Dans la fonction publique, le plus grand plan social de France

100.000 emplois supprimés depuis trois ans: l'Etat taille comme jamaisdans les effectifs des administrations. Un fonctionnaire partant à laretraite sur deux n'est pas remplacé. Dans l'éducation nationale,l'armée, la police, ça coince. Idem à l'hôpital, où le nombred'employés commence à décroître. Pourtant, en temps de crise, leservice public est plus que jamais sollicité. Enquête de Mediapart, en trois volets.

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Mardi 23 mars, les fonctionnaires de l'Etat seront en première ligne lors de la journée de manifestations, à l'appel de sept syndicats sur huit. «Les agents sont inquiets, en colère», résume Jean-Marc Canon, de l'UGFF-CGT. Il y a la crise, bien sûr, qui met les services publics sous tension, à commencer par l'école ou les services sociaux. Une loi votée en 2009 qui fait craindre des mobilités forcées à l'avenir. Mais le malaise est encore plus profond.
«Les personnels se disent que le pouvoir s'échine à leur couper la tête»
, dit Brigitte Jumel, de la CFDT. Seraient-ils la bête noire du gouvernement? Depuis trois ans, dans la foulée de la fameuse RGPP (révision générale des politiques publiques), plus de 100.000 postes ont été supprimés dans la fonction publique d'Etat. Une goutte, objectera-t-on, dans l'océan des 2,5 millions de fonctionnaires de l'Etat (au total, les trois fonctions publiques emploient 5,27 millions de fonctionnaires. Chiffres et études sous l'onglet Prolonger). Il s'agit pourtant du plus grand plan social en cours. Certes, statut oblige, les fonctionnaires n'ont pas été licenciés. Mais leurs emplois ont été détruits.
Nicolas Sarkozy a tenu sa promesse: ne pas remplacer un fonctionnaire sur deux partant à la retraite. En 2008, 23.000 postes devaient être supprimés, ce fut finalement 28.000. En 2009, 30.600emplois sont passés à la trappe. Le projet de loi de finances pour 2010, que le Parlement vient de voter dans sa version définitive, prévoit encore 33.000 postes de moins. Avec les 11.000emplois biffés en 2007 par le gouvernement Villepin, le seuil des 100.000 est dépassé. Le chef de l'Etat en est fier. «Jamais un tel effort n'avait été réalisé», s'est-il vanté en décembre.
Malgré une récession historique, le gouvernement n'a jamais varié. «Embaucher un fonctionnaire ne peut pas être une réponse à la crise», dit le ministre du budget, Eric Woerth. Les suppressions de poste vont continuer, au même rythme. Selon la CGT, «il faut rajouter entre 35 et 40% aux suppressions de postes annoncées en loi de finances. Ce sont donc 250.000 et 300.000 postes qui pourraient être détruits sur l'ensemble du quinquennat, et cette estimation n'a jamais été démentie par Bercy». Rien n'interdit en effet à un ministère de supprimer plus de postes que l'Etat ne l'exige...

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