Tariq Ramadan mis en examen pour viols et incarcéré

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Tariq Ramadan a été mis en examen pour viols vendredi soir et incarcéréDeux plaintes pour viol avaient été déposées en octobre, pour des faits qui remonteraient à 2009 et 2012.

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L’affaire, dans la foulée de l’onde de choc Weinstein aux États-Unis, avait provoqué la chute médiatique du prédicateur. Après le dépôt de deux plaintes pour viol contre Tariq Ramadan au mois d'octobre, l'audition des plaignantes à Paris et à Rouen, puis une enquête de trois mois qui a abouti, le 31 janvier, à sa garde à vue, l'islamologue suisse de 55 ans a été mis en examen pour viol et viol sur personne vulnérable, puis incarcéré, en attendant un débat différé sur son placement en détention. Cette décision reviendra en effet in fine au juge des libertés et de la détention.

Plus tôt dans la journée, le parquet de Paris avait ouvert une information judiciaire pour viol et viol sur personne vulnérable, pour des faits qui remonteraient respectivement à 2012 et 2009. Le parquet avait requis la mise en examen pour viols du théologien et son placement en détention provisoire.

Deux perquisitions avaient été menées, l'une à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), dans un appartement où Tariq Ramadan dispose d’un bureau et d’un pied-à-terre, l’autre en Haute-Savoie, où il possède sa résidence principale, à la frontière franco-suisse. Mais ces investigations n’auraient pas été fructueuses, selon Le Parisien.

Jeudi 1er février après-midi, Tariq Ramadan a été confronté, pendant plus de trois heures, à l'une des plaignantes, qui l'accuse de viol dans un hôtel de Lyon en 2009. Celle qui est apparue dans les médias sous le pseudonyme de « Christelle » a confirmé, avec force détails, son récit. Un témoignage contesté par Tariq Ramadan, qui a refusé de signer le procès-verbal à l'issue de cet échange tendu.

La plainte de « Christelle » avait été enregistrée le 27 octobre par le parquet de Paris. Cette quadragénaire, qui a préféré rester anonyme, avait livré dans Le Monde et Le Parisien un récit d’une grande violence. Elle avait fourni à l’appui de ses déclarations des certificats médicaux établis à l’époque des faits, attestant notamment d’ecchymoses et de blessures. Des faits qui se seraient déroulés dans un hôtel, à Lyon, en 2009, et qui ne seraient donc pas prescrits – s’agissant des viols, le délai de prescription est désormais de 20 ans.

Aujourd’hui âgée de 45 ans, cette Française convertie à l’islam souffre d’un handicap aux jambes. À l’époque, elle portait une attelle à la jambe droite et marchait à l’aide de béquilles. Elle entretient alors, depuis le 31 décembre 2008, une correspondance avec Tariq Ramadan, auprès duquel elle cherche conseil. Elle relate qu’après plusieurs mois d’échanges d’ordre religieux sur les réseaux sociaux, elle le rencontre pour la première fois à Lyon, en octobre 2009. Le prédicateur suisse lui aurait « donné rendez-vous au bar de l’hôtel Hilton de Lyon, où il était descendu pour une conférence ». Le site internet du théologien mentionne une invitation, le 9 octobre, à une conférence dans une salle lyonnaise pour présenter son dernier livre.

Tariq Ramadan à l'Assemblée nationale, à Paris, le 2 décembre 2009. © Reuters Tariq Ramadan à l'Assemblée nationale, à Paris, le 2 décembre 2009. © Reuters
D’après le récit de Christelle, Tariq Ramadan lui explique ce jour-là vouloir prolonger la discussion à l’abri des regards indiscrets et l’invite à boire un thé dans sa chambre. « Au bout de dix minutes, il m’a dit : Nous ne pouvons pas rester là, tout le monde nous regarde. Je suis une personne connue et le Maghrébin à l’accueil m’a reconnu et n’arrête pas de nous regarder” », rapporte-t-elle. Une fois dans la chambre, il donne « un coup de pied dans [ses] béquilles » et se « jet[te] sur [elle] en disant : “Toi, tu m’as fait attendre, tu vas prendre cher !” », d’après son témoignage.

Selon la plaignante, l’islamologue lui administre alors des gifles au visage, aux bras, aux seins et des coups de poing dans le ventre, puis lui impose une fellation et une sodomie, puis à nouveau des coups et un viol. « Je ne comprenais rien, j’avais les larmes aux yeux. […] J’ai hurlé de douleur en criant stop ! », explique-t-elle. Tariq Ramadan l’aurait ensuite violée avec un objet. « Plus je hurlais et plus il tapait. […] Il m’a traînée par les cheveux dans toute la chambre pour m’amener dans la baignoire de la salle de bains pour m’uriner dessus », indique-t-elle. Ce n’est qu’à l’aube, lorsqu’il était dans la salle de bains, qu’elle aurait réussi à prendre la fuite, Tariq Ramadan ayant, selon elle, suspendu ses vêtements en hauteur pour qu’elle ne puisse pas partir. « Je suis rentrée comme un robot », relate-t-elle.

Christelle explique ensuite avoir reçu un SMS de Tariq Ramadan « comme s’[ils avaient] passé une super nuit d’amour romantique et tendre ». Le quinquagénaire souhaite la revoir, elle refuse et dit avoir subi ensuite « des mois de harcèlement et de menaces »avoir remarqué « des hommes » qui la « suivaient dans la rue » et dont l’un l’aurait « menacée de mort ». « J’ai dû rester chez une amie pendant presque un mois à partir du 18 novembre 2009. » 

Lors de la confrontation, jeudi 1er février, la plaignante a livré nombre de détails, et même évoqué l'existence d'une petite cicatrice que Tariq Ramadan a reconnu posséder. Mais l’islamologue n'a pas fourni d’explication sur le fait que « Christelle » ait connaissance de cette cicatrice. De son côté, il a affirmé que la rencontre n’avait duré qu’une demi-heure. Il a nié tout viol mais aussi tout acte sexuel, ne reconnaissant, selon Le Parisien, qu'une relation de séduction. « Chacun est resté sur ses positions », a expliqué une source proche du dossier à l'AFP.

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Mise à jour: cet article a été actualisé vendredi 2 février à 20h55 après la mise en examen pour viols de Tariq Ramadan.

Cet article reprend en partie notre article publié le 28 octobre et notre enquête du 15 novembre.