Qui compte-t-on parmi les 20% de jeunes pauvres?

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D'après l'Insee, plus d'un jeune sur cinq serait pauvre en France. Le chiffre interpelle. Explications.
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Selon l'INSEE, 23,2% des femmes et 18,9% des hommes âgés de 18 à 24 ans vivent sous le seuil de pauvreté. Que représentent ces chiffres? Ces jeunes adultes sont soit des jeune actifs qui n'habitent plus chez leurs parents. Soit des jeunes qui habitent chez leurs parents, mais qui sont comptés comme pauvres si le ménage dans son ensemble (au vu des revenus de tous les membres de la famille et du nombre de personnes qui la composent) est considéré comme pauvre.

 

Des étudiants qui vivraient seuls, qui ne disposeraient d'aucun revenu mais qui seraient aidés par leurs parents ne constituent donc pas un biais dans ces statistiques: ils ne sont pas comptabilisés parmi ces jeunes pauvres. L'INSEE explique que pour ces étudiants, «il est impossible de connaître le montant des transferts informels» (l'argent de poche éventuel). Du coup, même les étudiants rédigeant leur propre déclaration fiscale ne sont pas pris en compte.

 

La notion de seuil de pauvreté fait par ailleurs débat. En France, on privilégie une approche relative de la pauvreté. C'est-à-dire qu'on la lie au niveau de vie du pays, alors que l'approche absolue de la pauvreté met l'accent sur le fait de disposer des «ressources fondamentales». L'approche monétaire considère comme pauvres les personnes vivant dans des ménages dont le niveau de vie est inférieur à un montant donné. Il s'agit du fameux seuil de pauvreté. Ce seuil est calculé à partir de la médiane des niveaux de vie (la moitié de la population gagne plus, la moitié gagne moins). Pour l'Insee comme pour Eurostat (institut européen de la statistique), le seuil de pauvreté est fixé à 60% du niveau de vie médian.

 

Selon Louis Maurin, président de l'Observatoire des inégalités, ce mode de calcul à 60% est inadapté et il vaudrait mieux revenir au seuil de 50% auparavant proritairement utilisé en France. «Quand on a un HLM, un portable, une machine à laver et qu'on part en vacances, est-ce qu'on peut vraiment être considéré comme pauvre? Modeste, oui. Pauvre, non. Il n'y a pas 8 millions de pauvres en France.»

 

Les statistiques officielles disent le contraire, qui reprennent la norme européenne des 60%. En 2006 (derniers chiffres disponibles) la France métropolitaine comptait 7,9 millions de pauvres, soit 13,2 % de la population.

 

On considère donc qu'aujourd'hui, pour une personne seule, le seuil de pauvreté est de 880 euros par mois, le revenu médian étant de 1.470 euros par mois (17.600 euros par an).

 

Concernant la pauvreté des jeunes, il faudrait également tempérer les statistiques selon Julien Damon, responsable du département Questions sociales au Centre d'analyse stratégique: «Il est logique que lorsqu'on débute dans la vie active, on gagne moins qu'avec de l'expérience. Pour être tout à fait honnête, il faudrait calculer la pauvreté par rapport au revenu médian des 18-25 ans et non par rapport au revenu médian de l'ensemble de la population.»

 

Ultime précision méthodologique, pour comparer les niveaux de vie de ménages de taille différente, l'INSEE utilise une mesure du revenu corrigé par unité de consommation. La pondération est la suivante:

- 1 unité de consommation pour le premier adulte du ménage;

- 0,5 unité pour les autres personnes de 14 ans et plus (car dans un ménage il n'est pas nécessaire de multiplier tous les biens de consommation, notamment les biens de consommation durable)

- 0,3 unité pour les enfants de moins de 14 ans.
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