Croquis. Bayrou, trois petits tours et puis Macron?

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François Bayrou avait trois possibilités : soutenir Fillon, aider Macron, ou se présenter lui-même. Depuis hier soir, il n’en a plus que deux. Fillon c’est non, Macron c’est pas sûr, et lui-même c’est à voir.

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« Résolution française » : le titre a de l’allure mais l’auteur est indécis. Dans son livre publié aux éditions de L’Observatoire (326 pages, 16,90 euros), François Bayrou livre un diagnostic alarmant mais optimiste sur l’état de la France. Il constate un « marasme » mais affirme qu’il « serait assez facile d’en sortir ». « C’est souvent quand tout paraît compromis que les choses commencent à se redresser », lance-t-il à quatre-vingts jours de la présidentielle, comme s’il lançait aussi sa quatrième candidature à la présidence de la République.

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Il continue pourtant à maintenir l’incertitude, convaincu que les Français, à défaut de l’attendre, attendent au moins sa réponse. Il a envie d’y aller, en affichant son « goût pour le parfum de la poudre », mais il renvoie sa décision à plus tard. Mardi soir, dans le journal de TF1, il a de nouveau esquivé la question de sa candidature : il se prononcera à la mi-février.

Mine de rien, il a tout de même avancé. Après un rapprochement en décembre, il avait pris certaines distances avec le programme de François Fillon, mais sans fermer la porte. Hier soir, il s’est montré plus dur en évoquant l’affaire Penelope et fils, encore alourdie par les dernières révélations du Canard enchaîné. « L’affaire Fillon a créé un trouble énorme pour les Français », a-t-il lâché en faisant mine de s’interroger : « Est-ce que la loi est la même pour tous, entre les puissants et les autres ? »

Fillon écarté, Bayrou pouvait privilégier l’hypothèse, même prudente, d’un rapprochement ou d’un contact avec Emmanuel Macron. Il ne l’a pas retenue parce qu’il refuse de faire son deuil d’une ultime campagne en son nom personnel.

Il n’ignore pourtant pas que ses chances sont minces : il est tard, le temps joue contre lui. Seuls les présidents sortants peuvent se permettre de se lancer à l’approche du mois de mars. Et surtout, Bayrou s’est fait souffler le créneau du centre-droit comme avant lui Manuel Valls… Presque seul, figure familière hantant la Cinquième République depuis presque quarante ans, il a plutôt le profil du prochain dégagé que du futur président.

Logiquement, François Bayrou aurait dû annoncer son renoncement, à la manière de François Hollande qu’il avait soutenu en 2012. Et s’il ne l’a pas fait, ce n’est pas seulement pour jouer les importants (« encore une minute, monsieur le bourreau ! ») devant un public qui s’en fiche éperdument.

C’est qu’Emmanuel Macron est entré en zone de vérité, donc en zone de danger. Depuis la semaine dernière, deux tempêtes ont bouleversé le paysage et soufflent en faveur de l’ancien ministre de l’économie et ancien conseiller de François Hollande. Le renvoi de Manuel Valls a libéré des voix potentielles sur sa gauche, et la gravité de l’affaire Fillon a jeté le désarroi sur sa droite. Depuis dimanche, dans les médias, il n’est question que de ralliements en sa faveur ou de sondages indiquant sa poussée.

Le problème, c’est que ce tempo accélère une campagne encore virtuelle. Macron est au centre du jeu, dans tous les sens du terme, mais personne ne sait au juste ce qu'il propose, mis à part un slogan : « En marche ! » Lui-même ne semble pas totalement informé puisque, de l’aveu même de son équipe, son programme ne serait pas encore tout à fait prêt et ne serait publié qu’au début du mois de mars. Il est habile, il remplit les salles, il provoque une certaine attente, peut-être un certain espoir auprès d’un électorat centriste. Il magnétise la bulle médiatique mais, comme le disait hier soir François Bayrou : « Je ne sais pas ce que veut Emmanuel Macron. Je ne sais pas quel est son positionnement, quelles sont les forces qui le soutiendront s’il gouvernait le pays. Les choses ne sont pas mûres. »

De fait, à part quelques mesures distillées au cours de ses meetings et de ses interventions, Macron représente un créneau plutôt qu’une direction. Il dit ce qu’il n’est pas (« ni droite, ni gauche ») mais pas vraiment ce qu’il est, et ce qu’il annonce (maladie et chômage payés par la CSG, modulation des 35 heures, retraite à la carte, embauche de 10 000 policiers…) n’est pas encore un programme mais plutôt un catalogue. Comme dirait Renaud : « Dis Papa, c’est quand qu’on va où ? »

Le crash potentiel de François Fillon ajouté aux mouvements à la droite du PS ont créé une tension qui va contraindre Emmanuel Macron à répondre aux attentes en sortant des slogans et des ni-ni, sauf à s’effilocher. Le mois de mars est trop lointain pour temporiser encore. Il y a urgence pour Macron. Or cette accélération va plus vite que sa musique.

C’est pourquoi François Bayrou ne renonce pas encore à sa candidature. Il se donne deux semaines, ou trois, pour vérifier si son jeune concurrent lui a pris son créneau pour de bon, ou s’il va s’affaiblir. En fonction des événements il le rejoindra un peu, beaucoup, ou pas du tout.

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