Italie: Renzi démissionne après un non massif au référendum

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Après une nette victoire du non à la proposition de réforme constitutionnelle soumise ce dimanche aux Italiens, le président du Conseil a annoncé sa démission.
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« L’expérience de mon gouvernement s’arrête ici » : ainsi Matteo Renzi a-t-il tiré la conséquence de la victoire du non massif (60%) au référendum proposé à l'Italie ce dimanche 4 décembre, dans une allocution télévisée. La proposition de réduction des pouvoirs du Sénat et des régions n'a recueilli qu'à peine plus de 40 % des voix, un résultat encore pire que celui prédit par les instituts de sondage.

Le chef de file du centre-gauche italien, qui a dit assumer la pleine responsabilité de cette défaite, a précisé qu'il remettrait sa démission lundi au président de la République Sergio Mattarella. Ce dernier va consulter les différentes formations politiques avant de désigner un nouveau chef du gouvernement, le quatrième de suite à accéder au pouvoir sans avoir remporté au préalable les élections législatives, ce qui illustre l'instabilité du système politique italien – que le référendum voulait précisément combattre.

L'issue de ce référendum ouvre une nouvelle période d'incertitude politique en Italie, ce qui risque de déstabiliser le fragile secteur bancaire de la péninsule, et menace la zone euro dans son ensemble d'une nouvelle crise. La monnaie européenne s'est nettement affaiblie face au dollar après la publication des premiers résultats.

Le prochain président du Conseil, qui aura besoin du soutien du Parti démocrate (PD) de Matteo Renzi pour obtenir la confiance du Parlement, sera censé mettre au point un nouveau code électoral alors que le Mouvement 5-Étoiles (M5S) de Beppe Grillo se tient en embuscade. Cette formation hostile à la classe politique traditionnelle et à l'Union européenne souhaite que cette réforme électorale soit mise au point le plus rapidement possible pour permettre la tenue d'élections dès le début de 2017, soit avec un an d'avance sur le calendrier prévu.

« À partir de [lundi], nous allons commencer à travailler à l’élaboration du futur programme [du M5S] et de l’équipe qui composera le futur gouvernement », a dit Luigi Di Maio, vice-président de la chambre des députés qui, à 30 ans, est pressenti pour être le candidat du M5S à la présidence du Conseil. «La démocratie a gagné», s'est réjoui Beppe Grillo sur son blog. «La propagande du régime et tous ses mensonges sont les premiers perdants de ce référendum», ajoute Beppe Grillo. «Les premiers vainqueurs sont les citoyens qui ont relevé la tête et sont venus voter en masse».

Au sein de la vaste opposition hétéroclite au projet de réforme constitutionnelle de Matteo Renzi, le Mouvement 5-Etoiles apparaît comme le principal bénéficiaire de la victoire du non pour lequel il a milité pendant des mois. Ci-dessous, notre article mis en ligne vendredi et qui pose les enjeux de ce référendum.


 Italie: le référendum à quitte ou double de Matteo Renzi

C’était l’un des grands chantiers annoncés par Matteo Renzi lorsqu’il est arrivé à la tête du gouvernement italien, en février 2014 : le Sénat allait être dissous pour mettre fin au « bicaméralisme parfait » caractéristique du système politique italien et à l’origine de nombreux blocages. L’Italie a connu, rappellent les défenseurs de la réforme, 63 gouvernements en 70 ans…

Près de trois ans plus tard, c’est finalement sous la forme d’un référendum que se présente le changement constitutionnel : ce dimanche 4 décembre, 52 millions d’Italiens sont invités à se prononcer pour ou contre la suppression de leur Sénat et son remplacement par une Chambre beaucoup plus réduite, avec moins de pouvoirs. « Le résultat sera le choix entre le changement et l’immobilisme, assurait jeudi, dans L’Opinion, Sandro Gozi, le secrétaire d’État aux affaires européennes dans le gouvernement de Matteo Renzi. Si le “oui” l’emporte, nous aurons plus de poids pour poursuivre et accélérer les réformes en Italie et, au-delà, pour changer l’Union européenne. […] Ce référendum, c’est le choix entre réformes et certitudes d’un côté, immobilisme et incertitudes de l’autre. »

Jusqu’à présent, les deux chambres italiennes avaient les mêmes pouvoirs, et chaque projet de loi devait passer devant les deux assemblées. Le Sénat comptait 315 membres, élus directement par les plus de 25 ans, 5 sénateurs à vie nommés par le président et d'anciens présidents du pays. La réforme consiste à le transformer en un « Sénat des régions », qui compterait 100 sièges répartis ainsi : 74 conseillers régionaux et 21 maires élus au suffrage indirect par les conseils régionaux, ainsi que 5 postes pourvus par le président pour sept ans.

Dans cette nouvelle configuration, la Chambre des députés a le dernier mot sur toutes les lois, sauf si un tiers des sénateurs s’y opposent. Ces derniers gardent par ailleurs un droit de veto sur les changements constitutionnels. Mais ils ne votent plus la loi de finances ni la confiance au gouvernement.

Appel à voter « non » au référendum sur la réforme du Sénat © Reuters Appel à voter « non » au référendum sur la réforme du Sénat © Reuters

Si donc ce que Renzi présente comme la « mère de toutes les réformes » réduit considérablement le rôle de la chambre haute italienne, elle ne l’efface pas totalement du système italien et les économies escomptées s’avèrent limitées. C’est en tout cas l’un des reproches faits par les opposants à la réforme.

Autre critique : le manque d’ambition (certains constitutionnalistes ont estimé pendant la campagne que la réforme n’allait pas assez loin), voire de clarté dans le texte. Pour le philosophe Paolo Flores d’Arcais, qui signe une tribune dans Le Monde, la réforme proposée par Renzi n’est ni rationnelle ni économique. « Le Sénat n’en sera pas abrogé pour autant, écrit cette voix critique du débat intellectuel italien. Il sera désigné par des conseils régionaux et continuera à remplir des fonctions législatives, bien qu’en théorie plus limitées. Mais le nouvel article 70 qui dresse la liste de ces fonctions a été rédigé de façon tellement complexe et contradictoire que les plus grands juristes en ont déjà proposé cinq ou six interprétations, toutes incompatibles. Un ballet spectaculaire de recours pour chaque contestation est à prévoir, remontant chaque fois jusqu’à la Cour constitutionnelle. Du coup, le processus législatif, loin de s’en voir accéléré ni rendu plus efficace, risque la paralysie. »

À gauche, le principe même d’en appeler à un référendum hérisse beaucoup. « À présent, à cause de la volonté obstinée de Renzi (qui ne sait pas distinguer le pragmatisme de l’arrogance du pouvoir), les gens vont voter et décider au sujet d’amendements constitutionnels qui ne sont pas au centre de leur intérêt, et dont, dans une grande majorité, ils sont incapables d’évaluer le sens profond et les effets qu'ils peuvent engendrer », écrit Roberto Marchesi dans le journal de gauche il Fatto Quotidiano.

C’est précisément pour cela, poursuit ce professeur de sciences politiques, qu’a été mis en place le système démocratique : « Un système de gouvernement qui permet aux gens (quand c’est une vraie démocratie) de choisir les personnes qui se rendront au parlement, organe législatif d’un État libre, pour le représenter et prendre de son propre chef toutes les décisions nécessaires dans le domaine législatif et exécutif. » Et de conclure sévèrement : « Le référendum constitutionnel, à savoir la décision d'approuver ou non la modification des règles constitutionnelles, est en soi un signe que nous sommes arrivés à un niveau politique d'inefficacité grave (sur notre incapacité à trouver de nouvelles règles communes). La meilleure chose que les gens peuvent et doivent faire est donc de s’en référer à un parlement régulièrement et dignement élu pour cette tâche. Ou de rejeter avec force et détermination par un “non” au référendum cette tentative de promouvoir les règles de la propagande sur ce qu’est, beaucoup plus sérieusement, la pratique de la vraie démocratie. »

D’autres voix critiques reprochent à Matteo Renzi la façon dont il a personnalisé ce référendum. Le président du Conseil a en effet mis son poste dans la balance : en cas d’échec, a-t-il promis, il démissionnera. Certes, il a prudemment souligné ces derniers jours, au vu du manque d’enthousiasme que suscite le scrutin, qu’il ne s’agissait pas d’un vote pour ou contre lui… Mais il maintient son engagement. « Je ne resterai pas à vivoter ou à m’accorder avec ceux qui manigancent, je ne suis pas comme les autres », a-t-il répété dimanche dernier sur plusieurs plateaux télévisés.

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