A Florange, Mélenchon explique sa «nouvelle civilisation»

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Le candidat de la France insoumise tenait meeting jeudi soir dans la ville symbole de la « trahison » de François Hollande. Il a centré son discours sur l'éducation et surtout l'enseignement professionnel, seul à même selon lui de produire « la masse qualifiée » dont on aura besoin demain pour sa révolution citoyenne et écologique.

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Florange, de notre envoyé spécial. - Jean-Luc Mélenchon, le candidat de la France insoumise pour la présidentielle, s’est rendu jeudi 19 janvier à Florange, en Moselle. Plus de 1 000 personnes, selon les organisateurs, se sont présentées au meeting : la salle de la médiathèque La Passerelle (400 places) était pleine, de même que le hall d’entrée, et des centaines de personnes ont dû suivre le meeting dehors, par – 2 degrés (« – 15 degrés ressentis », a précisé Mélenchon au début d'un discours qu'il a pour l'occasion commencé dehors).

Dès 18 heures, une heure et demie avant le début du meeting, des dizaines de personnes font déjà la queue à Florange © CG Dès 18 heures, une heure et demie avant le début du meeting, des dizaines de personnes font déjà la queue à Florange © CG

Dans cette ville symbole des promesses trahies de François Hollande, le candidat avait rencontré dans l’après-midi des représentants syndicaux d’ArcelorMittal, de la CGT et de la CFDT – Sud en revanche n’était pas présent alors qu’il était annoncé, FO avait décliné. À la sortie de cette rencontre à huis clos, Serge Fuss, de la CFDT, s’est montré combatif mais circonspect : « Jean-Luc Mélenchon ne nous a rien promis. Il y a eu un débat, une discussion sur nos problématiques. Il nous a dit : “Je vous aiderai si je peux vous aider et j’en parlerai partout où je peux en parler.” »

Il faut rappeler que les syndicalistes sont échaudés par les politiques, depuis les promesses trahies par le gouvernement actuel à l’hiver 2012-2013. Alors que le candidat François Hollande s’était engagé à sauver le site, le président fraîchement élu est entré en négociation avec Mittal pour une reprise du site mais avec fermeture des hauts fourneaux, tandis qu’il désavouait Arnaud Montebourg, qui plaidait pour une nationalisation du site. « On est toujours atterrés des politiques qui font du Florange-bashing, a ajouté Serge Fuss, on en a marre d’entendre qu’il n’y a aucun avenir à Florange. »

Lionel Burriello, ancien salarié d’ArcelorMittal, toujours CGT et candidat de la France insoumise aux législatives, était également à la réunion. Il met tout de même en garde Jean-Luc Mélenchon : « Nous espérons que si Jean-Luc Mélenchon est président demain, nous n’aurons pas le même coup de Trafalgar. » Il n’empêche, Burriello soutient à fond la France insoumise et son candidat à l’Élysée, parce que « la lutte des classes existe toujours »

« Venir à Florange c’est toujours remettre ses pas dans une sorte de douleur intérieure que tous les Français ont », lui a indirectement répondu le candidat de la France insoumise au début de son meeting, qui s'est terminé par une lecture, par le candidat, du texte de Bernard Lavilliers, Les Mains d'or. « J’ai le cœur qui se serre quand je pense qu’il aurait fallu un milliard pour nationaliser Florange et qu’Hollande en a donné 40 aux patrons », a-t-il ajouté. Lui, a-t-il expliqué, est candidat pour « changer la matrice productive de notre pays ». Durant tout son discours, Mélenchon n'a pas eu un mot pour la primaire du PS dont le premier tour a lieu dimanche.

La vidéo intégrale du meeting à Florange (le discours commence à 11m11s)

Pour ce meeting en pays ouvrier, le candidat a préféré ciseler son discours autour d’une idée force : le développement de l’apprentissage et la formation professionnelle. En Moselle, le taux de chômage n’est pas redescendu sous les 10 % depuis le troisième trimestre 2012. En tant qu'ancien ministre délégué de l'enseignement professionnel de Lionel Jospin, Mélenchon a pu faire valoir qu'il maîtrisait son sujet. Cible de tous ses meetings, François Fillon, le candidat Les Républicains, en a de nouveau pris pour son grade. Et particulièrement sa proposition de passer de 400 000 à un million d’apprentis. « Absurde », a jugé Mélenchon, pour qui penser que « cette seule idée est la bonne est un réflexe de classe ». « Je ne sais pas pourquoi ces gens se croient malins de se précipiter sur les gosses des autres. Parce que c’est pas leurs gosses qui vont en apprentissage », a-t-il ajouté.

Au contraire, le candidat de la France insoumise s’est échiné pendant une grosse partie de son discours de près de deux heures à redonner son titre de noblesse à l’apprentissage et plus largement à l'enseignement professionnel. Notamment en proposant ce qu’il appelle la « filière polytechnique », qui irait du CAP à Polytechnique proprement dite. « Je sais, les marches ne sont pas toutes à la même hauteur », a-t-il précisé. 

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