Mediafact : les intox sur l'assurance chômage

Les négociations sur l'assurance chômage, entamées fin février, se poursuivent. Après l'examen houleux des annexes dédiées aux intermittents et techniciens, les partenaires sociaux s'attaquent au régime général, dans une ambiance plus que tendue. Dans la vidéo ci-dessous, Mediapart décrypte les comptes de l’organisme paritaire et démonte les mythes sur la fameuse « générosité » de l’assurance chômage.

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Le « trou » abyssal de l’Unedic est le point névralgique des négociations sur l’assurance chômage, qui ont lieu tous les deux ans. Cette année, c’est encore 800 millions euros d’économies qui sont réclamés par l’État aux syndicats et aux organisations patronales qui discutent. Cela pourrait se traduire par une remise en cause du montant ou de la durée des indemnisations. Les chiffres montrent cependant que le montant  des cotisations salariales et patronales suffisent à équilibrer le budget de l’Unedic, qui est avant tout plombé par sa lourde contribution au fonctionnement de Pôle emploi. Dans la vidéo ci-dessous, Mediapart décrypte les comptes de l’organisme paritaire et démonte les mythes sur la fameuse « générosité » de l’assurance chômage.

 

Quant à la négociation 2016, débutée fin février, elle est loin, très loin d’arriver à terme. La concomitance de la loi sur le travail fait monter la pression et les enchères, du côté du patronat comme des syndicats de salariés. Les trois premières séances de négociation avaient pour thème le régime des intermittents, soient les annexes 8 et 10. L’État a légiféré l’an dernier pour que cette négociation se tienne à part du régime général, mais l’enveloppe proposée ne convient pas à la CGT-Spectacle, très majoritaire dans le secteur, ni à FO. Le Medef ainsi que trois syndicats de salariés (la CFDT, la CFTC ainsi que la CFE-CGC) demandent spécifiquement au régime des intermittents 185 millions d'euros d'économies sur le montant de leurs allocations d'ici à 2018, un serrage de ceinture bien plus drastique que ce qui est demandé aux autres salariés. Sans accord de la CGT notamment, le sujet reviendra cet été dans le giron de la négociation générale. D’où la très forte mobilisation des intermittents (voir l’assemblée générale très suivie au théâtre de la Colline, racontée ici par Antoine Perraud, ou l’occupation des Halles ce jeudi).

Pour le régime général, les pistes esquissées cet hiver se précisent et la négociation débute réellement ce jeudi 7 avril, à l’occasion d’une nouvelle séance de discussion entre le patronat et les syndicats. Mais là encore, les signaux ne sont pas au vert. Côté gouvernement – officiellement en dehors du jeu mais faisant pression en coulisses –, les marges de manœuvre se situent sur la durée d’indemnisation, la réduction possible du nombre de jours indemnisés versus le nombre de jours cotisés, ainsi que le taux de remplacement (actuellement, l’indemnisation correspond à 71 % de son ancien salaire). Pour répondre à la mobilisation des lycéens et des étudiants contre la loi sur le travail, le gouvernement a également rejoint ceux qui plaident pour une surtaxation des contrats courts, second point névralgique pour comprendre la dette de l’assurance chômage.

Côté patronat, la nouveauté de cette année est que l’Union des professionnels de l’artisanat (UPA) a quitté dès le début la table des négociations pour protester contre le Medef dans le cadre de la loi sur le travail (voir notre article sur le sujet ici). Les restants, Medef et CGPME, sont relativement unanimes : ils veulent, entre autres, la dégressivité des allocations, le raccourcissement de la durée d’indemnisation, ainsi qu’une montée en charge des « droits et devoirs des chômeurs », c’est-à-dire un renforcement des contrôles sur l’effectivité de la recherche d’emploi.

Côté salariés enfin, la mise en œuvre de « bonus-malus » pour les entreprises friandes de contrats courts est clairement un point de convergence syndicale, même si des voix s’élèvent contre un risque de « légalisation » de la précarité (sur le principe controversé du « pollueur-payeur »). Une augmentation des cotisations sur les gros salaires est aussi au menu, ainsi qu’un mécanisme permettant de limiter les fausses « pré-retraites » pour les seniors, de plus en plus nombreux à rejoindre les statistiques de de Pôle emploi avant la fin de leur carrière.

Mais le Medef, au sortir de la table ronde du jeudi 7 avril a prévenu : si les syndicats persistent dans la surtaxation des contrats courts, l'organisation patronale ne signera pas. « C’est une vraie difficulté, explique Eric Aubin, négociateur pour la CGT. Ils mettent la pression sur le gouvernement ». La loi Travail est clairement un objet de négoce, et Pierre Gattaz entend rattraper sur l’Unedic ce qu’il risque de perdre à l’Assemblée sur le texte présenté par El Khomri. La prochaine réunion Unedic aura lieu le 28 avril, qui est également jour de mobilisation unitaire annoncé par l'intersyndicale, dans la rue.

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