans de relance macroéconomiques ne semblent guère plus convaincants. Même si personne, à part quelques fadas de l'autorégulation du marché, n'en conteste la nécessité de principe.

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