Hollande-Valls, une « idylle » pleine de sous-entendus

Rien ne les sépare, paraît-il. Mais la polémique sur l’assurance-chomage a montré la première volonté de Valls de s’affranchir. Pendant ce temps, Hollande réfléchit à la façon de remonter la pente.

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Ce n’est pas une scission, encore moins une crise. Entre François Hollande et Manuel Valls, tout fonctionne, nous dit-on, comme dans le meilleur des mondes. « À côté de certains duos président-premier ministre, c'est même l'idylle absolue », dit un proche du chef de l'État.

Officiellement, rien ou presque ne sépare le locataire de l'Élysée et celui de Matignon. Même ligne libérale, maintenant que les ministres qui réclamaient une autre politique ont quitté le gouvernement. Même priorité donnée à la réduction des déficits, avec des économies de 21 milliards d'euros pour la seule année 2015, tout en tentant d'obtenir l'indulgence de Bruxelles pour ne revenir sous les 3 % de déficit qu'en 2017. Au point que quand Valls parle, certains s'imaginent que c'est François Hollande qui lance des ballons d'essai. De fait, depuis deux ans et demi, Hollande et son ancien directeur de la communication, devenu ministre de l'intérieur puis premier ministre, ont noué une relation assez particulière: l’un (Valls) parle et s’agite, l’autre (Hollande) ne dit mot et consent, ainsi que l’ont laissé entrevoir deux ouvrages parus en début d’année (lire notre analyse).

Pourtant, plusieurs témoignages recueillis ces dernières semaines par Mediapart accréditent l’idée d’une sourde méfiance entre les deux têtes de l’exécutif. Car s'ils sont effectivement « collés » (selon un proche de Hollande) sur la même ligne politique, à la fois par conviction et par nécessité, Hollande et Valls continuent, au mitan du quinquennat et en prévision des échéances à venir, à se préoccuper de leur propre capital politique. Impopulaire, François Hollande tente de le ressusciter. Ancien “M. 5 %” de la primaire socialiste de 2011, Manuel Valls, lui, tente de le faire fructifier. La récente polémique sur l’assurance-chômage, premier exemple de vraie dissonance entre le chef de l’État et son premier ministre, est la face émergée de cette discrète guerre de position. 

Évidemment, le thème de la rivalité entre le chef de l’État et le premier ministre est un classique du genre, souvent monté en épingle par les commentateurs. La faute à cette fameuse « dyarchie de la Ve République », dont de nombreux conseillers ou ministres se plaignent (lire, par exemple, cet entretien avec Aurélie Filippetti). « Cette bizarrerie institutionnelle crée parfois du flottement, comme s’il y avait deux centres de décision. On se marche sur les pieds, c’est inévitable », déplore un conseiller à l'Élysée.

Parfois, les courts-circuits se transforment en querelles. Par exemple entre François Hollande et Jean-Marc Ayrault, à l’automne 2013 avec l’annonce d'une grande réforme fiscale aussitôt enterrée. Puis tout au long de l’hiver 2014, avant que l’ancien maire de Nantes ne soit débarqué au lendemain de la débâcle municipale fin mars

François Hollande et Manuel Valls, le 15 août, au fort de Brégançon © Reuters François Hollande et Manuel Valls, le 15 août, au fort de Brégançon © Reuters

Serait-ce déjà le cas avec Manuel Valls ? Il n’est pas question de conflit ouvert ou de grave dysfonctionnement. Valls est même loué pour sa capacité à faire « fonctionner la machine » de l’État (sous-entendu, mieux que Jean-Marc Ayrault), et le compliment vient de l’Élysée, comme d’anciens ministres qui lui sont hostiles. Il n’en reste pas moins qu’une sorte de méfiance semble s’être installée à la tête de l’État : Matignon s’inquiète de la gouvernance par SMS de François Hollande, de la solitude de sa gestion du pouvoir, et met en avant son ardeur réformatrice pour mieux exacerber le contraste avec l’Élysée ; au « Château », on s’interroge sur les intentions futures de Manuel Valls, dont la loyauté est mise en doute.

Jusque-là, l’attelage Hollande-Valls a déjoué les pronostics d’une cohabitation digne des années Mitterrand-Rocard. Les proches du premier ministre répètent qu’il est là « pour durer ». « L’idée de Valls, c’est d’aller jusqu’en 2017 », explique un de ses soutiens au gouvernement. « Manuel Valls ne trahira jamais, et l’avenir le prouvera », jure Luc Carvounas, sénateur PS et fidèle de Valls. «  Le modèle de Manuel Valls, c’est Clemenceau, pas Fouché (incarnation de la duplicité en politique - ndlr). Lui et le chef de l’État sont encordés », assure Thierry Mandon, secrétaire d’État à la réforme de l’État. 

« Ils sont liés par une situation tellement catastrophique qu’aucun des deux n’a intérêt à jouer au con », résume crûment Christophe Caresche, député de l’aile droite du PS. À son arrivée à Matignon, Manuel Valls, alors soutenu par Arnaud Montebourg et Benoît Hamon, semblait disposé à mener l’épreuve de force avec l’Union européenne. Il n'en est plus question. À entendre ce “hollandais” historique, il y a désormais « une répartition des rôles » : « Le premier ministre est le garant des réformes vis-à-vis de Bruxelles. Le président, lui, a un espace pour aborder les problèmes plus politiques au niveau de l’Union, comme la stratégie et la relance en Europe. »

L’épisode récent de l’assurance-chômage a pourtant révélé une dissonance. « C'est la première fois qu'il y a une divergence entre eux », concède un ministre important du gouvernement. En “off”, en Allemagne puis à Londres, Manuel Valls a expliqué pourquoi il voulait réformer le système français. Il a même été jusqu’à évoquer une « préférence française pour le chômage de masse bien indemnisé », expression typique des libéraux. Le ministre de l'économie, Emmanuel Macron, a enfoncé le clou. Par deux fois, François Hollande et l’Élysée ont temporisé en affirmant que ce n’était pas à l’ordre du jour.

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