Après le Brexit, la droite française martèle l'importance de la «Nation»

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Le Brexit est venu renforcer le discours des eurosceptiques, des souverainistes… et de Bruno Le Maire, qui réclame un référendum sur l'UE. Les dirigeants de droite ont réorienté leurs discours sur la nation et les frontières.

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À moins d'un an de l'élection présidentielle, et à cinq mois de la primaire, la droite française a été un peu déboussolée par le résultat du référendum outre-Manche. Sans sortir des programmes européens qu'ils avaient présentés (lire notre article ici), et qui prévoyaient déjà moins d'Europe, les candidats à la primaire tentent de se faire entendre des eurosceptiques en donnant une tonalité plus nationaliste à leurs discours. Nicolas Sarkozy a convoqué un bureau politique extraordinaire des Républicains ce lundi, justement pour évoquer les conséquences du Brexit.

Dans l'ensemble, les candidats de la droite réclament depuis plusieurs semaines une Europe resserrée autour des six pays fondateurs, et dirigée par le couple franco-allemand. « Les favoris sont tous d'accord sur le fait qu'il faut renégocier les traités, corriger les défauts actuels et proposer autre chose », expliquait à Mediapart l'eurodéputée LR Françoise Grossetête quelques semaines avant le Brexit. Au vu des discours tenus par les candidats à la candidature ce week-end, cet « autre chose » risque désormais de s'appuyer sur deux éléments clés : la nation et la protection des frontières européennes.

Prise de parole de Nicolas Sarkozy le 24 juin 2016 © Stéphane Mahe - Reuters Prise de parole de Nicolas Sarkozy le 24 juin 2016 © Stéphane Mahe - Reuters

Sans surprise, Bruno Le Maire, le seul à proposer un référendum français sur l'Union européenne dans son programme, a été prompt à réagir vendredi. « L'Europe ne peut plus se faire sans les peuples et à force d'avoir ignoré les peuples, les peuples se vengent », a lancé l'ancien secrétaire d'État aux affaires européennes. « Nous allons définir un projet, une Europe avec des frontières, parce qu'un continent qui n'a pas de frontière ne peut pas avoir de projet politique. La Turquie n'a pas sa place dans l'Union européenne, disons-le tout de suite », a répété vendredi le député de l'Eure.

« En France, il faut retremper le projet européen dans le bain de la souveraineté nationale pour lui redonner sa légitimité et sa force », expliquait Bruno Le Maire au mois de mai, alertant contre la « disparition des nations »Celui qui veut « refermer la blessure de 2005 », sans aller jusqu'à proposer la sortie de la France de l'UE, semble être parvenu – à la faveur du Brexit – à faire bouger les lignes de ses adversaires, jusque-là tous opposés à sa proposition de référendum.

Dans une tribune publiée dans Le Monde, François Fillon propose une « nouvelle Europe forgée dans un nouveau traité » qui « serait soumis, en France, à référendum ». Le député de Paris exclut cependant un vote sur le modèle britannique. « Ceux qui, dès maintenant, réclament un référendum comparable à celui des Britanniques jouent à la roulette russe avec la civilisation européenne », indique-t-il à l'intention de l'extrême droite.

« Organiser un référendum aujourd'hui en France, c'est offrir une victoire sur un plateau à madame Le Pen », a aussi mis en garde Alain Juppé ajoutant par ailleurs qu'« il faudra un référendum, non pas seulement en France, mais dans tous les pays concernés, à un certain stade de la reconstruction de l’Europe ».

« Il ne faut pas avoir peur du peuple, avance de son côté Nicolas Sarkozy : si l'idée européenne, on n'y croit pas et si elle ne supporte pas l'épreuve du référendum, c'est qu'on fait fausse route », développe le chef de file des Républicains. Mais il entend solliciter les électeurs une fois que son projet de nouveau traité européen sera terminé, « alors la question du référendum se posera, et je ne vois pas comment on pourrait continuer à le refuser. L'Europe ne peut pas continuer à se construire contre les peuples », a admis celui qui a contourné le « non » du référendum de 2005 avec la ratification du traité de Lisbonne par le parlement français en 2008. 

Pour intéresser les électeurs aux problématiques européennes, les candidats de la droite veulent intégrer la part d'euroscepticisme qui gagne du terrain sur tout le continent. Alain Juppé, qui prônait jusqu'ici une campagne « résolument pro-européenne », a analysé la décision des électeurs britanniques comme un « choc historique » tout en soulignant finalement le « désamour des peuples européens pour l'Europe qu'on peut comprendre ». L'ancien premier ministre suggère donc de mettre fin à l'élargissement (« faire entrer la Turquie aujourd'hui dans l'Europe, c'est la disloquer définitivement », a-t-il précisé), de rendre des compétences aux États, et de contrôler les frontières européennes.

Après un « coup de tonnerre pour l’Union européenne, c’est le fonctionnement bureaucratique de l’UE qui est condamné », a estimé François Fillon. Lors de la présentation de son programme, le député de Paris s'était déjà positionné sur le terrain de la défense « de la civilisation européenne et la place de la France dans cette civilisation ». Favorable à une « Europe des nations », François Fillon brocarde un « projet fédéral » à 28 qu'il considère comme « contre nature ». Dans Le Monde, il estime que « nos amis britanniques ont envoyé un message à l’Europe qu’elle n’a pas le droit d’ignorer. C’est le message de ceux qui ne veulent plus d’une Europe passoire ». Son projet est donc de « bâtir une nouvelle Europe, plus respectueuse des nations ».

Nicolas Sarkozy, reçu samedi par François Hollande en tant que président du parti LR, a lui aussi décidé de faire la part belle aux nations, « qui sont notre force », a-t-il dit dès vendredi. « Il y a une civilisation européenne, une identité européenne, une culture européenne, un mode de vie européen qui repose sur la nation », a expliqué l'ancien chef de l'État.

Le président LR réclame un nouveau traité d'ici à la fin de l'année, qui insisterait sur la sûreté des frontières extérieures de l'Union et organiserait un Schengen 2 dirigé par les ministres de l'intérieur. « On ne peut plus continuer en n'ayant pas de frontières et des frontières qui ne sont pas gardées. On ne peut pas continuer en indiquant que l'ensemble de la population mondiale peut venir en Europe », a expliqué Nicolas Sarkozy dimanche sur France 2. « Je dis qu'on peut être à la fois profondément européen et un ardent défenseur de la nation française », a tenté de résumer l'ancien président de la République dans Le Journal du dimanche. Le candidat non déclaré à la primaire a enfin pointé la responsabilité des dirigeants européens dont le bilan se résumerait à : « Aucune réforme de Schengen, aucune réponse sur la politique d'immigration, sentiment d'impuissance face à la crise des réfugiés et impression que l'identité et la civilisation européennes ne sont pas défendues. »

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