Hollande répond en proposant une Europe de la sécurité

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Le président a lancé un appel au « sursaut ». Il n’est plus question de « réorienter » l'Europe vers davantage de croissance et moins d’austérité, mais de resserrer les priorités sur plus de sécurité et de lutte contre l’immigration.

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« Un sursaut. » C’est l’appel lancé vendredi par François Hollande en réaction au vote britannique. Il n’est plus question de « réorienter » vers davantage de croissance et moins d’austérité, mais de resserrer les priorités de l’Union pour plus de sécurité et de lutte contre l’immigration. Le président de la République sera lundi à Berlin.

Dès vendredi matin, François Hollande, qui s’était opposé à la sortie du Royaume-Uni de l’Union, a convoqué une réunion ministérielle à l’Élysée avec les ministres des finances et des affaires étrangères, et aussi le commissaire européen français Pierre Moscovici. Quelques heures plus tard, un conseil des ministres extraordinaire s’est réuni. Entre les deux, le président français s’est entretenu avec plusieurs dirigeants européens, dont la chancelière allemande Angela Merkel. Il a témoigné de son amitié à David Cameron.

Jeudi 24 juin. Entretien téléphonique avec Alexis Tsipras. © (Elysée) Jeudi 24 juin. Entretien téléphonique avec Alexis Tsipras. © (Elysée)

En fin de journée, il s’est entretenu avec les présidents de l’Assemblée nationale et du Sénat : un débat sans vote sur les conséquences du Brexit et sur l’avenir de l’Europe sera organisé mardi dans les deux chambres. Samedi, François Hollande a également convié pour une série d’entretiens les responsables des principaux partis politiques français. Toutes ces consultations doivent lui permettre de présenter la position que la France va aller défendre lundi à Berlin, où Angela Merkel l’a invité, ainsi que le premier ministre italien Matteo Renzi (qui sera également à Paris samedi). Un Conseil européen est convoqué pour mardi et mercredi à Bruxelles.

Comme c’est le cas depuis de longs mois, les positions allemande et française sont encore loin d’être au diapason. D’un côté, la chancelière, qui craint le face-à-face avec la France, veut prendre le temps, refuse tout approfondissement de l’intégration européenne et renvoie vers un nouveau traité (lire l’article de notre correspondant à Berlin). De l’autre, le président de la République veut aller vite, et appelle encore à un renforcement de la zone euro. Mais les deux dirigeants pourraient se mettre d’accord sur un resserrement des priorités européennes autour de la sécurité, de la lutte contre le terrorisme et de la politique de défense commune.

François Hollande a appelé à entamer rapidement les négociations de sortie avec le Royaume-Uni. « La Grande-Bretagne ne fera donc plus partie de l’Union européenne et les procédures prévues par les traités seront rapidement appliquées », a-t-il expliqué depuis l’Élysée. « Aujourd’hui, c’est l’histoire qui frappe à notre porte. Ce qui se joue c’est la dilution de l’Europe au risque du repli ou la réaffirmation de son existence au prix de changements profonds », a-t-il encore dit, avant d’en appeler à un « sursaut » et de reprendre, sans le moindre détail, les propositions qu’il répète depuis plusieurs mois.

« La France sera donc à l’initiative pour que l’Europe se concentre sur l’essentiel : la sécurité et la défense de notre continent pour protéger nos frontières et pour préserver la paix face aux menaces ; l’investissement pour la croissance et pour l’emploi pour mettre en œuvre des politiques industrielles dans le domaine des nouvelles technologies et de la transition énergétique ; l’harmonisation fiscale et sociale pour donner à nos économies des règles et à nos concitoyens des garanties ; enfin, le renforcement de la zone euro et de sa gouvernance démocratique », a expliqué Hollande.

De son côté, Angela Merkel, qui craint la contagion à d’autres pays, estime que les 27 États restant dans l'Union européenne ne doivent « pas tirer des conclusions rapides et simples du référendum en Grande-Bretagne, qui diviseraient encore plus l'Europe ». Ils doivent « analyser la situation avec calme et retenue, l'évaluer et ensuite prendre ensemble les bonnes décisions », a-t-elle ajouté.

Dans un document secret, intitulé « La stratégie allemande post-Brexit », révélé vendredi par le quotidien économique Handelsblatt, les experts du ministre des finances Wolfgang Schäuble écrivent que la Commission, la France et l’Italie risquent « d’utiliser l’incertitude du moment pour davantage d’intégration », notamment avec un budget de la zone euro ou une garantie européenne des dépôts bancaires. Une tentation que l’Allemagne devrait combattre de façon « déterminée ».

Le texte de huit pages rappelle également que Berlin est prêt à un approfondissement de la zone euro à la seule condition de renforcer encore le contrôle des politiques économiques et budgétaires des États membres – notamment en donnant un droit de veto sur les budgets nationaux qui ne respecteraient pas l’impératif de 3 % de déficit. Une mesure qui nécessite une modification des traités défendue par Angela Merkel.

« Nous ne pourrions pas, comme réponse à un Brexit, promouvoir davantage d'intégration. Cela serait stupide, beaucoup demanderaient à juste titre si nous autres responsables politiques n'avons toujours pas compris », avait déjà mis en garde, avant le vote britannique, Wolfgang Schäuble. 

La une de l'Humanité au lendemain du rejet du traité sur la CED par les députés français, le 30 août 1954. © DR La une de l'Humanité au lendemain du rejet du traité sur la CED par les députés français, le 30 août 1954. © DR
La semaine dernière, une source gouvernementale française confiait qu’on « va beaucoup parler défense européenne dans les prochains mois »« Il faut revenir aux fondamentaux », expliquait de son côté un proche de François Hollande, rappelant l’échec de la Communauté européenne de défense (CED), au début des années 1950, rejetée par la France – les gaullistes et les communistes s’y étaient opposés au Parlement, provoquant l’abandon du projet. « Les questions économiques aujourd’hui ne sont pas au cœur de l’enjeu, entend-on à l’Élysée. La question, c’est comment faire pour éviter que les États ne se replient pas parce qu’ils ont le sentiment d’être envahis [par les migrants – ndlr]. »

Vendredi, le premier ministre Manuel Valls, qui a déjà estimé que la question identitaire serait au cœur de la présidentielle française, a également indiqué que « l’Europe ne doit plus intervenir partout, tout le temps ». « Je suis profondément patriote, j’aime mon pays, la France et je suis aussi pleinement européen. Oui, il faut rebâtir le projet européen : quel projet ? Quelles valeurs ? Quelle identité ? Quelles frontières ? C’est ainsi que nous redonnerons foi en l’Europe », a-t-il ajouté.

« Il y a un consensus assez large sur le fait qu'on peut faire plus dans le domaine de la politique extérieure et de sécurité commune européenne », confirmait la semaine dernière une source allemande. Sont notamment envisagés davantage de missions extérieures communes, des accords pour acheter des équipements militaires ou la création d'une vraie police des frontières de l'UE. Pour l'instant, c'est essentiellement entre la France et la Grande-Bretagne qu'une ébauche de politique de défense existe.

François Hollande espère ainsi donner le sentiment de répondre aux préoccupations des Européens, de plus en plus tentés par le vote xénophobe et/ou par le repli identitaire. Une stratégie qu’il applique déjà en France, avec le succès que l’on sait.

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