«Victoire éclatante» pour les grévistes de l’hôtel Hyatt

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Après 87 jours de grève, les salariés du palace de la rue de la Paix à Paris ont obtenu satisfaction sur une partie de leurs revendications. Les employés payés directement par Hyatt devraient notamment être augmentés.

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Depuis le 25 septembre, leur emploi du temps avait fini par être rodé : tenir le piquet de grève dans la luxueuse rue de la Paix (IIe arrondissement de Paris) de 10 heures à 15 heures au moins, répandre au sol du papier journal découpé, chanter et danser au bruit des tambours pour se tenir chaud, organiser les repas collectifs. Se montrer, lutter, et espérer. Après 87 jours de mobilisation, c’est cette occupation devenue presque routinière qui vient de prendre fin pour les grévistes de l’hôtel Park Hyatt Vendôme.

Ce lundi 24 décembre, tous ont repris le chemin du travail, après la signature d’un accord de fin de conflit, vendredi 21 décembre, entre les représentants des employés et la direction de l’hôtel. « Une victoire éclatante », saluent dans un communiqué la section CGT Commerce parisienne et la CGT des hôtels de prestige et économiques, qui ont soutenu les salariés tout au long des presque trois mois de conflit.

« Ce retour au travail, c’est un peu comme une rentrée des classes, il y avait du stress pour tout le monde, on ne savait pas vraiment comment on allait être traités, confie Nora, déléguée syndicale CGT dans l’entreprise sous-traitante de nettoyage, STN Groupe. Mais tout s’est très bien passé, on a même organisé une galette des rois. C'est vrai qu'on est tellement nombreux à avoir participé à cette grève… Nous espérons simplement que nous ne subirons pas de représailles un peu plus tard. »

 © D.I. © D.I.

L’équipe de l’hôtel est composée d’environ 300 personnes, dont 80 employées par STN. Soixante-dix d’entre elles s’étaient lancées dans la grève, réclamant d’être intégrées à l’équipe internalisée de l’hôtel. Elles étaient accompagnées de neuf employés déjà directement salariés par Hyatt, qui demandaient pour leur part une revalorisation d’environ 30 % de leur salaire. Le 21 décembre, 41 personnes se déclaraient encore grévistes.

Très visibles au milieu des commerces chic, bruyants, les salariés ont fini par obtenir gain de cause sur une partie de leurs revendications. Les choses n’avaient pourtant pas bien démarré : ce n’est qu’après 47 jours de grève qu’une discussion a pu s’ouvrir avec la direction, notamment grâce à l’intervention de l’inspection du travail.

« Je suis satisfait du résultat de notre action, mais aussi en colère », confie Hoselito Radic, délégué syndical CGT de l’hôtel. « On a fait trois mois de grève, en s’installant dehors, en embêtant les clients de l’hôtel et les commerçants de la rue de la Paix, simplement parce que la direction de l’hôtel ne voulait pas nous entendre ! Je trouve ça irrespectueux, envers tout le monde. On aurait facilement pu régler cette histoire lors des négociations annuelles… »

Au rang des avancées obtenues à la suite du conflit, la CGT se félicite de voir désormais inscrits noir sur blanc dans les contrats de travail de STN les acquis obtenus au cours des précédentes mobilisations, en 2013 et 2014. Ces grèves leur avaient déjà assuré un salaire d’environ 1 900 euros net par mois, primes comprises, ainsi que le remboursement à 100 % de la carte de transports (la loi oblige les employeurs à en rembourser la moitié).

Mais lorsqu’une nouvelle entreprise sous-traitante remportait le marché du nettoyage de l’hôtel, ce qui est fréquemment arrivé ces dernières années, le nouveau prestataire était seulement obligé de réembaucher les salariés sous-traités, sans être tenu de leur accorder les mêmes avantages. Une fois inscrites dans les contrats de travail, ces conditions ne pourront plus être contestées.

Quant aux salariés payés directement par le Hyatt, ils n'obtiendront pas l'augmentation demandée de 3 euros par heure. Leur grille de rémunération sera en revanche alignée sur celle de l’hôtel Hyatt Regency Paris-Étoile (ex-Concorde Lafayette), qui « n’est qu’un hôtel quatre étoiles » mais qui est celui qui paie les meilleurs salaires dans tout le groupe en France. Si l’engagement a été pris par la direction, il reste à le formaliser dans le cadre des négociations annuelles prévues par la loi, qui démarreront courant janvier.

Aujourd’hui, les salariés internalisés sont payés à un salaire assez bas : la plupart des techniciens ne gagnent pas plus de 1 500 euros net, l’équivalent du Smic hôtelier (10,5 euros de l’heure). Un plongeur présent depuis sept ans dans l’établissement émarge à 1 300 euros, sans avoir bénéficié d’aucune augmentation individuelle.

Le Park Hyatt Vendôme et son sous-traitant ont surtout accepté un geste fort, qui contrecarre les conséquences des ordonnances réformant le droit du travail, adoptées à l’automne 2017. Depuis celles-ci, les salariés d’un sous-traitant ne peuvent plus être élus représentants du personnel dans l’entreprise où ils sont mis à disposition. Les employés concernés du Park Hyatt demandaient donc de pouvoir désigner plusieurs « représentants de proximité », qui seraient disponibles pour les membres du service de nettoyage de l’hôtel.

Après avoir longuement résisté, arguant que c'est la CFDT qui est majoritaire chez STN, les directions des deux entreprises ont accepté cette demande. Des salariés de STN pourront être désignés « représentants de proximité » au sein du palace par le comité social et économique (ex-comité d’entreprise), dont les membres seront élus par les salariés au printemps 2019.

Ces 13 futurs représentants auront un rôle proche des 14 élus du personnel actuels, et bénéficieront toujours d'heures de délégation et d'un local syndical. « En faisant cette proposition, le Park Hyatt Paris Vendôme et la société STN ont souhaité répondre à la principale cause de ce mouvement », assure la direction du palace dans un communiqué.

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