Sexisme en politique: Mediapart lance le «MachoScope»

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Mercredi, aucune députée de gauche n'est venue s'asseoir dans l'hémicycle pour protester contre le sexisme dont a été victime l'écologiste Véronique Massonneau, de la part d'un député UMP. Mediapart lance un « MachoScope » pour recenser le sexisme en politique. Alertez-nous.

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C'est une grande première. Mercredi, en début d'après-midi, aucune députée de gauche n'est venue s'asseoir dans l'hémicycle à l'heure des questions au gouvernement. Elles avaient décidé d'attendre quelques minutes à la porte pour protester contre le sexisme ordinaire qui règne dans l'hémicycle. La veille, tard dans la soirée, une de leurs collègues, l'écologiste Véronique Massonneau, en avait été la victime, interrompue lors de son intervention par un député UMP, Philippe Le Ray, imitant le caquètement d'une poule.

Les députées de la majorité restent à l'extérieur de l'hémicycle, mercredi, en soutien de Véronique Massonneau. © Twitter / CecileDuflot Les députées de la majorité restent à l'extérieur de l'hémicycle, mercredi, en soutien de Véronique Massonneau. © Twitter / CecileDuflot

Mercredi, quand les députées femmes de gauche sont enfin entrées, elles ont été ovationnées debout par leur camp, sous les huées de la droite. La grande majorité du groupe UMP et, à l'extrême droite, Gilbert Collard ont quitté l'hémicycle. Voici les images :

QAG : les députées de gauche boudent le début de la séance pour protester contre le machisme © LCP

Mardi soir, Véronique Massonneau intervenait pour le groupe Europe Écologie-Les Verts sur le projet de loi de réforme des retraites. « Si l’accroissement de l’espérance de vie est une chance pour la France, je ne le nie pas, il est nécessaire d’aller au-delà de ce critère pour tenir compte notamment de l’espérance de vie en bonne santé », explique la députée de la Vienne quand retentit tout à coup dans l'hémicycle un improbable « cot, cot, cot codec », selon le compte-rendu officiel de l'Assemblée nationale.

L'invective vient des bancs de l'opposition, et plus particulièrement du député UMP du Morbihan Philippe Le Ray qui a provoqué cette scène invraisemblable (remarquée par le blog Les cuisines de l’Assemblée) conduisant Véronique Massonneau à lancer au micro : « Mais qui fait ça ? Arrêtez hein. Je ne suis pas une poule. » Le président de l’Assemblée nationale Claude Bartolone est aussitôt intervenu et a suspendu la séance.

Dérapage sexiste de l'UMP contre une députée écologiste © Pierre Januel


Depuis, les réactions indignées se sont multipliées. « Ce qui compte, c'est de leur mettre la honte. Il faut que la honte change de camp », explique à Mediapart la sénatrice socialiste Laurence Rossignol. Dans l'opposition, quelques rares voix se sont également élevées, à l'instar de la députée UDI Sonia Lagarde. Mercredi au micro, elle a apporté « toute (sa) solidarité à toutes les femmes de l'assemblée, qu'elles soient de droite ou de gauche ».

Même Christian Jacob, le président du groupe UMP, s'est senti obligé de condamner l'attitude de son collègue (« Il y a eu cette nuit un incident tout à fait regrettable »), mais pour mieux la minorer : « Ce n'est pas pire que le bras d'honneur de Noël Mamère ou d'autres collègues qui ont été faits dans cet hémicycle ! » a rétorqué ce proche de Copé en accusant Claude Bartolone de s'être « porté comme caution » d'une « mascarade » et d'une « théâtralisation ». Surtout, pour Jacob, cet incident est secondaire : « Ramenons les choses à ce qu'elles sont : lorsqu'il y a trois millions de chômeurs dans le pays, est-ce qu'il est normal que vous convoquiez une conférence des présidents extraordinaire (convoquée à la suite de l'incident – ndlr) ? » (voir les images ici).

« S'il y a des combats qui devraient permettre de rassembler beaucoup plus largement sur cet hémicycle, l'égalité entre l'homme et la femme fait partie de ces combats », lui réplique Bartolone. Finalement, la conférence des présidents des groupes a décidé à l'unanimité de sanctionner Philippe Le Ray d'un rappel à l’ordre avec inscription au procès-verbal « compte tenu du caractère sexiste du comportement en cause », selon le communiqué de Claude Bartolone.

Une nouvelle fois, donc, l'Assemblée nationale a donné le spectacle du sexisme ordinaire, parfois crasse, offert par un parterre d'hommes, blancs, de catégorie socio-professionnelle supérieure et de plus de 50 ans (en grande majorité). Cela fait des décennies que cela dure… Et que rien (ou presque) ne change. Certaines scènes sont devenues célèbres, comme Roselyne Bachelot et la couleur de ses tailleurs, Édith Cresson et sa « veste pied de poule » lors de son discours de politique générale en 1991, Michèle Alliot-Marie empêchée d’entrer en pantalon dans l’hémicycle en... 1972. 

L’affaire DSK, en 2011, avait au moins eu le mérite de délier les langues. Dans Le Parisien, on découvrait que la ministre des sports Chantal Jouanno ne pouvait pas, de son propre aveu, porter une jupe dans l'hémicycle sans entendre dans son dos des remarques salaces, qu’un député UMP des Yvelines lançait à une collègue du PS : « Habillée comme ça, faut pas s'étonner de se faire violer ! » Dans les couloirs de l’Assemblée, les attaché(e)s parlementaires s’ouvraient de propos machistes, de mains aux fesses, de drague lourde (), venus de la droite comme de la gauche. On parlait de « harcèlement sexuel » de la part de certains élus de la République. Dans un documentaire récent (dont nous avons parlé ici), la coprésidente du parti de gauche Martine Billard a raconté en avoir été victime à l'Assemblée.

Mediapart lance son « MachoScope », qui recense le sexisme à tous les échelons envers les femmes politiques – à l'Assemblée, au Sénat, au gouvernement, mais aussi dans les collectivités locales (conseils généraux, conseils municipaux, réunions politiques, etc.) et dans les médias (voir notre boîte noire et en page 2).

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Le sexisme ordinaire a pour particularité d'être souvent invisible. La protestation des femmes députées de gauche mercredi à l'Assemblée est une grande première et prouve la résistance grandissante dans l'hémicycle face aux propos plus que déplacés de certains de leurs collègues. Mais la plupart des incidents reste hors des radars de la presse.

Mediapart lance donc son « MachoScope » qui recense le sexisme à tous les échelons envers les femmes en politique – à l'Assemblée, au Sénat, au gouvernement, mais aussi dans les collectivités locales (conseils généraux, conseils municipaux, réunions politiques, etc.) et dans les médias. À l'image de ce que nous avions fait sur la droitisation de l'UMP avec notre « BuissonScope ». Nous avons choisi de commencer ce travail de compilation à partir des dernières législatives de 2012.

Pour nous aider dans cette tâche, n'hésitez pas à nous signaler les incidents dont vous avez été la cible ou le témoin, en nous écrivant aux adresses suivantes : lenaig.bredoux@mediapart.fr / marine.turchi@mediapart.fr

N'hésitez pas ! Cet article est mis à jour au fur et à mesure des témoignages reçus.