Croquis. Bayrou: encore une heure, monsieur le bourreau

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Au lendemain de la primaire de droite, François Bayrou avait dit : « Rendez-vous fin janvier. » Fin janvier, il a temporisé : « J’annoncerai ma décision le 15 février. » Il n'en finit pas d'hésiter sur sa candidature. La grande incertitude de cette présidentielle pourrait donner un certain poids à son retrait, ou à son entrée en lice…

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La publication du livre Résolution française devait être un juge de paix. Si l’ouvrage de François Bayrou se vendait aussi bien que son Abus de pouvoir de 2009 (80 000 exemplaires revendiqués), l’éternel candidat ne s’interrogerait plus. Il se présenterait à l’élection présidentielle, pour la quatrième fois de sa carrière.

Le livre s’est classé 53e au palmarès des libraires et des grandes surfaces lors de sa première semaine, avec 2 857 acheteurs (source edistat.fr). Ce n’est pas le Pérou pour un homme providentiel, même si les chiffres de vente ne recoupent pas ceux du nombre d’électeurs, les performances éditoriales puis électorales de Nicolas Sarkozy en 2016 sont là pour le démontrer.

Donc le livre est resté en rayon, pendant que la vocation présidentielle tarde à sortir du bois. Le maire de Pau multiplie les interviews, expose de grands principes de gouvernance et de probité, distribue les cartons rouges à François Fillon, mais prend le risque de paraître évanescent à force de renvoyer sa décision à plus tard. Encore quelques jours et l’échéance qu’il avait fixée lui-même aura des airs de calendes grecques plutôt que de « résolution française ».

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Pourquoi Bayrou dont on moque souvent la solitude prend-il le risque de devenir l’Arlésienne de 2017, c’est-à-dire l’homme dont on parle de temps en temps mais qu’on ne voit pas passer à l’acte ? Parce qu’il voit bien que ses chances sont minces, mais qu’elles existent encore un peu. Il se dit même qu’en fonction des circonstances, les électeurs pourraient se tourner vers lui.

Ses handicaps sont multiples. À force de hanter tous les cinq ans les campagnes présidentielles, il a fini par faire partie du décor plutôt que de la distribution. Il est détesté à droite, et rejeté par la gauche ; il a soutenu Alain Juppé, mais vu François Fillon tirer les marrons du feu ; puis il s’est rapproché de Fillon avant de s’en éloigner ; il a perdu le créneau du centre-droit, subtilisé par Emmanuel Macron ; il fait partie des responsables politiques en place depuis le XXe siècle, et le climat actuel est sans pitié pour eux…

Il sait tout cela, lit les sondages comme tout le monde, et se dit que le combat de trop lui coûterait cher en réputation, et encore plus cher en argent s’il n’atteignait pas les 5 % synonymes de remboursement de ses frais de campagne électorale.  

Il ne se résigne pourtant pas, et renvoie de jour en jour à plus tard sa décision de renoncer « au parfum de la poudre », comme il l’écrit dans son livre. C’est que rien ne se passe comme prévu, et chaque surprise peut lui ouvrir des perspectives. Si François Fillon avait tenu les promesses de sa victoire du second tour de la primaire, l’affaire était pliée, mais Fillon a perdu le centre avec ses plans sur la Sécurité sociale, avant de s’effondrer sur ses emplois familiaux. Même chose avec la primaire du Parti socialiste. Si Valls avait gagné, il aurait occupé le centre, mais Hamon l’a emporté.

Ces chamboulements étaient censés avantager la candidature d’Emmanuel Macron, et l’hypothèse d’une entente avec Bayrou tenait alors la corde. Mais Macron piétine à son tour, ou cesse de progresser, donc Bayrou se dit forcément qu’en cas de reflux du chouchou des people et des médias, il pourrait devenir le recours des déçus du centre-droit, du centre-gauche, et des inquiets du macronisme.

Tout cela pourrait sembler bien marginal. Le problème, dans cette présidentielle totalement inattendue, et totalement déroutante, c’est qu’elle ressemble à une course par élimination, et que la qualification pour le second tour pourrait se jouer sur une fraction d’électorat. Dans ce contexte, candidature ou pas, la fraction de François Bayrou pourrait avoir son importance.  

La date limite du dépôt des parrainages est fixée au 17 mars à 18 heures. D’ici là, il faudra bien collecter les signatures, donc annoncer sa candidature deux ou trois semaines auparavant.

Encore une heure, monsieur le bourreau… Bayrou attendra la dernière minute en espérant que le paysage se dégagera, et que lui-même, à l’heure du dégagisme, ne sera pas le prochain « dégagé »

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