Les indépendantistes catalans misent sur le procès d’Artur Mas pour remobiliser leurs troupes

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L’issue du procès de l’« expresident » de la Catalogne pourrait encore accélérer la tenue d’un nouveau référendum sur l’indépendance, que le gouvernement catalan s’est engagé à organiser d’ici à la fin septembre. L’« opération dialogue » de Mariano Rajoy a fait long feu.

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À pied, il faut environ un quart d’heure pour aller de la Generalitat, le siège de l’exécutif catalan à Barcelone, aux bâtiments du palais de justice de Catalogne. Mais les trois accusés, parmi lesquels l’« expresident » Artur Mas (président de la Catalogne de 2010 à 2016), ont fait durer le plaisir, lundi matin, pour se rendre à leur procès. Des milliers de citoyens (entre 16 000 et 40 000 personnes, selon les sources) les accompagnaient en signe de soutien : « Vous n’êtes pas seuls », scandaient certains, tandis que l’on lisait sur des pancartes : « La démocratie n’est pas un crime ».

La procession a multiplié pendant plus d’une heure les détours dans les rues de la ville, pour se recueillir devant quelques lieux de mémoire du combat indépendantiste (dont le centre culturel de El Born). Parfois, le défilé s’est arrêté pour entonner L’Estaca, classique de l’antifranquisme, ou encore un autre hymne catalan, Els Segadors (« Les Faucheurs », référence à un soulèvement populaire du XVIIe siècle). En tout début de matinée, l’actuel président de la Catalogne, Carles Puigdemont, avait déjà exprimé son « indignation » face à ce qu’il considère comme un « procès politique » et avait résumé : « Nous sommes beaucoup à nous sentir accusés. »
Le procès très médiatisé qui s’est ouvert lundi à Barcelone, et court jusqu’à jeudi, confirme à quel point les indépendantistes catalans sont passés maîtres en matière de mise en scène politique. Ils espèrent remobiliser leurs troupes, alors que le gouvernement catalan, favorable à l’indépendance, s’est engagé à tenir un nouveau référendum – qu’il soit ou non reconnu par le tribunal constitutionnel à Madrid – d’ici à la fin septembre.

Le conservateur Artur Mas est jugé, aux côtés de Joana Ortega (ancienne « ministre » de l’intérieur pour la Catalogne) et Irene Rigau (ex-ministre de l’éducation). Ils sont tous trois accusés d’avoir défié l’État espagnol en organisant une consultation populaire sur l’indépendance de la Catalogne, le 9 novembre 2014 (connue sous l’appellation du « 9-N » en Espagne). Le procureur du roi réclame dix ans d’inéligibilité à l’encontre de Mas, et neuf ans pour Ortega comme pour Rigau.

En 2014, le tribunal constitutionnel à Madrid, saisi par le gouvernement PP, avait interdit la tenue du référendum, estimant que l’exécutif catalan n’était pas compétent pour organiser une telle consultation. Mais Mas et ses alliés n’avaient pas désarmé. Plus de 2,3 millions de Catalans s’étaient rendus aux urnes, et 80 % d’entre eux avaient voté pour l’indépendance (un triomphe à relativiser, puisque le camp adverse avait appelé à boycotter la consultation). « C’est la première fois que l’on juge un gouvernement pour avoir laissé le peuple voter. J’ai fait ce que je devais faire, et je le referais si c’était à refaire », a déclaré Mas lundi.