Pour serrer les rangs insoumis, Mélenchon ne donne pas de consigne

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Le candidat de La France insoumise indique qu'il ne votera pas Le Pen lors du second tour de la présidentielle, sans dire qu'il votera pour Emmanuel Macron. « Pourquoi je ne le dis pas ? Pour que vous puissiez rester regroupés », lance-t-il aux 490 000 soutiens de La France insoumise. Le mouvement, né il y a un peu plus d'un an, est appelé à faire bloc aux législatives.

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Et la parole (re)fut. Cinq jours après le premier tour de la présidentielle, Jean-Luc Mélenchon, défait avec 19,6 % des voix, a publié vendredi à 17 h 15 une vidéo sur sa chaîne YouTube. Dimanche dernier, sa prise de parole avait été jugée faible au regard de l’enjeu d’un second tour opposant Emmanuel Macron à la candidate d’extrême droite Marine Le Pen. Depuis, beaucoup parmi les responsables politiques, les éditorialistes, lui demandaient des précisions, et donc une consigne de vote. Ils seront déçus après avoir visionné les 32 minutes de la vidéo.

Dans celle-ci, Jean-Luc Mélenchon revient d’abord sur la défaite du premier tour, un « choc » d’autant plus « rude » « que cette fois-ci, tous nous avions senti que ça pouvait le faire ». « Ça laisse beaucoup d’amertume », estime Jean-Luc Mélenchon. Qui en vient ensuite à l’instant que tout le monde attendait : que fera-t-il lors du second tour le 7 mai ? « Mais franchement, est-ce qu’il y a une seule personne d’entre vous qui doute que je ne voterai pas Front national ? », s’interroge le candidat de La France insoumise, après avoir rappelé qu’il portait depuis cinq ans à la boutonnière le triangle rouge, symbole « des déportés politiques ».

Il rappelle par ailleurs son engagement contre Marine Le Pen lors des législatives de 2012 à Hénin-Beaumont. Éliminé au premier tour, Jean-Luc Mélenchon avait non seulement voté pour le candidat socialiste au second, mais il avait même fait une campagne de mobilisation sur ce vote. Il avait par ailleurs appelé à voter Chirac en 2002.

Mélenchon poursuit : « Je les vois qui se traînent à mes pieds pour que je dise ceci ou que je dise cela, mais je ne dois pas le faire. Ce que nous demande M. Macron, ce n’est pas un vote antifasciste, un vote anti-extrême droite, ce qu’il nous demande, c’est un vote d’adhésion. Non, nous n’adhérons pas à ce projet. Ça ne va pas m’empêcher, moi en tant que personne, de faire ce que j’ai à faire. J’irai voter, d’abord parce que dans mon programme le vote est obligatoire. Quant à savoir ce que je vais faire, il n’y a pas besoin d’être grand clerc, mais pourquoi je ne le dis pas ? Pour que vous puissiez rester regroupés. »

Dans cette vidéo, le leader de La France insoumise insiste longuement sur le besoin d’unité de son mouvement. « Si je dis ce que je fais, je vous divise », insiste-t-il. « Je ne suis pas un gourou, je ne suis pas un guide », ajoute-t-il. « Je ne vous connais pas tous, mais je vous connais assez pour savoir ce que vous n’allez pas faire », dit-il encore. Puis : « Beaucoup d’entre vous sont bouleversés par la décision qu’ils ont à prendre. Je vous encourage à rester unis. » La question de l’unité de La France insoumise traverse toute la vidéo. 

Créé il y a un tout petit peu plus d’un an, le mouvement de La France insoumise compte 490 000 soutiens mais cette jeunesse le rend fragile, selon l’analyse du candidat. C’est au nom de l’unité que la consultation a été organisée. Les soutiens peuvent dire jusqu’à mardi prochain ce qu’ils comptent faire le 7 mai : soit s’abstenir, soit voter Macron, soit voter blanc. « Avez-vous remarqué que dans cette liste, il n’y a pas l’option Le Pen ? », fait remarquer Jean-Luc Mélenchon dans sa vidéo.

Sur la plateforme Discord Insoumis, cet espace de discussion en ligne créé par des Insoumis, la fragilité du mouvement apparaît au grand jour. Nous avons passé deux jours à observer les échanges sur le fil réservé à la consultation du second tour. Trois quarts d’heure après la mise en ligne de la vidéo, Prae faisait le constat suivant : « Ça va pas être évident de perdurer quand même. Le problème d'un mouvement c'est son manque de structure hiérarchique. Il faut absolument concrétiser ça en députés, parce que ça donne une structure stable, des représentants dans le temps. »

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« Les gens, on est dans un traquenard... Quoi qu'on fasse, ils auront un truc pour nous défoncer », remarquait déjà Ghork jeudi. Sur Discord, pendant ces 48 heures, les messages étaient nombreux : ceux qui comptent s’abstenir, ceux qui veulent voter blanc ou nul, ceux qui voteront Macron, ceux qui défendent un potentiel vote Le Pen. Mais pas seulement : on décortique les programmes et les propos, on s’invective un peu aussi, on tente de se convaincre, on propose des opérations. Le slogan « pas une voix pour le FN » revient régulièrement, comme mot d’ordre et comme définition de ce qu’est un Insoumis. C’est peu dire que la vidéo de Marine Le Pen, diffusée vendredi en tout début d’après-midi, a été mal reçue sur le forum. 

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