Wauquiez ou la «Droite sociale» ultra-libérale

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En dénonçant le «cancer» des «dérives de l'assistanat», et en annonçant une série de mesures sur le RSA, Laurent Wauquiez a fait chavirer sa Droite sociale, sensibilité centriste de l'UMP, vers les rangs des ultra-libéraux. Portrait d'un ministre libéral qui s'habille de social depuis dix ans.

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«Les réformateurs-libéraux se félicitent de voir leurs idées gagner du terrain au sein de la majorité, y compris au sein de l'aile sociale de l'UMP.» Mardi, le paradoxe de la fracture interne à l'UMP pouvait se lire dans le communiqué des libéraux concernant les propositions de Laurent Wauquiez.

RSA : L. Wauquiez veut imposer des contreparties © BFMTV
Celui-ci vient de proposer d'imposer cinq heures hebdomadaires de service social aux bénéficiaires du RSA et de «plafonner le cumul de tous les minima sociaux à 75 % du Smic». Il est allé jusqu'à qualifier de «cancer de la société française les dérives de l'assistanat»et suggérer d'établir une durée minimale de travail pour que lesétrangers puissent bénéficier du système social français.

Résultat, le ministre des affaires européennes a reçu le soutien des libéraux et s'est attiré les foudres de l'aile sociale de l'UMP. Le monde à l'envers. «Les réformateurs libéraux, dont je fais partie, ont toujours pensé cequ'avance Laurent Wauquiez. Et dire qu'il y a un mois, on nousopposait...», a expliqué Hervé Novelli, secrétaire général adjoint de l'UMP membre des réformateurs. Tandis que Marc-Philippe Daubresse, autre secrétaire général adjoint du parti, issu lui de la famille centriste, estimait lundi que cette proposition «très à droite» relevait «d'une méconnaissance totale de la réalité du terrain et d'une irresponsabilité».

Mardi, la réunion de groupe des députés a viré au pugilat entre adversaires et partisans des propositions de Wauquiez. Des «scandaleux» ont fusé des rangs. La ministre de la cohésion sociale, Roselyne Bachelot, a fustigé les «grossières erreurs» de chiffres commises par son collègue, «certains discours de beaufitude» et «propos de comptoirs». Le député UMP, Etienne Pinte, a lui annoncé qu'il quittait la Droite sociale, jugeant «démagogiques, irresponsables et inapplicables» les propositions de son chef de file.

Quelques heures plus tôt, au «petit-déjeuner de la majorité», à l'Elysée, François Fillon s'est aussi emporté contre son ministre des affaires européennes. «C'est une mise en cause de la politique du gouvernement par un ministre», a-t-il dit, en substance, selon Le Monde, s'agaçantdes «sous-groupes» au sein de la droite parlementaire. Ironie du sort, Xavier Bertrand, en soutenant Laurent Wauquiez, a lui-même reçu le soutien de... son rival Jean-François Copé.

Al'approche de la présidentielle, le jeune ministre droitiserait-il son discours? Pour l'opposition, il court après le Front national. «Il passe à droite de Marine Le Pen», a estimé Cécile Duflot sur Europe-1. Surle papier, il est pourtant l'étoilemontante de l'UMP, labellisé «social»: fondateur du club de réflexion la Droite sociale, disciplede Jacques Barrot (l'ancien ministre des affaires sociales de Chirac et poids lourd centriste), admirateur de Pompidou pour «ses racines profondes et sa vision à long terme».

Laurent Wauquiez aime raconter que, dansle cadre de son stage à l'ENA, en 1999, il a demandé à travailler dans les bidonvilles du Caire avec l'association de sœur Emmanuelle, «une expérience violente» qui «l'a transformé». Ilaime aussi rappeler que Jacques Barrot futson «père spirituel». Celui qui l'a pris sous son aile, dans sesterres d'Auvergne, en 1997. Celui qui l'introduira dans l'équipe deChirac et en fera son suppléant auxlégislatives en 2002.

D'ailleurs, dès son arrivée sur les bancs de l'Assemblée nationale, en 2004, le député de la Haute-Loire s'investit sur le terrain social. Après avoir étérapporteur de la commission Stasi sur la laïcité, il rejoint en 2005 la commissionHirsch pour plancher sur l'éradication de la pauvreté chez lesenfants. Il remet un rapport relatif au retour à l'emploi qui ambitionne d'aller «vers la création d'un Revenu de solidarité active». Al'époque, on ne parle pas d'assistés. Le projet de loi consiste àencourager davantage le retour au travail, en rendant possibletemporairement le cumul de minima sociaux et d'un travail rémunéré (voir le détail dans notre onglet “Prolonger”).

«Le contrôle et la sanction des abus sont nécessaires, mais, pour êtreéquitables, donc effectivement applicables, ils doivent tenir compte dela fragilité des bénéficiaires de minima sociaux ; l'harmonisationproposée par la commission se fait donc dans le sens d'une atténuationdes régimes de sanction», dit le rapport. «Le rapporteur (Laurent Wauquiez - Ndlr) ne peut conclure sans rappeler son attachement à l'objectif de fusion des minima sociaux, qu'il faudrait remplacer par un système d'allocation universelle dégressive selon les revenus d'activité.»

Et Laurent Wauquiez de plaider alors pour le dépassement de «l'opposition entre revenus du travail et revenus de l'assistance»: «Trop souvent aujourd'hui on oppose la logique du travail et la logique de l'assistance. L'ouverture à une réforme profonde de l'équation sociale nécessite le dépassement de cette opposition.» Loin de ses propos du week-end dernier.

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Contacté, Jean-Pierre Marcon, le député UMP suppléant de Laurent Wauquiez, n'a pas donné suite à notre demande.

Sollicité, Martin Hirsch n'a pas souhaité «à ce stade, rentrer dans une dialectique de ce que fait Laurent Wauquiez et de ses motivations», selon son conseiller presse.