A peine la COP terminée, le dossier Notre-Dame-des-Landes mobilise pro et anti

Par

Une journée de mobilisation le 16 janvier, un « J’accuse » des opposants, des rumeurs d’évacuation de la ZAD et des déclarations contradictoires des autorités : à peine la COP21 terminée, le projet de transfert d’aéroport à Notre-Dame-des-Landes refait parler de lui.

Cet article est en accès libre. Découvrez notre offre spéciale ! S'abonner

Une journée de mobilisation le 16 janvier, un « J’accuse » des opposants, des rumeurs d’évacuation de la ZAD et des déclarations contradictoires des autorités : à peine la COP21 terminée, le projet de transfert d’aéroport à Notre-Dame-des-Landes mobilise les pro et les anti. Tout juste élu à la tête de la région Pays de la Loire, Bruno Retailleau (Les Républicains) a rencontré Manuel Valls pour lui demander d’évacuer la zone occupée par les opposants aux travaux. « Le premier ministre m’a confirmé sa volonté d’engager les travaux de construction de l’aéroport », a-t-il rapporté sur son site.

tweet-br tweet-br

Début novembre, le premier ministre avait déclaré devant les députés que le gouvernement voulait « poursuivre les travaux » de construction de l'aérogare : « Le projet est parfaitement conforme au droit. Il se poursuivra dans le respect des procédures nationales comme des procédures européennes. » Il avait ajouté : « La France est un État de droit. Il est inacceptable et inimaginable qu'une minorité d'individus ultra-violents puisse empêcher l'application des décisions de justice et aller contre l'intérêt général. »

Depuis plusieurs mois, les autorités envoient des signaux contradictoires sur le devenir du projet. En juillet, le tribunal administratif de Nantes a rejeté les recours des opposants (voir notre article). Pour Matignon, ce verdict met fin au moratoire proposé par François Hollande le temps que toutes les procédures judiciaires contre le projet soient jugées. Mais les opposants ont fait appel et considèrent que les recours ne sont donc toujours pas épuisés.

Fin octobre, en pleine campagne électorale pour les régionales, la préfecture de Loire-Atlantique annonce engager « la reprise des travaux », et le lancement des procédures d’appels d’offres. « L’État a demandé aux maîtres d’ouvrage de la future plate-forme et de sa desserte routière de mettre en œuvre les démarches qui permettront de démarrer les travaux », explique alors un communiqué. « Ceci se traduit en particulier par le règlement des indemnités d’expropriation, la reprise des relations avec les entreprises et le lancement de marchés spécialisés. »

Arrivée du convoi des ZAD devant le château de Versailles, à la veille de la COP21, le 28 novembre 2015 © à-vif(s) Arrivée du convoi des ZAD devant le château de Versailles, à la veille de la COP21, le 28 novembre 2015 © à-vif(s)
Le calendrier pour intervenir dans le bocage est serré : à partir de mars 2016, les travaux de construction ne seront plus possibles à cause des lois de protection des espèces menacées. Si les bulldozers doivent sillonner la zone d’aménagement différé (ZAD), ce doit être avant le début du printemps prochain, et de la période de reproduction. Pendant les mois d’hiver, les occupants sont moins nombreux sur la zone, ce qui peut atténuer la difficulté à les expulser. Mais en 2012, l’opération d’évacuation avait tourné à l’échec, malgré la mobilisation d’un millier de gendarmes et de policiers.

Le 17 novembre, quatre jours après les attentats de Paris et Saint-Denis, le sous-préfet chargé du dossier, Stéphan de Ribou, affirme au journal Presse-Océan que la ZAD ne devrait pas être évacuée en janvier en raison de la prolongation de l’état d’urgence : « Notre-Dame-des-Landes n'est pas une priorité dans le contexte actuel. Le gouvernement et les services de l'État sont concentrés sur la réponse forte à apporter aux actes terroristes. »

Autre signe d’assouplissement : Aéroports du Grand Ouest (AGO), la filiale de Vinci qui doit assurer la maîtrise d’ouvrage du chantier, a retiré sa plainte contre les habitants de onze maisons et quatre exploitations agricoles visés par une procédure d’expulsion. Le 10 décembre, à la veille de l’audience de ces familles, parmi lesquelles des opposants historiques au projet, devant le tribunal, la société a interrompu la procédure. « La décision a été prise au sommet de l’État », affirme leur avocat, Erwan Lemoigne, alors que le PS venait de passer un accord de second tour avec les écologistes pour les régionales. Rien n’empêche AGO de relancer la procédure en janvier.

Par ailleurs, le contexte politique évolue vite : la gauche a perdu la région Pays de la Loire mais le vote écologiste s’y est plutôt maintenu. Dans la perspective de la présidentielle de 2017, Cécile Duflot promeut une « coalition de transformation » regroupant socialistes, écologistes et communistes. Cette ébauche d’alliance semble incompatible avec le lancement des travaux de l’aéroport. Quel intérêt les pouvoirs publics auraient-ils à évacuer la ZAD dans ces conditions ? Selon le site du Point, « en privé, François Hollande se montrerait prêt à abandonner le projet d'aéroport de Notre-Dame-des-Landes pour donner des gages aux écologistes... ». Mais selon une autre information donnée par Presse-Océan, une dizaine d'hôtels de l'agglomération nantaise et du pays de Retz ont été réservés par la gendarmerie pour janvier. Cette information a déjà circulé de nombreuses fois sans être confirmée. Contactée par Mediapart, la préfecture de Loire-Atlantique n’a pas répondu.

Prolongez la lecture de Mediapart Accès illimité au Journal contribution libre au Club Profitez de notre offre spéciale

La lettre de l'Acipa en forme de “J'accuse” devait initialement être mise en ligne le 14 novembre. C'est la raison pour laquelle j'avais contacté la DGAC à cette période. Sa publication a été suspendue quelques semaines en raison des attentats de Paris et Saint-Denis.