Les liens cachés de Benalla avec l’affaire du contrat russe

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Contrairement à ce qu’il a affirmé, Alexandre Benalla est lié à divers degrés, y compris financiers, aux principaux protagonistes d’un contrat de sécurité signé en juin 2018 avec un oligarque russe proche de Vladimir Poutine, par ailleurs soupçonné d’accointances avec l’un des pires groupes criminels moscovites.

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Contrairement à ce qu’il a affirmé il y a un mois, Alexandre Benalla est lié à divers degrés, y compris financiers, aux principaux protagonistes d’un contrat de sécurité signé en juin 2018 avec un oligarque russe proche de Vladimir Poutine, par ailleurs soupçonné par plusieurs magistrats européens d’accointances avec l’un des pires groupes criminels moscovites.

Mediapart avait révélé, mi-décembre, que l’oligarque en question, Iskander Makhmudov, avait rémunéré à hauteur d’au moins 300 000 euros la société d'un proche de Benalla, le gendarme Vincent Crase, à une date où ce dernier était encore chargé de la sécurité du parti présidentiel La République en marche (LREM), tandis qu'Alexandre Benalla travaillait encore à l’Élysée.

Vincent Crase et Alexandre Benalla le 1er mai à Paris. © Capture d'écran YouTube Vincent Crase et Alexandre Benalla le 1er mai à Paris. © Capture d'écran YouTube

Vincent Crase, qui a aussi travaillé à l’Élysée comme chargé de mission entre 2017 et 2018, est par ailleurs mis en examen pour « violences volontaires » avec Alexandre Benalla dans l’affaire des violences du 1er Mai, commises contre des opposants à la politique du président de la République.

Le contrat russe visait la sécurisation du patrimoine immobilier d’Iskander Makhmudov à Ramatuelle et en Sologne, financé par un entrelacs de sociétés dissimulées dans des paradis fiscaux (à Chypre notamment), ainsi que l’octroi d’une garde rapprochée pour les membres de sa famille, à Monaco. Il a été en grande partie exécuté dans un premier temps par l’entreprise de sécurité Velours, dont Benalla a été l’un des salariés d'octobre 2014 à novembre 2015, avant de rejoindre Emmanuel Macron puis l’Élysée.

Les négociations ayant précédé la signature du contrat ont été menées pour le compte de Makhmudov par un homme d’affaires français vivant et travaillant en Russie depuis plus de trente ans, que connaît bien Alexandre Benalla. « C'est Benalla qui a conseillé et désigné Crase pour ce contrat », a d'ailleurs confié à Mediapart un acteur du dossier, qui s'exprime sous le couvert de l'anonymat compte tenu de la sensibilité du sujet.

Interrogé mi-décembre par Mediapart, l’ancien adjoint au chef de cabinet d’Emmanuel Macron avait pourtant assuré, en parlant de lui à la troisième personne : « Il n’y a pas de lien entre Makhmudov et Benalla. »

La vérité est plus complexe.

Tout démarre par un petit encadré publié, le 2 janvier, dans Le Canard enchaîné. Dans cet entrefilet intitulé « Un CDD en or », l’hebdomadaire satirique affirme qu’Alexandre Benalla, officiellement licencié de l’Élysée après la révélation par Le Monde de l’affaire des violences du 1er Mai, a touché au mois de novembre 2018 de copieux émoluments de 12 474 euros d’une société de sécurité inconnue, tout juste créée. Sans autre précision.

En août et en septembre, l’ancien adjoint du chef de cabinet d’Emmanuel Macron avait perçu des indemnités d’aide au retour à l’emploi de 3 097 et 3 871 euros.

Selon les documents et témoignages concordants réunis par Mediapart, la nouvelle société qui a employé Alexandre Benalla est dirigée par un certain Yoann Petit, 44 ans, qui n’est pas n’importe qui : ancien militaire – il fut réserviste du 92e régiment d’infanterie à Clermont-Ferrand –, il s’agit de l’un des hommes embauchés par Velours au service de l’oligarque russe Makhmudov, le 28 juin, jour du versement de 294 000 euros sur le compte d’une société du gendarme Crase, baptisée Mars.

La société de Yoann Petit a pour seul actionnaire un homme… de 18 ans, habitant en Normandie, dont sont originaires Crase et Benalla. Elle est en outre domiciliée à Paris, rue de Penthièvre, dans le même centre de domiciliation que celui utilisé par l’entreprise Mars, principale contractante du contrat russe. La société de Yoann Petit, qui a grassement rémunéré Alexandre Benalla, a par ailleurs été baptisée France Close Protection tandis que l’une des sociétés ayant perçu 147 000 euros issus du contrat russe se nommait quant à elle Velours Close Protection.

Mais ce n’est pas tout. Outre la similitude de personnes, d’adresse et de nom, il y a dans le volet russe de l’affaire Benalla une concordance de dates qui ne manque pas d’intriguer. Fin septembre, Velours cesse officiellement d’assurer la protection de la famille Makhmoudov. Le 30 septembre, Yoann Petit ouvre une boîte aux lettres pour France Close Protection dans le centre de domiciliation, situé à quelques encablures de l’Élysée. Le 2 octobre, les statuts de cette nouvelle entité sont signés par son fondateur. Une semaine plus tard, le 9 octobre, le gendarme Vincent Crase ferme le compte bancaire de sa société Mars. Seulement dix jours plus tard, France Close Protection voit le jour, dont l’objet social est, selon ses statuts, d’assurer, « en France et à l’étranger », « la protection » de personnes mais aussi de réaliser du « conseil pour les affaires ». Le 30 novembre, Vincent Crase clôt le contrat de domiciliation de Mars.

Plusieurs sources informées du dossier ont indiqué à Mediapart que l’activité de la société de Yoann Petit avec Benalla serait selon elles liée au contrat russe, une affirmation que se refusent à commenter les principaux acteurs du dossier.

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