Primaire: l’ultime débat ne départage pas les candidats

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À trois jours du premier tour, le troisième et dernier débat à sept de la primaire du PS, plus policé que le précédent, a confirmé les incertitudes sur le scrutin prévu dimanche.

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On aurait pu s’attendre à un débat plus musclé. À trois jours du premier tour, dimanche 22 janvier, les sept candidats à la primaire du PS, qui haussent pourtant le ton dans leurs meetings, ont livré jeudi soir sur France 2 un combat plutôt feutré. En tout cas moins animé que le précédent, au cours duquel Manuel Valls avait essuyé plusieurs critiques.

Avant le vote au résultat très incertain, chaque candidat s’est attaché à marquer ses différences. Manuel Valls, comme à son habitude, a dramatisé l’instant, évoquant à plusieurs reprises un « débat décisif », un « enjeu majeur ». Arnaud Montebourg a creusé son sillon sur le travail et le « Made in France ». Il a été le seul à citer la menace du Front national, de même que les discriminations.

En retrait, Benoît Hamon, qui remplit les salles de meetings avec un programme à gauche toute, a été mis en difficulté par un feu nourri de la quasi-totalité de ses adversaires contre son projet de revenu universel. Seule femme, Sylvia Pinel (PRG) a été régulièrement interrompue… notamment lorsqu’elle a tenté de parler du sexisme.

Logement : zéro SDF en 2022 ?

Ils sont quatre à reprendre à leur compte la proposition de Lionel Jospin lors de la campagne présidentielle de 2002 : Arnaud Montebourg, Vincent Peillon, Benoît Hamon et Jean-Luc Bennahmias. « Je crois que c’est possible », a expliqué le premier, notamment en améliorant « la situation économique du pays » et en investissant dans les centres d’hébergement d’urgence. « Oui, notre pays a les moyens de faire davantage », a estimé le deuxième, en parlant des « mauvais comportements » (affaire Dassault) ou « d’argent gaspillé » (affaire Tapie). « Quand Lionel Jospin avait affiché cet objectif, beaucoup avaient ricané. Ces ricanements sont indécents. »

« C'est un engagement extrêmement difficile et grave à prendre », a indiqué le troisième, qui veut lui aussi  augmenter les places d'hébergement et construire davantage de logements sociaux. Quant à Bennahmias, il veut améliorer les services d’alerte, augmenter les moyens du Samu social et ceux des associations caritatives.

Les trois autres (Manuel Valls, François de Rugy et Sylvia Pinel), d’accord sur plusieurs sujets depuis le début des débats, se méfient « des slogans ».« Je ne crois pas qu'il faille des mots d'ordre chocs », a dit de Rugy, avant de proposer des quotas de capacités d'hébergement par agglomération « négociés entre l'État et les collectivités locales ». L’ancien premier ministre a, de son côté, rappelé qu’il se « méfie des slogans, SDF zéro, tolérance zéro », sans plus de précisions sur ses propositions.

Les candidats à la primaire, jeudi avant le débat © Reuters Les candidats à la primaire, jeudi avant le débat © Reuters

L’avenir de la Sécurité sociale

Rembourser lunettes et soins dentaires à 100 % ? Seul Arnaud Montebourg se prononce pour. Faut-il inciter, voire obliger les médecins à exercer dans des déserts médicaux ? Aucun des candidats n’est pour la contrainte. Vincent Peillon évoque des « incitations », Manuel Valls promet d’être « plus volontariste ». Le débat s’attarde longuement sur les complémentaires santé. Tandis que Vincent Peillon propose une « complémentaire santé publique pour ceux qui ne sont pas couverts », Arnaud Montebourg défend « une mutuelle publique à 10 euros par mois » pour ceux qui en sont dépourvus. Manuel Valls s’y oppose, et plaide plutôt pour la suppression du numerus clausus des médecins et la suppression du ticket modérateur pour « certains soins de ville ».

« Si on devait transférer l'ensemble des prestations de soins couvertes par les complémentaires, c'est 42 milliards à trouver en plus pour l'assurance maladie », s’étonne lui aussi François de Rugy. Sylvia Pinel plaide pour la « préservation de notre modèle de santé » – autrement dit, seulement des ajustements à la marge. Benoît Hamon préfère mettre en avant la nécessité de négocier des tarifs plus abordables auprès des laboratoires pour les « médicaments innovants », voire de transformer les médicaments les plus chers en génériques dès leur arrivée sur le marché. Plusieurs candidats évoquent la « santé environnementale » (lutte contre les pesticides pour François de Rugy ou contre les perturbateurs endocriniens pour Hamon, plus de recherches pour Vincent Peillon). L’hôpital est à peine abordé.

Désaccords sur la dette et le déficit public 

Pressés de savoir s’ils veulent respecter l’objectif des 3 % de déficit public imposé par les traités européens, les candidats ont donné sans surprise des réponses contrastées. Benoît Hamon, sans répondre précisément, a préféré plaider pour une « mutualis[ation] des dettes européennes », idée à laquelle les gouvernements allemands sont historiquement opposés. Manuel Valls veut tenir l’objectif des 3 %. Sylvia Pinel, elle aussi, défend le « sérieux budgétaire et la responsabilité ». Vincent Peillon entend également « respecter la trajectoire de dépenses publiques » : « On peut être économe et de gauche », dit-il.

« Nous appliquons des règles, rejetées en 2005, qui doivent être rediscutées », estime au contraire Arnaud Montebourg qui plaide pour un programme de relance susceptible à terme de réduire la dette. Il prévient : faute d’inflexion dans la politique économique, cette présidentielle est la « dernière station-service avant le lepénisme ». Jean-Luc Bennahmias, lui, entend relancer une alliance avec « nos amis » du sud de l’Europe pour infléchir la doxa budgétaire allemande.

Revenu universel : Hamon et Bennahmias isolés

Déjà évoqué lors des précédents débats, le revenu universel d’existence, proposé par Benoît Hamon et Jean-Luc Bennahmias, a été contesté par les cinq autres candidats. Avec toujours les mêmes angles d’attaque : la faisabilité et le coût ; la philosophie et la valeur travail. C’est cette fois le premier point qui a cristallisé les discussions.

« On ne peut pas s'engager sur un revenu universel qui coûterait 350 milliards », a lancé Manuel Valls, parlant d’une « gauche qui fait des propositions à crédit pour perdre totalement son crédit ». Vincent Peillon est, cette fois, d’accord avec l’ancien premier ministre : « Trente ans d’engagement à gauche me fait craindre la gauche qui fait des promesses et qui déçoit le lendemain, et là, la gauche qui modifie ses promesses pendant la campagne. » Une référence aux évolutions du projet de Hamon sur le revenu universel. « T’as pas lu », a rétorqué le député de Trappes.

« Le revenu universel, cela crée de l'emploi, cela permet de libérer 600 000 emplois étudiants et ça éradique la pauvreté », a poursuivi Hamon. Il propose que sa mesure se mette en place dès 2018, mais seulement pour 600 euros pour les bénéficiaires du RSA et les 18-25 ans. L’élargissement du dispositif est remis à plus tard : « On parle du coût mais il faut aussi parler du sens. » Réplique immédiate de Peillon : « Donc c’est pas dans le quinquennat ! On parle du prochain quinquennat. »

Montebourg a repris le même argument: « J'entends que c'est pour 2022... Donc on en reparlera en 2021 pour la primaire ! » L’ancien ministre de l’économie a également jugé que le coût global de la mesure, autour de 400 milliards d’euros, allait conduire à d’abord « taxer les riches », avant que le gouvernement ne se rende compte que cela ne suffit pas et décide d’un « coup de bambou fiscal pour les classes moyennes et populaires ». « T’as pas le droit, pas ça », a soufflé Hamon.

De Rugy a quant à lui jugé que le revenu de base allait conduire à « augmenter les charges des entreprises » et Pinel « ne croit pas aux promesses mirifiques ». Le seul à avoir défendu Hamon est donc Jean-Luc Bennahmias qui propose, lui aussi, le revenu universel. « Cela ne se fera pas du jour au lendemain », a-t-il expliqué. Surtout, a souligné l’ancien proche de François Bayrou, ce revenu ne sera pas versé qu’à des personnes en dehors du travail mais aussi à des salariés ou des artisans qui peinent à gagner leur vie, comme certains agriculteurs ou les gérants de petits commerces en zone rurale.

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