Chez McDo à Marseille, les syndicalistes dans le viseur

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Plaintes pour menaces de mort

Du côté des salariés mobilisés, la réaction est bien sûr diamétralement opposée. Les propos enregistrés confirment ce qu’ils craignent depuis des mois : les syndicalistes sont bien dans le viseur. Dans le restaurant appartenant toujours à Jean-Louis Brochiero, puisque la justice a fait capoter son projet de vente, mais aussi dans les cinq autres qu’il détenait, et qui ont été cédés à un autre franchisé, Mohamed Abbassi, déjà propriétaire de huit autres restaurants à Marseille et ses environs.

« Ces enregistrements ne font que confirmer ce qu’on dit depuis le début, ce n’est malheureusement pas un scoop, affirme Ralph Blindauer, l’avocat des salariés de Saint-Barthélemy. Le but ultime de toute cette usine à gaz visait à se séparer de Kamel Guemari. Mohamed Abbassi devait faire le ménage dans les restaurants de Jean-Louis Brochiero en dégommant les avantages acquis, mais il avait un obstacle sur sa route, Kamel. L’idée a donc été de vendre ce magasin seul à un repreneur fantôme, pour le faire couler et pouvoir licencier ses salariés. C’est ce que la justice a empêché. »

Ralph Blindauer a porté plainte en juillet pour « tentative d’escroquerie » dans ce dossier. L’enquête, toujours en cours, a été confiée par le parquet de Marseille à la sûreté départementale des Bouches-du-Rhône. Les enquêteurs disposent déjà des extraits diffusés par La Marseillaise, et Najib Sahraoui indique à Mediapart qu’il va fournir au parquet l’ensemble des enregistrements qu’il possède.

Samira, 17 ans, et Loqman, 16 ans, dans le restaurant de Saint-Barthélemy, durant l'été 2018. © LF Samira, 17 ans, et Loqman, 16 ans, dans le restaurant de Saint-Barthélemy, durant l'été 2018. © LF

Selon nos informations, Najib Sahraoui a par ailleurs porté plainte contre « X », vendredi 24 mai, pour « tentative d’extorsion ». Il vise Mohamed Abbassi, qu’il accuse d’avoir voulu lui faire quitter le restaurant de La Blancarde après que leurs relations se sont dégradées, en échange de sérieux intérêts matériels : un salaire doublé sans plus avoir à travailler, et la promesse d’un « piston » pour obtenir la direction du restaurant d’une autre enseigne de fast-food deux ans plus tard.

Le délégué CGT raconte avoir subi à deux reprises des menaces pour le pousser à accepter la proposition de Mohamed Abbassi. Une première fois le 21 janvier, avec la visite sur son lieu de travail du chauffeur du franchisé lui disant que s’il refusait, il pouvait être en danger. Selon la directrice du restaurant, un membre de la direction générale serait venu dans la foulée avec des techniciens récupérer les enregistrements des caméras de surveillance.

La seconde fois, le 10 avril, un groupe de personnes a interpellé Najib Sahraoui dans le restaurant, après avoir fait la bise au directeur général. « Suite à ces événements, j’ai fait valoir mon droit de retrait car je craignais pour ma sécurité », indique le délégué CGT à Mediapart. Il raconte encore qu’un de ses amis, représentant CGT dans le restaurant d’Aubagne, a subi le même type de menaces ainsi que des pressions pour l’appeler et le convaincre de partir.

Dans le restaurant de Saint-Barthélemy, à l'été 2018. © LF Dans le restaurant de Saint-Barthélemy, à l'été 2018. © LF

Mohamed Abbassi réfute énergiquement ces accusations. « Cela fait partie des diffamations et des calomnies que j’entends sur moi et sur mon marché depuis des mois, répond-il à Mediapart. Mais si de telles pratiques existaient dans les restaurants que j’ai repris, cela se saurait, on ne vit pas dans le monde de l’omerta. »

L’homme d’affaires explique d’une tout autre manière les tensions autour de lui : « Il y avait des situations acquises, des mandats de délégués syndicaux accordés à des salariés qui ne travaillaient pas beaucoup et qui étaient payés de hauts salaires, depuis dix à douze ans. Mon arrivée remettait en cause ces situations. » Il met en avant ses investissements dans les cinq restaurants repris – 3 millions d’euros en 2018, et 6,5 millions prévus pour 2019 –, le recrutement de 150 personnes, une hausse des ventes de 10 %…

Mohamed Abbassi affirme avoir été lui aussi menacé de mort par Najib Sahraoui, tout comme deux de ses collaborateurs, et avoir porté plainte le 21 janvier. « J’ai reçu des SMS menaçants sur mes téléphones, on m’a cassé deux voitures, j’ai dû déménager pour mettre ma famille à l’abri, déclare le businessman. Aujourd’hui, j’ai un chauffeur, j’ai besoin d’être accompagné, parce que j’ai peur. C’est une vie que je ne pensais pas avoir à mener. »

Ce type d’allégations n’est pas nouveau, les accusations fusant en tout sens autour des McDo marseillais. En juillet dernier, Jean-Pierre Brochiero nous indiquait que « plusieurs franchisés de Marseille » avaient « reçu des menaces physiques et téléphoniques qui ont fait l’objet de plusieurs plaintes ». Un autre franchisé à la tête de huit restaurants dans la région, Serge Melniczuk, avait déjà dénoncé dans La Provence l’attitude de « chantage » de certains syndicalistes, affirmant qu’un autre propriétaire de restaurants était « racketté ». De son côté, Najib Sahraoui conteste formellement toutes menaces, et assure disposer des éléments pour prouver ses dires.

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Mise à jour - 29 mai à 9h15 : ajout de la mention du jugement sur le fond qui a validé la cession de six restaurants, le 29 novembre.

Nous avons contacté McDonald's par le biais de son agence de communication. Cette dernière nous a adressé un communiqué au nom de l'entreprise, fourni des réponses écrites de Jean-Pierre Brochiero, et permis de parler au téléphone avec Mohamed Abbassi.