Fillon, candidat somnambule à Aubervilliers

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À la veille du rassemblement de la dernière chance, ce dimanche au Trocadéro, le toujours candidat François Fillon a livré devant la salle clairsemée des docks d’Aubervilliers un discours programmatique des plus irréels. Les Républicains annoncent un comité politique dès lundi pour « évaluer la situation ».

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« Allez, à demain ! » La petite foule de supporteurs de François Fillon le sait. Le meeting express auquel ils viennent d’assister aux docks d’Aubervilliers, ce samedi après-midi, n’est qu’une étape. Une répétition avant le grand jour. Tous en sont, en tout cas, persuadés : seule une immense mobilisation ce dimanche au Trocadéro pourra sauver leur candidat, plus isolé que jamais après les défections en cascade dans son camp depuis mercredi. « Il pleuvra mais on aura des parapluies », lance à la cantonade un participant qui sort, comme la plupart, galvanisé par le discours très combatif – mais franchement hors-sol – qu’ils viennent d’entendre.

Car en trente minutes d’un discours qui a repris pour l’essentiel les grands thèmes et les slogans de sa campagne depuis six mois, François Fillon s’est comporté comme si de rien n’était. Comme si sa candidature ne prenait pas l’eau de toutes parts, comme si sa famille politique n’avait pas – déjà – décidé de se passer de lui. C’est donc dans une atmosphère assez irréelle que le toujours candidat a décliné une fois de plus, et peut-être pour la dernière fois, les grands axes de son programme « radical » devant une salle à peine remplie aux deux tiers.

Au meeting de François Fillon, samedi 4 mars à Aubervilliers. © Reuters Au meeting de François Fillon, samedi 4 mars à Aubervilliers. © Reuters

Emploi, fiscalité, immigration… Fillon a défendu à grands traits un programme issu de « quatre années de travail », « à l’écoute de la société civile », en fustigeant un monde politique habitué à laisser « les technocrates tenir la plume », a expliqué celui qui a tenté de se présenter plus que jamais en candidat du peuple contre les élites. « Cette radicalité, elle vient du terrain (…). C’est pour ça que j’ai dit qu’il fallait casser la baraque », a lancé un François Fillon qui semblait rejouer, tel un somnambule, le débat de la primaire comme si les différentes affaires qui risquent de lui valoir une mise en examen dans les prochains jours n’avaient pas rendu totalement obsolètes ces arguments. « J’augmenterai les petites retraites », a-t-il par exemple assuré, sans s’embarrasser d’un conditionnel pour le moins de rigueur dans le contexte très particulier de cette campagne.

En plein meeting, la presse apprenait d'ailleurs que le comité politique du parti Les Républicains avait décidé de se réunir dès lundi – avec vingt-quatre heures d’avance – pour « évaluer la situation ». À la sortie, la nouvelle d’une perquisition, la veille, du château du couple Fillon était confirmée de source judiciaire.

« Cette campagne est un étrange combat », a bien fini par concéder le candidat, qui ne fera aucune allusion directe à l’hémorragie de ces jours derniers dans son camp, avant – une fois de plus – d’exhorter ses troupes à « résister ». « On veut vous intimider. On s’attaque à moi mais, à travers moi, ce qu’on cherche à abattre c’est le redressement national. N’abdiquez pas, ne renoncez pas ! Votre engagement doit se poursuivre », a-t-il lancé sous les applaudissements.

Un peu plus tôt, le sénateur vendéen Bruno Retailleau – devenu le dernier pilier encore debout de la campagne – avait embrasé la salle en expliquant que Fillon n’avait « jamais été le candidat de la société politico-médiatique ». Un candidat antisystème, donc, sur lequel s’est abattu « un lynchage, un acharnement qui n’a aucun précédent dans l’histoire de la Ve République », a-t-il poursuivi.

Dans les allées des docks d’Aubervilliers, l’argumentaire complotiste fait mouche. « On m’a volé mon élection ! On m’a volé ma France ! », s’indigne, en passant, une participante qui nous voit prendre des notes. « C’est vrai qu’on a quand même toute la presse contre nous », reprend plus calmement Anne, une retraitée venue avec son mari « écouter le candidat qui a le meilleur programme. Alors que tous les médias sont en adoration devant Macron qui n’a même pas de programme ».

Henri, lui aussi retraité et venu avec quelques amis, juge que tout cela est « une cabale orchestrée par Hollande et par des juges de gauche ». Les défections en masse de ces derniers jours ne semblent pas les troubler plus que cela. « Ce sont des politiques, ils pensent à leurs postes, mais c’est le peuple qui décide », tance Henri. L’hypothèse Juppé hérisse Michel, un médecin venu spécialement de Bretagne avec sa femme pour le rassemblement du Trocadéro : « Juppé n’a aucune chance, il ne faut pas croire ce que racontent les sondages. C’est Macron en vieux et puis il n’a aucune légitimité. »

Cette revanche du peuple, veulent-ils croire, se jouera donc demain sur le parvis des droits de l’homme de la place du Trocadéro. 

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