A la Caisse des dépôts, la République misogyne

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La commission de surveillance de la Caisse des dépôts vient d’être quasi intégralement renouvelée. Les 13 postes sont désormais occupés par… 13 hommes. Et pas une seule femme ! Ainsi en ont décidé les plus hautes autorités du pays. Présidente d'honneur du Medef, Laurence Parisot dit son « exaspération ». « Caramba, encore raté ! », ironise la militante féministe Caroline De Haas.

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Dans la vie publique, il faut toujours se défier des envolées de tribune. C’est aux actes qu’il vaut mieux apprécier la sincérité des propos publics. Voilà la réflexion à laquelle conduit l’examen de la composition de la commission de surveillance de la Caisse des dépôts et consignations (CDC), qui a été presque intégralement renouvelée ces derniers mois.

Côté cour, Emmanuel Macron a lancé, samedi 25 novembre, en grande pompe, ce qu’il a présenté comme « la grande cause nationale » de son quinquennat, celle « de l’égalité entre les femmes et les hommes », à la faveur de la Journée mondiale de lutte contre les violences faites aux femmes. « C’est notre société entière qui est malade du sexisme », a-t-il solennellement mis en garde (lire Macron annonce un plan de lutte contre les violences faites aux femmes).

Mais, côté jardin, le choix fait par le chef de l’État, l’Assemblée nationale, le Sénat, la Cour des comptes, le Conseil d’État et la direction du Trésor – c’est-à-dire par les plus grandes institutions de notre pays – pour composer la nouvelle commission de surveillance de la CDC, montre une tout autre réalité : la République misogyne ! À preuve, sur les 14 membres que comprend cette nouvelle commission de surveillance (en comptant le directeur général, qui n’en est pas membre mais qui assiste à ses délibérations), on compte désormais… 14 hommes ! Et donc pas une seule femme, alors que cette instance en comptait deux jusqu’au printemps dernier.

Si cette composition de la commission de surveillance de la CDC retient l’attention, c’est pour une double raison. D’abord, la CDC est la plus puissante institution financière publique ; et ce qu’elle fait a donc forcément une très forte résonance. Ensuite, ceux qui ont le pouvoir de nommer les commissaires surveillants (dans ce cas-là, nul besoin de recourir à l’écriture inclusive !) sont en effet les principales institutions de la République : les décisions prises ont donc naturellement une très forte valeur emblématique.

Pour le coup, la misogynie crasse qui transparaît de la composition de la nouvelle commission de surveillance de la CDC éclaire le comportement de ce que l’on a coutume d’appeler les corps constitués. En clair, le président de la République, le Parlement ou encore deux grandes juridictions françaises sont collectivement responsables de cet état de fait. Plus précisément, Emmanuel Macron et son parti La République en marche avaient la possibilité d’inverser ces derniers mois la composition exclusivement masculine de cette instance, mais ils n’en ont rien fait. Ils ont même aggravé la situation.

Voyons en effet cette nouvelle composition :

  • Cliquez sur chacun des portraits pour découvrir la biographie des membres de la commission et les remarques que leur désignation appelle.

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