Les circonscriptions où le FN menace

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Fort de ses 18 % au premier tour de la présidentielle, le Front national espère jouer les arbitres aux législatives et faire son retour à l'Assemblée nationale. Il se prend même à rêver d'« un groupe parlementaire » (15 élus). Il sera surtout une force de nuisance importante pour l'UMP. Mediapart passe au crible les 23 circonscriptions où le FN est arrivé en tête.

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Officiellement, la ligne est claire à l’UMP. « Il n'y aura pas d'accord avec le Front national, pas de ministres », a prévenu Nicolas Sarkozy, mardi, sur France Info. « Pas d'alliance », « aucune discussion » avec le FN, ont aussi assuré Alain Juppé et Jean-François Copé. Mais que fera l’UMP aux législatives en cas de duel PS/FN ou de triangulaires ? Aux cantonales de mars 2011, l’UMP avait refusé d’appeler à un « front républicain » face au FN (lire nos articles ici et ). Le parti s’était déchiré entre partisans de l'abstention et adeptes du front républicain.

Cette année, certains, comme Chantal Jouanno ou Nathalie Kosciusko-Morizet, ont déjà dit publiquement qu’ils voteraient PS. D’autres, comme Claude Guéant ou François Fillon ont expliqué qu’ils ne voteraient pas pour le parti d'extrême droite. Mais le premier ministre n'a « pas envie non plus de voter pour le PS ». Quant à la Droite populaire, elle « ne votera jamais 'socialiste' », a assuré mardi Lionnel Luca, l’un de ses fondateurs.

Ce mardi, sur Sud Radio, Marine Le Pen a poussé le parti présidentiel dans ses retranchements. « Il y a deux personnes qui doivent évidemment s'exprimer sur ce sujet, c'est le président-candidat et le patron de l'UMP. Ces deux-là doivent clairement indiquer si oui ou non ils appelleraient à voter socialiste dans les circonscriptions où le FN se retrouve face aux socialistes. »

La présidente du FN a fait de ces législatives un véritable « troisième tour ». Le 23 avril, lors du bureau politique du FN, elle a épluché la carte électorale à haute voix et énuméré les scores frontistes, région par région : « Si nous faisons les mêmes scores aux législatives, nous serons présents dans 353 circonscriptions au second tour », a-t-elle dit. Depuis son fief d'Hénin-Beaumont, Steeve Briois, le secrétaire général du FN, expliquait lundi qu’il fallait « transformer l’essai » et « faire entrer la voix de la France au parlement ». Absents de l’Assemblée nationale depuis 1998, les frontistes espèrent y retrouver une tribune, et « si possible un groupe parlementaire » (15 élus), a dit Louis Aliot, numéro 2 du parti.

Lors des précédentes législatives, le FN était parvenu à se maintenir dans 101 circonscriptions en 1993, 133 en 1997, 37 en 2002, et une seule en 2007. En 2012, il pourrait provoquer un nombre record de triangulaires et menacer l’UMP (voir l’infographie du Monde). Bien sûr, le chiffre de 350 circonscriptions n’est qu’une projection mathématique. La présidentielle n’est pas les législatives, et celles-ci répondent à d’autres paramètres : la configuration locale, les candidats (notoriété, implantation), et la dynamique offerte au parti victorieux le 6 mai. Surtout, et l’abstention devrait être plus élevée, et le scrutin majoritaire à deux tours n’est pas favorable au FN.

Mais le premier tour de la présidentielle a révélé le poids considérable du parti d'extrême droite, après le trou d’air de 2007 (où Nicolas Sarkozy avait relégué le FN à 10,44 % des voix à la présidentielle et 4,3 % aux législatives). Le FN s’enracine à l’est d’une ligne allant du Pas-de-Calais au Languedoc-Roussillon, progresse dans les zones rurales et s’invite dans l’Ouest, territoires qui lui étaient jusqu’à présent hostiles (lire notre analyse).

Pour les législatives, Marine Le Pen a fixé la ligne, anti-sarkozyste : faire « exploser l’UMP » et lui voler le titre de « chef de l'opposition » en cas d'arrivée de la gauche à l'Elysée. La présidente du FN mise en effet sur une victoire de François Hollande qui « “libérerait de la pression” du vote utile dans certaines régions, en Alsace ou en Provence-Alpes-Côte d'Azur », selon Le Monde. Cela jouerait, pense-t-elle, à plein lors de duels PS/FN. D’autant qu’elle compte personnaliser les législatives autour de son (pré)nom : une étiquette “Rassemblement bleu Marine” et non “Front national”, des affiches la représentant, comme lors des cantonales où cela avait permis à des candidats fantôme de percer (lire notre article).

Dans quelles circonscriptions le FN peut-il espérer être élu ou en tout cas faire trembler son rival UMP ? Sur les 353 circonscriptions où Marine Le Pen dépasse 12,5 % des inscrits, elle arrive en tête dans 23 d'entre elles, et en deuxième position dans 93 autres. Mediapart a regardé de près ces 23 circonscriptions, où le FN menace (lire les détails dans notre “Prolonger”).

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Cette analyse des scores du Front national au premier tour de la présidentielle a été réalisée à partir des résultats officiels et du "logiciel" de l'Observatoire des votes en France.