Six enquêtes judiciaires visent le FN et Marine Le Pen

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Patrimoine, financement des campagnes, assistants au Parlement européen et au conseil régional du Nord-Pas-de-Calais : Marine Le Pen et/ou son parti sont visés par pas moins de six enquêtes judiciaires.

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Elle est la candidate la plus menacée par les affaires. Marine Le Pen et/ou son parti sont visés par pas moins de six enquêtes judiciaires liées à des affaires financières. Toutes les campagnes électorales du Front national depuis qu'elle en a pris la tête, en 2011, font l'objet d'investigations de la justice.

Ces dossiers, révélés pour quatre d'entre eux par Mediapart, ont ressurgi à l'occasion des débats entre les candidats pendant cette campagne. Face à Marine Le Pen, le 3 mai, Emmanuel Macron a qualifié le Front national de « parti des affaires », « qui ne va pas devant les juges ». « Vous, on sait en tout cas que vous avez un patrimoine qui est sous-évalué, que vous êtes sous le coup d'une procédure judiciaire. Ce n'est pas mon cas. Vous, vous avez des affaires, moi je n'en ai pas, Mme Le Pen », a-t-il asséné (regarder la vidéo).

Le 4 avril, lors du débat avec les 11 candidats, c'est Philippe Poutou qui était monté au créneau sur les affaires de François Fillon et Marine Le Pen, dans une intervention très remarquée (regarder la vidéo« Le Pen, pareil, on pique dans les caisses publiques, avait-il accusé. Là, c'est pas ici, c’est l'Europe. Alors l'Europe, pour quelqu'un qui est anti-européen, ça ne gêne pas de piquer de l'argent de l'Europe et le pire, c'est qu'en plus le FN, qui se dit anti-système, ne s'emmerde pas du tout, se protège grâce aux lois du système, grâce à l'immunité parlementaire, et donc refuse d'aller aux convocations policières, donc peinard. » 

Dans ces dossiers qui visent son parti, la candidate du FN répond rarement sur le fond, préférant commenter le calendrier judiciaire ou remettre en cause l'indépendance des institutions judiciaires. Marine Le Pen y voit la main du « système », une « persécution bruxelloise », un « parquet aux ordres », ou cible la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique (HATVP), « présidée par l'ami de François Hollande »Tour d'horizon des affaires qui pèsent sur le Front national.


  • Le patrimoine des Le Pen soupçonné d'avoir été sous-évalué

S'ils ont rompu sur le plan politique, les Le Pen père et fille sont encore liés par une affaire, pour laquelle ils sont obligés de faire front commun : celle de leur patrimoine immobilier. La Haute Autorité pour la transparence, chargée de contrôler les déclarations de patrimoine des élus, reproche aux deux eurodéputés d'avoir sous-évalué leurs déclarations de patrimoine de parlementaires, remises en début de mandature, en 2014. 

Marine Le Pen et Jean-Marie Le Pen au congrès de Lyon, en novembre 2014, quelques mois avant que le fondateur du Fn soit exclu du parti. © Reuters Marine Le Pen et Jean-Marie Le Pen au congrès de Lyon, en novembre 2014, quelques mois avant que le fondateur du Fn soit exclu du parti. © Reuters

Les Le Pen sont accusés d'avoir sous-évalué d'environ 60 % leurs parts dans deux propriétés familiales dans les Hauts-de-Seine, le manoir de Montretout, à Saint-Cloud, où le fondateur du FN possède encore ses bureaux, et la demeure de Rueil-Malmaison. La Haute Autorité soupçonne que l'achat de cette villa, en 2013, a été réalisé avec des fonds du microparti de Jean-Marie Le Pen, Cotelec. 

En janvier 2016, la Haute Autorité a saisi la justice, qui a ouvert une enquête préliminaire. Le Code pénal punit de trois ans de prison, 45 000 euros d'amende et d'une peine d'inéligibilité allant jusqu'à dix ans le fait de fournir une évaluation mensongère de son patrimoine. « Marine Le Pen a repris ce que déclarait son père. Sa bonne foi est totale », avait justifié Wallerand de Saint-Just, le trésorier du FN, interrogé par MediapartDans un communiqué, la présidente du FN avait estimé que « l'évaluation de parts minoritaires de SCI » effectuée par la HATVP était « totalement contradictoire et gravement surévaluée avec celle opérée, depuis de nombreuses années, par l'administration fiscale ».

Sauf que de son côté, le fisc a lancé deux procédures de redressement fiscal à l'encontre de Marine Le Pen, qui pourraient aboutir à une réévaluation importante de la valeur de ses biens et avoir pour conséquence de l’assujettir à l’impôt sur la fortune (ISF), comme l'a rapporté Le Monde. 

De son côté, Jean-Marie Le Pen n'est pas seulement concerné par une sous-évaluation de ses biens immobiliers. Il est aussi soupçonné par la justice de ne pas avoir déclaré un compte en Suisse, officiellement au nom de son assistants personnel, Gérald Gérin. Révélé par Mediapart en 2015, ce compte contient 2,2 millions d’euros, dont 1,7 million en lingots et pièces d'or. Le fondateur du FN est visé, ainsi que sa femme Jany Le Pen et son assistant personnel Gérald Gérin, par une plainte du fisc pour fraude aggravée.

Sur cette affaire, retrouvez nos enquêtes ici, , ou encore ici et.

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