Le député insoumis Bastien Lachaud poursuivi pour des soupçons d’escroquerie

Le député Bastien Lachaud a été mis en examen dans l’affaire des comptes de la campagne 2017 de Jean-Luc Mélenchon, selon des informations de Mediapart. La justice le suspecte de « prêt illicite de main-d’œuvre », « faux », « escroquerie » et « tentative d’escroquerie ».

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C’est un coup dur pour Bastien Lachaud et pour La France insoumise (LFI), dont il est l’un des cadres de premier plan. Le député de Seine-Saint-Denis a été mis en examen, le 4 octobre dernier, des chefs de « prêt illicite de main-d’œuvre », « faux », « escroquerie » et « tentative d’escroquerie » par le juge d’instruction chargé de l’enquête des comptes de campagne de Jean-Luc Mélenchon, selon des informations de Mediapart.

Le député Bastien Lachaud, ici à l’Assemblée en septembre 2021, est rattrapé par l’affaire de la campagne 2017. © Christophe ARCHAMBAULT / AFP

Pendant la campagne de 2017, Bastien Lachaud a été le trésorier et salarié de l’association L’Ère du peuple, créée pour assurer la logistique autour de la candidature de Jean-Luc Mélenchon, et au cœur des soupçons judiciaires depuis l’ouverture d’une enquête en 2018.

Les enquêteurs de la police judiciaire et les magistrats soupçonnent en effet l’association d’avoir délibérément surfacturé des prestations matérielles ou intellectuelles à l’association de campagne, dont les dépenses sont remboursées par l’État, dans le but de se constituer un petit trésor de guerre sur fonds publics. Une thèse qui est vivement contestée par les dirigeants de La France insoumise.

Au total, L’Ère du peuple a facturé 440 027 euros à l’Association de financement de la campagne de Jean-Luc Mélenchon (AFCJLM), en engrangeant au passage d’importantes marges, ainsi que l’avait raconté Mediapart en mars 2018.

Selon des documents consultés par Mediapart, Bastien Lachaud touchait, pour son rôle dans la campagne, 2 483 euros brut par mois (soit 16,37 euros par heure) de L’Ère du peuple, en tant que « responsable projet de communication ». Son travail était ensuite refacturé 70 euros par heure à la campagne (voir document ci-dessous).

Une des factures de l'association L'Ère du peuple. © Document Mediapart

Questionné par Mediapart sur le niveau de ces refacturations, le directeur de campagne, Manuel Bompard, s’était défendu de toute manœuvre frauduleuse, en expliquant alors : « Pour nous, les choses sont assez simples : on a refacturé des salaires. Pour la refacturation des salaires, on s’est appuyés sur les chiffres utilisés dans les sociétés d’intérim, où vous refacturez les salaires avec un facteur entre 2 et 3. »

« En tout état de cause, l’association L’Ère du peuple n’a absolument pas surfacturé ses prestations, bien au contraire, elle les a facturées au “prix habituellement pratiqué” respectant de ce fait, à la lettre, les termes des articles L52-8 et L52-17 du Code électoral », a aussi expliqué le président de L’Ère du peuple, Bernard Pignerol.

L’avocat de Bastien Lachaud, Me Mathieu Croizet, considère la mise en examen de son client « infondée ». « Reprocher un prêt de main d’œuvre à un salarié d’une association est pour le moins curieux et très peu juridique », réagit-il, en faisant part de son intention de déposer prochainement une requête en nullité.

La mise en examen de Bastien Lachaud fait suite à celles, intervenues au printemps, de la mandataire financière de la campagne, Marie-Pierre Oprandi, ainsi que de L’Ère du peuple (en tant que personne morale) pour « prêt de main-d’œuvre illicite » (et également « faux »  dans le cas de Mme Oprandi). La trésorière historique de Jean-Luc Mélenchon et l’association avaient toutefois échappé à d’autres mises en examen, pour des infractions plus lourdes, ce qui avait été salué à l’époque par des responsables de La France insoumise (LFI).

« La mise en examen intervenue de l’association L’Ère du peuple du chef de prêt de main-d’œuvre illicite il y a plusieurs mois, le 29 mars 2021, est la preuve manifeste d’une instruction désormais à bout de souffle », indiquait ainsi Bernard Pignerol, en juillet dernier (lire ici).

Fabrice Arfi et Antton Rouget

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